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Combien coûte le démantèlement du parc nucléaire selon EDF ?

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EDF a provisionné 23,6 milliards d’euros pour le démantèlement du parc français, une opération qui devrait pourtant coûter 60 milliards d’euros. L’électricien considère qu’en prenant en compte l’actualisation de ses provisions, le compte est bon.

Combien coûte le démantèlement du parc nucléaire selon EDF ?

A en croire la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie, soumise par la ministre de l’Environnement et de l’énergie Ségolène Royal, certains réacteurs devront être arrêtés dès leurs 40 ans, tandis que d’autres seront prolongés. Cela signifie que plusieurs tranches seront mises à l’arrêt entre 2020 et 2030, à commencer, en théorie, par les deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin). Or la stratégie française est celle de la déconstruction rapide des réacteurs arrêtés, un chantier qu’EDF doit donc d’ores et déjà préparer.

Déjà, EDF mène le démantèlement de neuf réacteurs en France issus de quatre technologies différentes : un réacteur à eau pressurisée (REP) de même type que les 58 réacteurs en service, 1 réacteur à eau lourde, 5 réacteurs graphite-gaz et un réacteur à neutrons rapide. Régulièrement, les opposants au nucléaire et même, plus récemment, l’Union européenne jugent que la France ne provisionne pas assez d’argent pour financer ces opérations au long cours (15 ans par réacteur environ). La France couvrirait 31 % de la somme nécessaire contre plus de 90 % en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas et 83 % en Allemagne.

Ne pas confondre coûts et provisions

Pour EDF, il y a une incompréhension. "Il ne faut pas confondre coûts à terme et provisions", explique Sylvain Granger, directeur des projets déconstruction et déchets. Selon l’électricien, la déconstruction des réacteurs arrêtés et en fonctionnement coûtera 60 milliards d’euros, répartis comme suit : 29 milliards d’euros pour la gestion des déchets nucléaires (en particulier le programme Cigéo de stockage géologique des combustibles usés), 26 milliards pour la déconstruction des réacteurs et le reste pour la gestion des derniers cœurs (dernière grappe de combustible retirée lors de la mise à l’arrêt).

Pour l’heure, EDF a provisionné 23,6 milliards d’euros (8,2 milliards pour la gestion des déchets, 14,9 milliards d’euros pour la déconstruction et 0,5 milliard pour les derniers cœurs). A priori, on est loin du compte. Pour l’électricien, cette somme est suffisante car les 60 milliards d’euros ne sont pas à dépenser tout de suite mais sur une période de 125 ans, c’est-à-dire jusqu’à la fin du programme Cigeo. Or EDF calcule que ses provisions sont placées de manière à avoir une actualisation minimum de 4,5 % par an. "Ces dernières années, nous avons mêmes une actualisation moyenne de 6,1 %", se réjouit Sylvain Granger. Avec le jeu des intérêts, l’entreprise aura les fonds nécessaires lorsque ceux-ci devront être dépensés.

Effet de série

Quid du coût pour un réacteur ? Les tranches d’anciennes générations, en particulier les graphite-gaz, coûteront très chers. Ils sont très complexes et massifs. Ils comptent 20 fois plus de métal et de béton qu’un REP. Et EDF étant pionnier sur ces opérations, impossible d’avoir un retour d’expérience précis. En revanche, pour les réacteurs REP, l’électricien peut s’inspirer de l’expérience américaine où des réacteurs Westinghouse ont été démantelés. Les coûts pour la déconstruction d’un réacteur sont allés de 300 à 400 millions d’euros. Un seul réacteur a dépassé 400 millions pour atteindre près de 700 millions d’euros mais il avait subi une avarie ayant entrainé une pollution des sols, très coûteuse à traiter.

Fort de ces expériences, EDF juge, en plus, que les opérations de démantèlements menées en France sur des centrales comptant plusieurs réacteurs vont tirer les coûts vers le bas. L’électricien a ainsi procédé à une estimation pour un démantèlement théorique des quatre réacteurs de la centrale de Dampierre (Loiret). Les synergies dans la déconstruction permettraient de "limiter" le chantier à un milliard d’euros au total. Une économie possible grâce aux bâtiments partagés entre plusieurs réacteurs, aux économies d’ingénierie et au développement d’outillages communs pour les quatre unités.

Ludovic Dupin

 

EDF, acteur du démantèlement mondial

Si EDF doit démanteler son propre parc en France et au Royaume-Uni, l’électricien entend aussi valoriser les compétences qu’il va développer dans ces métiers au-delà de ses frontières naturelles. Des études concordantes jugent que le marché mondial du démantèlement devrait s’élever à 200 milliards d’euros dans les 15 années à venir. Si l’accès aux marchés américain ou asiatique ne sera pas aisé pour un acteur européen, l’électricien français imagine pouvoir développer sa compétence dans les années à venir en Europe, en particulier en Allemagne où le démantèlement massif de son parc est à l’étude alors que le dernier réacteur sera arrêté en 2022.

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