CNAMLa théorie au service de la pratiqueLe Cnam est le symbole de la formation continue et de la promotion sociale à la française.Ouvert à un public de professionnels de tous secteurs, c'est le titre d'ingénieur qui consacre les savoirs techniques accumulés en milieu industriel.

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La théorie au service de la pratique

Le Cnam est le symbole de la formation continue et de la promotion sociale à la française.Ouvert à un public de professionnels de tous secteurs, c'est le titre d'ingénieur qui consacre les savoirs techniques accumulés en milieu industriel.

Ce jeune homme manque singulièrement d'inexpérience. Pour Daniel Goutte, ancien du Cnam stéphanois, cette formule, attribuée à Hector Berlioz, qui jugeait ainsi son élève Camille Saint-Saèns, va comme un gant à l'ingénieur Cnam. Car ces diplômés sont d'abord des hommes de terrain. Les trois quarts d'entre eux sont déjà titulaires d'un BTS ou d'un DUT lors de leur inscription. Et la même proportion a débuté dans des fonctions industrielles. Autrement dit, ces "étudiants" comptabilisent déjà cinq, dix, voire quinze ans de vie professionnelle derrière eux. Et ils consacrent en moyenne huit ans de leur vie à réaliser leur rêve: devenir ingénieur. Ce qu'ils cherchent? Comprendre ce qu'ils ont mis en oeuvre et aller au-delà. Donc conforter et élargir leurs propres connaissances industrielles par des apports théoriques de haut niveau. Mais aussi par des travaux pratiques. C'est cet alliage singulier d'expérience en production, d'un apprentissage scientifique et d'une expérimentation qui façonne l'ingénieur Cnam. Des praticiens à la charnière des laboratoires et des ateliers. Il n'est que de suivre la trajectoire de quelques anciens Cnam stéphanois: Aimé Françon, électronicien sorti en 1971, développe des actions autour de la certification des produits; Robert Thomas, automaticien sorti en 1986, met au point une méthodologie afin de réduire la création des déchets industriels dans le processus de fabrication. A partir d'observations en usine, il imagine des solutions pour faire émerger des technologies propres. "L'ingénieur Cnam est l'homme qui résout des problèmes de fabrication, de production, d'études et de développement. Sa connaissance intime de l'ensemble du processus de production lui permet de modéliser ce qui ne paraît pas modélisable a priori", explique François Pottier, à l'Observatoire des études et des carrières du Cnam. Pour caricaturer, on peut dire que le "cnamiste" sait faire tourner une usine chimique, un laminoir, une chaîne d'automobiles, et améliorer leur fonctionnement. En revanche, l'ingénieur d'une grande école travaillera plutôt en recherche-développement ou sur les TGV ou les centrales nucléaires. A ce titre, les sujets de mémoire Cnam sont révélateurs. Ils portent toujours sur la résolution industrielle d'un problème théorique. Dans les Pyrénées-Atlantiques, Jean-Philippe Taillasson expliquera bientôt devant un jury de professionnels comment il a élucidé un savoir-faire ancien de fabrication d'un médicament et l'a adapté aux nouvelles contraintes industrielles. A Pau, Benedicto Venuesat vient d'obtenir son diplôme d'ingénieur après une soutenance sur le "tempérage du chocolat". En clair, il démontre comment améliorer le process industriel de la précristallisation d'une matière vivante. Une modélisation qui permet nombre d'applications pratiques. Le Cnam conserve son rôle de promotion sociale. "Je ne voulais pas rester fonctionnaire toute ma vie. Je dessinais toute la journée derrière la vitrine du bureau d'études de grandes entreprises. Après une "gestation" de neuf mois, j'ai commencé les cours du soir en mécanique. C'était la seule manière d'évoluer et de découvrir des gens nouveaux", raconte René Mounier, aujourd'hui patron de son entreprise de décolletage-filetage, la société Ergip, à Saint-Etienne. C'est aussi grâce au Cnam que René Dupuis, titulaire d'un BTS en mécanique dans les années 60, a pu changer de métier. Formé à l'automatisme, c'est lui qui a introduit cette technique dans l'entreprise Scemm (spécialiste d'ateliers complets et de machines spéciales), filiale de Citroèn, à Saint-Etienne. C'est lui aussi qui en a monté de toutes pièces le bureau d'études. Il a fait des émules, et a parrainé deux jeunes techniciens tout aussi passionnés que lui. Alain Muret, 31ans, par exemple, est passé de l'expertise des centrales hydro-électriques chez Alsthom à celle des machines spéciales dans les ateliers de la Scemm. Technicien de mise au point, il est devenu chef de projet avant d'animer aujourd'hui, comme jeune ingénieur Cnam, une équipe de trente personnes pour la réalisation et la mise au point d'ateliers flexibles et de machines de transfert. A la charnière de la fabrication et du bureau d'études.

