Climat, coup de chaud sur la France

L’Observatoire Climat-Energie, portant sur les résultats de la France par rapport aux objectifs fixés, montre que les bonnes résolutions ne sont pas suivies d’effets.

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Climat, coup de chaud sur la France
Seule l'industrie respecte les engagements de la France.

Comme il semble bien loin ce 12 décembre 2015, quand une belle euphorie avait accompagné la conclusion de la COP 21. Témoignage d’une prise de conscience générale, l’Accord de Paris sur le climat était pourtant bien peu contraignant. Les États-Unis et l’Australie s’en sont même, depuis, affranchis. Les belles promesses restent trop souvent suivies d’efforts limités.

Cet automne, après le sommet mondial pour l’action climatique de San Francisco (qui se tient depuis le 12 septembre, lire l'article de notre confrère du Journal de L'Environnement) et la deuxième édition du One planet summit à New York, une nouvelle COP, la 24e, se tiendra à Katowice, en Pologne, du 3 au 14 décembre. Les phénomènes climatiques extrêmes de ces dernières semaines vont-ils déboucher sur des mesures d’urgence ? L’exemple de la France montre qu’il va falloir passer à la vitesse supérieure.

Davantage de gaz à effet de serre

La France, qui se veut moteur dans le combat pour le climat depuis la COP 21, et encore davantage depuis le One planet summit qui s’était déroulé le 12 décembre 2017 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), ne parvient pas à remplir ses objectifs. Le premier Observatoire Climat-Energie publié le 13 septembre par Réseau action climat, qui fédère 21 associations de lutte contre le changement climatique, et le CLER, réseau pour la transition énergétique, montre que notre pays doit redoubler d’efforts.

L’Observatoire compare les données de 2017 aux objectifs publiés lors de la COP 21, de la Stratégie nationale bas carbone, publiée en novembre 2015, et des Programmations pluriannuelles de l’énergie.

"Cet outil arrive au bon moment. C’est une spécificité française de se fixer des objectifs, notamment dans les lois, sans se donner les moyens de les atteindre, déplore Matthieu Orphelin, député LREM du Maine-et-Loire. Il faut toujours se confronter à la réalité des chiffres." Ces résultats ne sont guère contestables quand on sait que le comité de pilotage de l’observatoire regroupe des représentants de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), du think tank Iddri, du ministère de la Transition écologique et solidaire et d’Entreprises pour l’environnement (EPE), l’association patronale regroupant de grandes entreprises.

Globalement, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont progressé en 2016 et 2017, alors qu’elles étaient en baisse depuis 2005. En 2017, ces émissions ont dépassé de 6,7 % le budget carbone, c’est-à-dire le volume maximum à ne pas dépasser pour que la France respecte ses engagements.

L’industrie, tête de classe

"Trois ans après la COP 21, il est intéressant de faire un premier bilan et l’Observatoire climat-énergie rend visible le retard que la France prend sur la transition énergétique", regrette Anne Bringault, coordinatrice des ONG sur la transition énergétique pour le Réseau action climat. Dans le détail, les résultats sont inquiétants. Seule l’industrie s’en sort avec les honneurs. Elle a respecté son engagement (- 0,8 %) grâce aux efforts entrepris, mais aussi à la désindustrialisation qui s’est souvent traduite par la disparition d’usines polluantes.
Ce n’est pas le cas des transports, premiers contributeurs aux émissions de GES (29,6 %), qui ont dépassé largement leurs objectifs (+ 10,6 %). En cause, une mobilité en augmentation constante, avec davantage de camions et de voitures sur les routes. Et les Français achètent toujours plus de SUV et de 4 X 4, au bilan carbone souvent désastreux.

Le cancre reste le secteur du bâtiment (+ 22,7 %), preuve que la rénovation énergétique du parc privé est très mal engagée. "La pression est mise sur les entreprises, mais pas suffisamment sur le grand public. Il faut mobiliser les Français sur le transport et le bâtiment", recommande Claire Tutenuit, la déléguée générale d’EPE. Les autres secteurs, notamment l’agriculture (+ 3,2 %) et la consommation d’énergie (+ 4,2 %), n’atteignent pas non plus les objectifs fixés. La consommation d’énergies renouvelables est inférieure de plus de 12 % à l’engagement pris, tandis que la consommation d’énergies fossiles dépasse de 4,5 % le budget carbone.

Plus inquiétant encore, la consommation de produits pétroliers et de charbon, les énergies les plus polluantes, ne régresse pas. "Il y a eu en 2017 une utilisation accrue des centrales à charbon en France du fait des indisponibilités du parc nucléaire et d’une mauvaise année pour l’hydraulique. Elles n’ont pas pu être compensées complètement par la hausse des énergies renouvelables", explique Anne Bringault.

Le temps presse

Malheureusement, le combat est loin d’être gagné. "Une grande partie des hommes politiques n’ont pas conscience des enjeux et pensent en faire déjà suffisamment pour lutter contre le réchauffement climatique", dénonce Matthieu Orphelin. Au nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, de faire ses preuves…

Le prochain rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui sera dévoilé début octobre, risque de glacer les sangs. Limiter la hausse moyenne des températures à 1,5 °C – et même à 2 °C – devient de plus en plus illusoire. Nous avons déjà atteint une augmentation de 1 °C par rapport à la période préindustrielle. "Tout dépendra des choix collectifs, qui devront être forts, prévient Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue et coordinatrice de la rédaction du rapport du Giec. Mais dans la plupart des scénarios, il faudra retirer du CO2."

Le climatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec, et l’économiste Pierre Larrouturou réclament à cor et à cri un plan Marshall européen pour le climat, car la décennie qui vient sera décisive. "Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici à 2020, nous risquons […] des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent", a prévenu António Guterres, le délégué général de l’ONU, trois jours avant le sommet de San Francisco…

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