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"CloudWatt veut être l’EADS du cloud en Europe"

Ridha Loukil , , ,

Publié le

Entretien Patrick Starck, PDG de CloudWatt, l’une des deux nouvelles entreprises de cloud soutenues par l’Etat, a présenté ce mardi 2 octobre son positionnement, sa stratégie et ses objectifs. Il s’est expliqué auprès de L’Usine nouvelle sur les nombreuses interrogations et critiques que ce projet soulève.

CloudWatt veut être l’EADS du cloud en Europe © lennysan - Flickr - C.C.

L’Usine Nouvelle - L’Etat a investi 150 millions d’euros dans la création de deux entreprises françaises de cloud computing, Numergy et Cloudwatt. Est-ce son rôle ?
Patrick Starck - Durant les 40 dernières années, la France et l’Europe ont perdu les quatre grandes batailles de l’informatique : celle des gros ordinateurs mainframes dans les années 1960, celle de la mini-informatique dans les années 70, celle de la micro-informatique dans les années 1980 et celle du Web dans les années 1990 - 2000. De la bataille d’Internet, seule une poignée de grands acteurs ont survécu : eBay, Amazon, Google, Yahoo !... tous américains et mais pas un seul européen. Il ne faut pas que la France et l’Europe perdent la bataille en cours du cloud computing. C’est fondamental pour leur souveraineté, au même titre que l’eau ou l’électricité.

Depuis 50 ans, les entreprises produisent elles-mêmes leur énergie informatique en disposant de leurs propres datacenters, serveurs et logiciels. Dans 20 à 25 ans, elles achèteront l’énergie informatique comme un service auprès de centrales numériques mutualisées, comme elles achètent aujourd’hui l’électricité. Cette révolution dans la façon de produire et de consommer l’énergie numérique ne fait que commencer. C’est une chance pour nous car elle va redistribuer les cartes dans l’informatique. En nous donnant les moyens, nous pourrons figurer demain parmi les grands gagnants. C’est tout le sens de l’investissement de l’Etat dans les Numergy et Cloudwatt.

Mais cette initiative à l’échelle de la France a-t-elle un sens, alors que le Cloud est par définition global ?
Nous allons commencer par la France. Mais notre vocation est européenne. Nous sommes ouverts à l’entrée au capital de Cloudwatt de partenaires européens aux cotés des trois actionnaires actuels que sont Orange, Thales et la Caisse des Dépôts. Ceci nous donnerait les moyens d’attaquer plus facilement leurs marchés. Nous avons clairement l’ambition d’être l’EADS du cloud computing en Europe.

L’itinéraire de Patrick Starck

Ingénieur Supélec, Patrick Starck a passé toute sa carrière en informatique. Après 10 ans chez IBM, il a rejoint en 1994 Compaq dont il a dirigé la filiale française, puis HP France. Depuis 2006, il est à la tête de l’éditeur de logiciels d’infrastructure CA Technologies France.

Les menaces du Patriot Act sur la sécurité des données confiées à des prestataires américains fait débat. Qu’est-ce que vous en pensez, vous qui avez travaillé chez IBM, HP et CA Tehnologies, trois sociétés américaines ?
J’entends dire que le Patriot Act ne présenterait, dans les faits, pas de menace. Si c’est le cas, pourquoi ne pas supprimer purement et simplement ce dispositif ? Les choses seraient ainsi claires. Tant que ce dispositif existe, le doute sur la sécurité des données confiées à des prestataires américains subsistera, et c’est légitime. La meilleure garantie face à ce problème est de disposer de services localisés en France et opérés par des sociétés de droit français. Sans cela, pas de confiance. Et sans confiance, pas d’adoption massive du cloud computing.

Mais des acteurs français, avec des datacenters en France, existent déjà…
C’est vrai. Mais ce sont pour la plupart des petits hébergeurs informatiques. Le cloud ne représente qu’une infime partie de leur activité. Or je ne crois pas en l’avenir de l’hébergement informatique. Ce marché est voué à disparaitre. Ne nous trompons pas de combat. La bataille du cloud computing est mondiale. Elle implique des acteurs d’envergure mondiale. Pour faire partie des gagnants, il faut être en mesure de peser sur le marché. Regardons le marché aujourd’hui. Amazon l’a défriché, mais il reste avant tout un marchand électronique. Rackspace a suivi, mais il reste avant tout un hébergeur informatique.

On peut dire autant de HP, IBM, Google ou Microsoft. Pour tous, le Cloud computing n’est qu’une activité parmi d’autres et reste encore marginale dans leurs activités. Ce qui nous différencie c’est d’être une société dédiée à 100% au cloud computing. C’est notre grande force. Nous voulons nous différencier aussi en respectant trois caractéristiques rarement remplies aujourd’hui : le paiement à l’usage, l’élasticité et le self-service comme sur un site d’e-commerce. En plus des garanties de sécurité, nous offrirons la simplicité d’usage et des engagements sur la qualité de service.