Des ingénieurs qui ont leur place dans tous les secteurs

Ces ingénieurs, coulés dans le moule du conservatoire, capables de formaliser des savoirs empiriques, trouvent leur place dans tous les secteurs industriels. Benedicto Venuesat est maintenant ingénieur études-process dans la société d'ingénierie Sirea, spécialisée dans les études de faisabilité d'automatisation pour la chimie, l'agro-alimentaire et le textile via la fabrication du... béret. Là comme à la Scemm, on apprécie manifestement ces ingénieurs qui "ne restent pas au fond de l'entonnoir et sont capables de se remettre en question". De son côté, pourtant, l'ingénieur Cnam - ou plutôt l'"auditeur" tant qu'il n'a pas encore achevé son cycle C - vit l'aventure en solitaire, sauf s'il bénéficie d'un parrainage, comme le propose le centre de Saint-Etienne. Tenace, volontaire, déterminé, il reste très attaché à sa liberté. Rien n'oblige celui qui étudie le soir dans sa cuisine à avertir son employeur. Le plus souvent, le Cnam, c'est son affaire. C'est une contrepartie à laquelle il tient. C'est peut-être la raison pour laquelle on rencontre tant de détermination et d'épaisseur humaine chez ces ingénieurs, qui n'hésitent pas à créer leur entreprise.





LE CNAM EN CHIFFRES

Etablissement d'enseignement supérieur à Paris, 53 centres régionaux, 21 instituts, 10 centres spécialisés;

Diplômes homologués: le DPCT, ou diplôme du premier cycle technique en fin de cycle A, de niveau DUT; le Dest, ou diplôme d'études supérieures techniques en fin de cycle B, de niveau maîtrise; le diplôme d'ingénieur en fin de cycle C;

100000élèves inscrits, dont la moitié à Paris;

400 enseignants;

400 unités de valeur capitalisables, 7 départements scientifiques et tertiaires, 7 000 diplômés en 1992-1993, dont 600 diplômes d'ingénieur (1 000 ingénieurs au total sortent par la voie de la formation continue) ;

Coûts d'inscription : 750francs en cycle A; 930 francs en cycle B; 1950francs en cycle C; 10000 ingénieurs Cnam environ sont en activité.



GERARD CARLIER

"GRâCE AU CNAM, UN OUVRIER LABORANTIN PEUT DEVENIR INGéNIEUR"

CHEF DU PERSONNEL DE L'ENTREPRISE LESAFFRE (FABRICANT DE LEVURE, 600 MILLIONS DE FRANCS DE CHIFFRE D'AFFAIRES à MARCQ-EN-BARoeUL DANS LE NORD

Gérard Carlier apprécie le Cnam. Sur les trois cent vingt salariés de Lesaffre, six suivent actuellement des cours du soir. "Pour nous, l'avantage du Cnam, c'est d'abord sa proximité. Nous sommes proches du centre de formation. Et cette proximité suscite une demande parmi nos salariés, qu'ils soient opérateurs, agents de maîtrise ou techniciens. Ensuite, la formule des cours du soir dispense d'avoir à remplacer le salarié dans la journée. Et c'est pour lui un bon tremplin pour changer de métier ou obtenir une promotion interne. Ce que nous encourageons. Ainsi, un ouvrier laborantin a commencé le cursus à la base. Et il est en passe de devenir ingénieur. Nous-mêmes nous avons fait appel au Cnam pour former à la carte nos dix ouvriers en laboratoire. Pendant cinquante heures réparties sur plusieurs mois, ils se sont initiés à la chimie et ont reçu des moyens adaptés pour étayer l'analyse des comptes, rendus très techniques, qu'ils élaborent lors de prélèvements."



Les besoins locaux décident des formations

Bien implanté dans les régions via un réseau de 53 centres, le Cnam monte des cursus dont le tissu économique et industriel local a besoin.

Le centre associé Cnam de Montpellier vient de lancer deux nouvelles formations: l'une sur la mesure et le contrôle industriel, l'autre sur l'électrotechnique. La première est organisée classiquement en cours du soir pour un public mixte venu des grandes entreprises (Cogema, IBM, etc.) et des PMI. La seconde, montée avec le CFA (Centre de formation d'apprentis) de Montfavet, dans le Vaucluse, propose une formation originale par apprentissage. Dispensée de jour, cette fois, elle se conclut pourtant par un diplôme Cnam: le diplôme de premier cycle technique (DPCT) d'électrotechnique. Cette formule-là comble l'attente des PME locales, comme Boissier Electricité, dans la Drôme, spécialisée dans la maintenance industrielle. A Pau, les idées et les requêtes ne manquent pas non plus. Et le Cnam cherche à élargir la palette de ses offres d'enseignement ou à monter des formations diplômantes à la carte (sur des logiciels, par exemple). Dans les régions, les départements, les bassins d'emploi, les formations du Cnam bougent vite. "Nous essayons de monter des cursus Cnam dont le tissu économique et industriel local a besoin. Bien implantés dans les régions via cinquante-trois centres et antennes d'enseignement en département, nous détectons assez bien les demandes. Et nous les anticipons parfois", explique Victor Martino, président de la commission des CRA (Centres associés régionaux), et à la tête du CRA de Saint-Etienne.

