Climat : « L'Europe n'a aucune proposition pour l'aide des pays du Sud »

Quelques jours après le Forum des économies majeures, qui a réuni les 25 et 26 mai les dix-huit pays les plus émetteurs de la planète, bilan avec Damien Demailly, chargé de programme Climat pour le WWF-France, responsable de la campagne politique et de l'

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Climat : « L'Europe n'a aucune proposition pour l'aide des pays du Sud »
L'Usine Nouvelle.com - Jean-Louis Borloo a défendu l'intérêt de soutenir l'Afrique dans le cadre des négociations liées au climat. Quels sont les enjeux de ce soutien ?

Damien Demailly - La France travaille de façon très proche avec les pays africains pour monter un partenariat. En projet, un grand plan d'électrification en Afrique à base d'énergies renouvelables, promu par Jean-Louis Borloo. On pense que c'est intéressant : cela montre des exemples de coopération Nord-Sud dont on a besoin dans le cadre de Copenhague. Mais la France ne veut pas forcément inclure ce volet africain dans les négociations liées au climat. Quel peut donc être l'intérêt de ce rapprochement, s'il est autre que celui de l'intégrer aux accords de Copenhague ? D'aucuns s'interrogent sur le fait que la France essaie d'acheter l'Afrique pour que cette dernière se désolidarise de la Chine, afin de modifier le rapport des forces en présence dans le cadre des négociations de Copenhague.

UN - Certains critiquent le « tour de passe-passe » européen, qui visent à tirer la majeure partie de leurs crédits carbone des investissements « propres » qu'ils entendent réaliser dans les pays du Sud. Pouvez-vous nous expliquer ?

DD - L'Union européenne s'est fixé l'objectif de réduire de 20% ses émissions de carbone d'ici 2020, voire de 30% si un accord international jugé satisfaisant est signé au-delà des frontières européennes. Par ailleurs, l'Union européenne s'est engagée à soutenir les pays du Sud. Là où il y a tour de passe-passe, c'est que l'Union estime que dans ses 30%, elle va comptabiliser les crédits carbone qu'elle va acheter aux pays du Sud. Elle vend deux fois la même chose. Ces crédits achetés, ce seront juste des choses que l'Europe fera en moins chez elle.

L'Europe n'a aucune proposition pour lever des financements pour l'aide des pays en voie de développement, au-delà de son engagement de réduire ses émissions de 30%. Combien compte-elle donner et où va-t-on trouver les fonds, c'est une question clé. Au niveau européen, le paquet énergie-climat devait proposer des pistes mais n'a pas réussi à le faire. Le Conseil Ecofin le 9 juin à Luxembourg, ainsi que le Conseil européen de juin doivent prochainement tenter de le faire, mais selon nos informations, ce ne sera pas le cas.

Les cordons de la bourse d'aide au Sud

Qui gèrera l'argent destiné à aider les pays du Sud à passer la contrainte climat ? La France plaide pour le fonds pour l'environnement mondial, au sein duquel sa voix porte plus. La Grande-Bretagne, préfère la Banque mondiale, où les anglo-saxons ont plus de poids.
La raison officielle invoquée est que l'Union Européenne a déjà beaucoup bougé pour le climat, et qu'elle attend que les Etats-Unis s'engagent plus avant. Mais en interne, une bataille forte se joue avec les pays de l'Est, qui ont déjà obtenu des dérogations du fait de leur économie basée sur le charbon, et attendent de voir comment va être réparti le financement au niveau européen avant de mettre de l'argent sur la table. La question des modalités selon lesquelles sera géré l'argent d'une aide aux pays du Sud divise également l'Union.

UN - A l'issue de la première journée du FEM, Jean-Louis Borloo a évoquée l'idée de permettre plus de souplesse aux Etats-Unis, sans perdre de vue le cap des 25% à 40% de réduction d'ici 2020 pour les pays industrialisés. Les plus engagés couvriraient ainsi la lenteur américaine ?

DD - Les scientifiques recommandent une réduction des émissions de CO2 de 25% à 40% d'ici 2020 par rapport à 1990, ce qui permettrait d'éviter les effets les plus catastrophiques du changement climatique. L'Union européenne est à peine dedans, puisqu'elle fera au mieux 30%, sinon 20%. Compte tenu des enjeux, nous préconisons aux côtés de dix autres associations une réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% d'ici à 2020 par rapport à 1990. Les européens se rendent très bien compte que les Etats-Unis sont bloqués par leur Congrès. Le président Barack Obama a beau y mettre tout son poids politique, le Congrès, ce sont les intérêts américains : l'ouverture aux questions internationales est très limitée. On comprend bien que les Etats-Unis ne seront pas au niveau d'engagement européen tout de suite. Mais ils pourraient en retour compenser leur retard après 2020. D'où l'idée de négocier des aujourd'hui des objectifs pour 2030. La bonne nouvelle, c'est que l'on garde l'objectif des 25% à 40%, du point de vue collectif.

UN - La nouvelle enquête sur le climat rendue publique par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) montre que la vitesse de réchauffement est deux fois plus rapide que celle calculée en 2003. Cela s'accélère-t-il ?

DD - C'est là que la science du climat montre ses limites : les modèles utilisés sont des modèles linéaires. Or le changement climatique ce sont aussi de possibles points de rupture, des effets de basculement où tout peut s'emballer. Par exemple dans le grand Nord, en Sibérie, la fonte du permafrost provoque des dégagements de méthane qui amplifient l'effet de serre. Le phénomène s'auto-entretient. C'est un peu la nouvelle donnée scientifique : les choses peuvent s'emballer beaucoup plus vite. Les modèles estiment pour l'instant que la température de la planète augmentera de 1,5 °C à 6°C d'ici la fin du siècle. Quelques degrés, c'est ce qui nous sépare d'une des dernières périodes de glaciation : l'Angleterre était sous une épaisse couche de glace, et la France c'était la Sibérie !

Propos recueillis par Ana Lutzky


Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS