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L'Usine Campus

[Classement 2019] L'apprentissage, l'atout qui séduit les élèves ingénieurs

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A la une Cumuler acquis scolaires et pratique dans l’entreprise pour obtenir son diplôme. L’apprentissage, né au début des années 1990, fait de plus en plus d’émules et la réforme de 2018 devrait le dynamiser en simplifiant les circuits de financement.

[Classement 2019] L'apprentissage, l'atout qui séduit les élèves ingénieurs
Ancien compagnon du tour de France et très attaché à l’apprentissage, Bruno Voland, le PDG de Tra-C Industrie, accueille chaque année dans son entreprise un ou deux ingénieurs alternants.

Avec 42 % d’augmentation en cinq ans, on peut parler d’une véritable tendance. Le nombre d’apprentis préparant un diplôme d’ingénieur a bondi, selon une étude de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (Cdefi) dévoilée en novembre. "Ce nombre a même été multiplié par 2,5 en dix ans. Presque toutes les écoles s’y mettent", souligne Jean-Louis Allard, le directeur de l’école d’ingénieurs du Cesi, chargé du dossier apprentissage à la commission des titres d’ingénieur (CTI).

En 2017, 15,5 % des apprenants étaient apprentis, avec 136 écoles accréditées et plus de 280 formations d’ingénieurs sous ce statut. Ce mouvement ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Les écoles se sont fixé un objectif collectif de 25 % d’apprentis à moyen terme. Cette année, la CTI va étudier 93 candidatures pour des formations d’apprentis, dont 20 nouvelles. Quelques écoles, encore réticentes jusqu’ici, vont sauter le pas. L’Ensta ParisTech, Télécom ParisTech et l’Efrei Paris, par exemple, ont déposé un dossier pour une formation d’apprentis en deux ans, un format en cours d’expérimentation. L’ouverture du système de l’alternance à l’enseignement supérieur, notamment aux écoles d’ingénieurs, a démarré dans les années 1990. Mais c’est à partir de 2000 que la tendance s’est accélérée. Et la réforme de l’apprentissage adoptée à l’été 2018 par le Parlement et applicable pleinement en janvier 2020 devrait encore la renforcer.

Un emploi quasiment assuré à la fin du contrat

Les raisons de ce succès sont multiples. Pour les élèves ingénieurs, l’apprentissage est un moyen d’insertion professionnelle très puissant, tout en leur permettant de financer leurs études, puisque les frais de scolarité sont pris en charge par la taxe d’apprentissage et qu’ils perçoivent une petite rémunération. Dans la plupart des écoles, le diplôme délivré est strictement identique à celui décroché sous statut étudiant et, de fait, estampillé par la CTI. Un alternant suit environ 1 800 heures de cours sur trois ans, contre près de 2000 pour les étudiants. Mais son expérience en entreprise compense largement. " J’ai touché à pas mal de projets différents, de façon progressive, avec en ce moment des contacts directs avec les clients. Je bénéficie d’une large autonomie", témoigne Florent Chavelot, étudiant en dernière année à l’Insa Lyon et alternant chez Tra-C Industrie, aux Olmes (Rhône), depuis un peu plus de deux ans. D’autant que bien souvent, qui dit alternance dit emploi. "Si je corresponds aux attentes de mon employeur, son objectif est clairement de me former en vue d’une embauche à l’issue de l’apprentissage. C’est une bonne opportunité pour moi", explique Agathe Boisriveau, élève ingénieure en première année à l’École nationale du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg (Engees) et jeune alternante au cabinet d’ingénierie Artelia, à Schiltigheim (Bas-Rhin). Quant aux salaires de sortie, ils sont équivalents, voire supérieurs, à ceux des ingénieurs sous statut étudiant. "Selon notre enquête d’insertion de 2017, un diplômé issu de l’apprentissage touche une rémunération moyenne de 42 000 euros par an pour son premier emploi, contre 38 000 euros pour un diplômé sous statut étudiant", confirme Bruno Ladevie, le directeur adjoint de la formation de l’IMT Mines Albi-Carmaux, chargé de l’alternance.

Il reste toutefois deux points d’achoppement : trouver une entreprise et pouvoir réaliser un échange académique à l’international, en vue éventuellement d’obtenir un double diplôme. Sur le premier point, la débrouille et les relations familiales ou personnelles restent bien souvent la règle. "J’ai déniché la société Sillinger par relations. J’ai le sentiment que les entreprises ne connaissent pas tellement le système de l’alternance", confie Arthur Coudray, étudiant en deuxième année à Mines Nancy. "La prospection sur des sites d’entreprise ou des plates-formes n’a pas donné grand-chose. J’ai trouvé Tra-C grâce à mes relations", rapporte Florent Chavelot. Concernant l’international, certaines dispositions de la réforme de l’apprentissage devraient faciliter les séjours à l’étranger des alternants. Un apprenti est sous le régime d’un contrat de travail. Il ne peut en principe pas l’interrompre pour passer quatre à six mois à l’international en échange académique, comme ses camarades étudiants. Avec la réforme, une césure jusqu’à six mois sera possible sans rupture du contrat.

Liens renforcés entre écoles et entreprises

Les entreprises ont aussi beaucoup à gagner à embaucher un apprenti. Certes, elles doivent prendre en charge une rémunération (de 60 à 80 % du smic selon l’ancienneté), mais l’apprentissage est un moyen très efficace pour évaluer puis recruter des compétences formées pendant trois ans à leur process et à leurs métiers. "Cela crée de la valeur partagée entre nous et l’apprenti et c’est un réel levier d’employabilité", estime Maylis Danné, la directrice attraction et développement des talents de Nestlé France. Le groupe d’agroalimentaire a fait de l’apprentissage une priorité pour l’embauche de jeunes depuis 2013. En France, entre janvier et fin novembre 2018, il a recruté 352 ingénieurs alternants. "L’objectif au terme des trois ans est de les garder car nous réalisons un investissement sur eux", insiste Maylis Danné.

