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L'Usine de l'Energie

[Climat] Faire l’impasse sur le captage du CO2 devient impossible

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

Analyse Pour rester sous les 2°C de réchauffement climatique, les grands pays émetteurs ne pourront faire l’économie du captage de CO2 et de la production de carburants de synthèse, selon une étude du Boston Consulting Group. Les pétroliers ne seront pas forcément en première ligne.

[Climat] Faire l’impasse sur le captage du CO2 devient impossible
Les grands pays émetteurs ne pourront faire l’économie du captage de CO2 et de la production de carburants de synthèse, selon une étude du Boston Consulting Group.

Qu’on le veuille ou non, il va falloir investir dans le stockage de CO2 (ou CCS). Peut-être même plus vite que prévu si, comme le préconise le dernier rapport du GIEC, il faut d’urgence viser une limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C, et non à 2 °C comme le prévoit l’Accord de Paris. Avec les technologies existantes actuelles, les grands pays émetteurs de CO2 ne pourront atteindre que 75 à 90% de leurs objectifs de réduction d’émission de gaz à effets de serre, selon l’étude The Economic Case for Combating Climate Change, du Boston consulting group.

Rien que pour limiter le réchauffement climatique sous le seuil des 2 °C, le BCG estime à 75 trillions de dollars les investissements nécessaires à l’échelle internationale d’ici à 2050, soit 2 à 6 % du PIB annuel pour les sept pays analysés dans l’étude : l’Afrique du Sud, l’Allemagne, le Brésil, la Chine, les États-Unis, l’Inde et la Russie.

Pour rester sous 1,5 °C, la facture pourrait encore enfler. Et surtout accélérer le recours aux solutions technologiques chères et pour laquelle il n’existe encore aucun modèle économique : le CCS et la production d’hydrogène vert comme carburant de synthèse. "Même après les efforts d’efficacité énergétique et en mettant des panneaux solaires tout autour du monde, on aura encore des émissions de CO2", rappelait, lors de la dernière conférence Evolen des parapétroliers à Paris, Trude Sundset, PDG de Gassnova, entreprise publique norvégienne dédiée au stockage du CO2 en mer du Nord.

Réduire les émissions restantes

La bonne nouvelle, c’est que contre toute attente, même si les efforts étaient menés de façon unilatérale par un pays, les investissements dédiés à la réduction des émissions pourraient entraîner une accélération de la croissance économique de ce pays, avance le BCG. Celle-ci serait principalement liée à une plus grande efficacité énergétique, aux économies permises par l’abandon des énergies fossiles.

Pour un pays comme l’Allemagne, les gains de PNB viendraient non seulement de la réduction des importations d’énergies fossiles, mais aussi de la production d’équipements indispensables à la transition écologique. Mais agir sur l’efficacité énergique de son industrie, sur la mobilité électrique, la consommation des bâtiments ou la production d’énergies renouvelables, ne va pas suffire, même à l’Allemagne, pour atteindre les objectifs fixés.

Il va falloir miser plus fortement sur la biomasse. Il lui faudra surtout compter avec le CCS pour réduire de 44 % les émissions restantes, et sur les carburants fossiles (-12 %). "Nous pensons que les États ne pourront pas atteindre leurs objectifs sans un peu de CCS. Dans certaines industries il n’y a pas de solution alternative", observe Christophe Brognaux, directeur associé senior au BCG et co-auteur de l’étude.

Ciment, acier, ammoniac et déchets en première ligne

Mais ce n’est pas sur les centrales à charbon que le BCG préconise de porter les efforts de captage de CO2. Pour les auteurs de l’étude, sauf pour les centrales tournant à plein régime en permanence, ce ne serait jamais justifiable économiquement. En revanche, le CCS sera indispensable dans les industries du ciment, de l’acier, de l’ammoniac, du traitement des déchets, et… dans les raffineries de pétrole. Les technologies sont prêtes. "Le problème du CCS n’est pas la technologie mais le business case", rappelle Trude Sundset. Et elle sait de quoi elle parle. En Norvège, les politiques ont introduit une taxe sur le pétrole offshore de 50 dollars dans les années 1990. Les compagnies pétrolières, Equinor (ex. Statoil) en tête, ont décidé de capter le CO2 des exploitations de gaz offshore et de le stocker sous la mer. Au total, 23 millions de tonnes de CO2 seront ainsi déjà séquestrées à la fin de cette année. "On a une expérience. On sait que cela marche. Que c’est sûr et nous avons assez de place et de capacités de stockage dans la mer du Nord pour stocker tout le CO2 de l’Europe, si elle le souhaite", explique la PDG de Gassnova.

Si ce sont les pétroliers qui les premiers se sont intéressés au captage de CO2 pour verdir un peu leur activité et d’autres industries produisant du CO2 dans leur process vont devoir investir. Et Gassnova est sur les rangs. L’entreprise publique norvégienne devrait valider d’ici à 2020 des financements pour lancer deux projets de captation de 800 000 tonnes par an de CO2 sur un centre d’incinération de déchets et une cimenterie, avec transport du CO2 capté par bateau de l’est à l’ouest de la Norvège. Un pipeline devant acheminer le CO2 dans un centre de stockage aquifère à 3000 mètres sous la mer du Nord.

Sortir les pétroliers du greenwashing

Pour les pétroliers qui cherchent à sortir le CSS de son image de facilité et de dédouanement que lui reprochent les écologistes, cette expérimentation dans les industriels de process arrive à point nommé. L’étude du BCG aussi. "Le CCUS ne doit pas être perçu comme une technologie défensive de l’industrie pétrolière mais comme une des solutions du mix énergétique pour la lutte contre le réchauffement climatique", espère Julien Pérèse, directeur politique et stratégie de l’Oil & Gas Climate Initiative.

Cette association créée en 2014 et pilotée directement par les PDG de 13 pétroliers développe des projets de R&D et investit dans les technologies et start-up de CCUS, le "U", introduisant l’idée d’une utilisation du CO2 capturé, absente de la stratégie de Gassnova, notamment. Mais ce "U" prendrait tout son sens dans la production de carburants de synthèse, même si aujourd’hui le power-to-gaz, (production de gaz de synthèse à partir d’électricité verte et de carbone capturé) est possible techniquement mais aberrant économiquement. "Le CCUS est aujourd’hui encore moins rentable que le CCS, reconnaît Christophe Brognaux, du BCG. Mais on ne peut pas bloquer quelques voies que ce soit à ce stade." Et des régulations des États volontaristes pour ne pas dépasser les 1,5 °C de réchauffement pourraient changer la donne.

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