Une certaine souplesse pour l'ouverture d'une filière

Capital! Car le conservatoire, c'est tout de même 47000auditeurs en province, contre 22000 seulement à Paris. Et si les CRA, qui sont financés par les régions, subissent la tutelle pédagogique de Paris, ils gardent tout de même une certaine souplesse dans l'ouverture de telle ou telle filière. Le centre de Pau a ainsi créé celle de la chimie il y a sept ans pour couvrir la demande des auditeurs en entreprise. Et les ingénieurs promus aujourd'hui sont de la première cuvée. A Mourenx, près de Lacq, Synthélabo ne s'en plaint pas! En région, le système Cnam fonctionne aussi comme un réseau interactif. Il est établi sur une accumulation d'unités de valeur identiques dans toute la France. Dès lors, le candidat qui commence son cycle à Reims peut le poursuivre à Toulouse ou à Rouen sans passer forcément par la capitale. Et construire ainsi une carrière itinérante avant l'obtention de son titre d'ingénieur. Une spécificité qui distingue la filière Cnam de la filière universitaire!

M.-M. S.



EMILE FRANçOIS ( promotion 1967) : 55ANS, DIRECTEUR DE LA BRANCHE CéRAMIQUES INDUSTRIELLES DE SAINT-GOBAIN

"EN M'OFFRANT LA POSSIBILITé D'éTUDES SUPéRIEURES TARDIVES, LE CNAM M'A PERMIS DE ME RéALISER"

Aide-chimiste à 22ans à la SEPR (Société européenne de produits réfractaires) dans le Midi, il suit les cours du soir en chimie industrielle au Cnam de Paris. Sorti en 1967, et formé à l'IAE l'année suivante, il entre chez Norton (abrasifs) avant de prendre la tête de la filiale française et devient l'un des trois vice-présidents de Norton Company aux Etats-Unis. Il préside la SEPR et dirige depuis 1986 la branche céramiques industrielles de Saint-Gobain.



PATRICK D'ETTORE ( promotion 1989 ): 32 ANS, CRéATEUR DE L'ENTREPRISE CER- TEX (DéVELOPPEMENT DE LOGICIELS D'AIDE à LA GESTION DES PROCESSUS DE FABRICATION DANS LE TEXTILE) à LILLE

"FABULEUX! LE CONSERVATOIRE M'A AIDé à APPLIQUER DANS MON TRAVAIL CE QUE J'APPRENAIS LE SOIR"

Technicien en imagerie médicale avec un DUT de mesure-physique, il cherche à sortir du "fonctionnariat" du centre hospitalier de Lille. Il choisit les cours d'informatique fondamentale proposés au Cnam de Lille. Ingénieur en 1989, il développe des logiciels dans une société de biens d'équipement avant de créer avec un collègue une société de high-tech.



GILBERTE BEAUX ( promotion 1954) :64 ANS, PRéSIDENTE DU CONSEIL DE SURVEILLANCE D'ADIDAS, PRéSIDENTE DE BASIC PETROLEUM INTERNATIONAL

"LE MéLANGE DE MACRO-éCONOMIE ET D'éTUDES DE CAS M'A BEAUCOUP AIDéE POUR LA SUITE DE MA CARRIèRE"

Passant des guichets au service de change de la banque Seligman, elle choisit à 19ans de suivre les cours de l'Institut technique des banques (ITB) du conservatoire. Sortie major en 1954, à 21ans, elle devient fondée de pouvoir chez Seligman. Gilberte Beaux sera administrateur directeur général de la Générale occidentale et P-DG de la Banque occidentale pour l'industrie et le commerce. En 1976, elle est membre du jury a l'ITB.



À LA CARTE POUR L'EDF

EdF vient de passer une convention avec le Cnam pour préparer des techniciens de niveau bac+2 à des postes d'encadrement dans des unités de production. Depuis le mois de janvier, douze techniciens suivent des cours à temps complet "en résidentiel" (un site d'EdF). Pendant un an et demi, soit six cent soixante heures de formation, des experts d'EdF et des enseignants du conservatoire leur apportent de solides notions en sciences et techniques (physique, métrologie, électricité, électronique, automatisme, sciences nucléaires et des matériaux), indispensables pour dialoguer avec les ingénieurs. Et ils les familiarisent avec les processus de production et les techniques de conduite des centrales thermiques ou nucléaires.







USINE NOUVELLE - N°2447

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