En quoi vos offres seront différentes de celles de Thales et Orange, deux de vos trois actionnaires ?
Nous voulons passer à une échelle industrielle, avec des services à gros volumes et à faibles coûts. C’est la seule issue pour être compétitif et rivaliser avec les fournisseurs de référence sur le marché. Il faut voir le service d’infrastructure cloud comme une commodité, sorte de matière première nécessaire à la fourniture de services de logiciels à la demande. Ce sont ces derniers services que les gens vont finalement consommer.

Comme pour toute commodité, les aspects coût et volumétrie sont primordiaux. Thales et Orange se positionnent sur des niches de marché à faibles volumes mais à forte valeur ajoutée. Rien ne les empêche demain d’acheter chez nous de la capacité pour construire leurs offres. Il y a donc bien complémentarité entre leurs offres et les nôtres.

Les petits acteurs français du cloud se sentent menacés par vous. Est-ce que vous comprenez leur crainte ?
Encore fois, nous nous positionnons sur un marché différent, celui des gros volumes, alors qu’eux, ils opèrent sur des marchés niches. Nous ne les considérons pas comme des concurrents. Nos véritables concurrents vont être des acteurs aux services fortement industrialisés, à savoir Amazon, Rackspace, HP, IBM et autre Microsoft. La révolution du cloud ne fait que débuter et le marché commence à peine à cristalliser. Le gâteau sera suffisamment grand pour que chacun ait sa part. Les petits acteurs auront leur place ce marché.

Des acteurs comme IBM dénoncent une concurrence déloyale du fait de la participation de l’Etat. Qu’est-ce que vous leur répondez ?
L’Etat a jugé judicieux d’investir dans deux sociétés. Pour des raisons de souveraineté numérique, il estime stratégique pour le pays de disposer d’acteurs nationaux capables de peser sur le marché. Et compte tenu des perspectives de développement, il espère récupérer plus que sa mise. Tout ceci est normal. L’Etat a investi chez nous comme il le fait déjà dans d’autres secteurs, à travers le Fonds stratégique d’investissement (FSI). Il n’y a aucun partage de marché. Je suis contre toute idée visant à fermer le marché aux autres acteurs. L’investissement de l’Etat ne crée aucune entrave à la concurrence. Le marché reste totalement ouvert aux autres acteurs.

Numergy a démarré ses services avec les offres actuelles de SFR. Est-ce que vous comptez démarrer avec celles d’Orange ?
Pas du tout. Nous attendons la fin de l’année pour nous lancer, avec des offres différentes de celles d’Orange et Thales. Nous préférons prendre le temps pour bâtir nos propres offres. Nous partons d’une feuille blanche. Nous avons la chance que nos actionnaires nous laissent une totale liberté pour le faire. Nous ne voulons pas faire des choix précipités que nous aurons à remettre en cause plus tard. Nous tenons à opter pour les solutions les plus efficaces et les plus pérennes. C’est pourquoi nous avons décidé d’utiliser autant que possible des logiciels Open Source.

Nous souhaitons maîtriser les briques technologiques essentielles de notre plateforme et éviter de dépendre de la feuille de route des éditeurs de logiciels propriétaires. C’est stratégique pour nous. Nous avons décidé aussi de ne pas construire nos propres datacenters. Au démarrage, nous utiliserons le datacenter flambant neuf d’Orange à Val de Rueil, et un second datacenter en location que nous aurons à choisir. Ensuite, pour accompagner notre développement, nous louerons de la surface chez des hébergeurs informatiques en France. Nous préférons consacrer notre investissement à l’équipement et au développement de logiciels.

Quels sont vos objectifs ?
Nous visons la première place sur le marché d’infrastructure cloud en France. Notre modèle commercial combinera un mode de vente directe via un site Web simple à utiliser, et un mode de vente indirecte via un réseau d’intégrateurs, SSII, éditeurs de logiciels et fournisseurs de services de logiciels à la demande. En 2017, nous tablons sur un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros et un effectif de 300 à 500 personnes en fonction des relations que nous aurons avec nos sous-traitants.

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1 commentaire

Nom profil

02/10/2012 - 12h32 -

Du cloud BleuBlancRouge à l'heure de la mondialisation et de la dématérialisation cela n'a pas de sens ! Est ce un plus vis à vis des concurrents ? Le plus produit du cloud est le rapport Service/Sécurité/Prix pas la géolocalisation.
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