Les ruptures avant terme du contrat d’apprentissage sont très rares. À ce sujet, la réforme de 2018 va faciliter la vie des entreprises comme celle des alternants puisqu’il sera possible aux deux parties de mettre fin au contrat sans passer par la case prud’hommes. Autre changement de taille pour les entreprises, l’âge limite pour signer un contrat passe de 26 à 30 ans. Par ailleurs, les apprentis de plus de 26 ans seront rémunérés au moins au smic.

Du côté des écoles, le développement de l’alternance répond tout d’abord au besoin croissant d’ingénieurs sur le marché du travail. L’apprentissage constitue une bonne alternative pour augmenter le nombre de diplômés. "C’est un modèle vertueux et ouvert car il permet d’intégrer des publics moins favorisés socialement", précise Bruno Ladevie. Une grande majorité des 150 apprentis de l’IMT Mines Albi-Carmaux (sur un total de 700 élèves) sont titulaires d’un DUT ou d’un BTS. "Il a fallu vaincre quelques réticences car, pour certains, il était inconcevable de faire une école d’ingénieurs sans être passé par une prépa ", ajoute le directeur adjoint de la formation. Autre avantage pour les écoles, l’alternance leur permet de renforcer leurs liens avec les entreprises.

Enfin, le coût d’un élève en alternance est très inférieur à celui d’un étudiant. Selon l’étude de la Cdefi, il s’élève à 10 197 euros par an, contre un peu plus de 19 000 euros pour un élève étudiant en école publique, car les établissements mutualisent une partie des moyens humains et des infrastructures. L’école doit toutefois consacrer des moyens spécifiques au tutorat des apprentis. "Nous avons une équipe dédiée d’une dizaine d’enseignants-chercheurs pour assurer cette mission", explique Sylvain Orsat, le directeur de l’École d’ingénieurs en génie des systèmes industriels (Eigsi) La Rochelle (Charente-Maritime). Cette école compte 120 alternants recrutés à bac + 2 et a pour objectif de tripler ce chiffre d’ici à 2023.

L’un des principaux changements de la réforme est le transfert partiel des compétences des Régions vers les branches professionnelles, notamment pour la création des centres de formation d’apprentis (CFA). Avec l’enjeu de rapprocher l’appareil de formation des besoins de l’économie. Une entreprise ou une fédération professionnelle, comme d’ailleurs une école d’ingénieurs, pourront même ouvrir un CFA avec une simple déclaration à la préfecture et une certification qualité. De plus, depuis le 1er janvier, les CFA peuvent définir les formations dispensées en fonction des besoins des entreprises sans autorisation administrative de la Région. Enfin, ils seront financés en fonction d’un coût au contrat par apprenti et par an, uniquement selon le nombre de places nécessaires. Un organisme, France Compétences, a été créé pour chapeauter le nouveau système. "Je regrette qu’aucun représentant de l’enseignement supérieur ne siège à l’instance de gouvernance de cette entité", souligne Marc Renner, le président de la Cdefi et directeur de l’Insa Strasbourg.

Les écoles attendent avec impatience la valeur des contrats, qui doit être définie d’ici au mois d’avril par France Compétences. "C’est le coût des contrats qui donnera une indication sur l’avenir des formations d’ingénieurs par apprentissage. Soit il sera suffisant pour financer les formations, et la croissance des formations en statut apprenti va se poursuivre et même s’intensifier, soit il ne le sera pas et cela pourra casser la dynamique", prévient Jean-Louis Allard. Les écoles aimeraient bien que cette valeur approche le plus possible des 10 000 euros par apprenti et par an, le chiffre référence de l’étude de la Cdefi. La réforme met cependant en place un système d’abondement par l’entreprise pour couvrir le coût complet des frais de scolarité. Et si celle-ci se refuse à le financer, il est prévu une péréquation dont le montant sera défini par France Compétences pour couvrir le coût complet.

"L'apprentissage apprend à être autonome et organisé"


Anne Philippe,

diplômée de l’ISA Lille, jeune embauchée chez Nestlé France

 

Cette jeune diplômée de l’Institut supérieur d’agriculture (ISA) de Lille, désormais en poste dans l’usine Nestlé de Rosières-en-Santerre (Somme), où sont notamment fabriquées les purées Mousline, a effectué son apprentissage dans l’usine du groupe suisse à Pontarlier (Doubs) avant d’être embauchée. Contrairement à nombre de ses collègues alternants, Anne Philippe a facilement trouvé son point de chute. « Je connaissais quelqu’un qui travaillait sur le site. C’est comme cela que j’ai appris qu’ils cherchaient un ingénieur alternant », raconte-t-elle. La jeune femme a un parcours assez classique pour une alternante : un bac S, un DUT (en génie biologique) puis une troisième année de licence avant d’intégrer l’ISA. « L’apprentissage est une réelle opportunité pour trouver un premier emploi car quand cela fonctionne, l’entreprise fait tout pour nous garder », lance-t-elle.

Arthur Coudray,

étudiant à Mines Nancy et apprenti chez Sillinger

 

Pour cet alternant de 21 ans, en deuxième année du cycle ingénieur à Mines Nancy, l’apprentissage est un choix assumé. « Je voulais travailler rapidement », précise-t-il. Arthur Coudray alterne des périodes de deux semaines entre le campus de Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) et Sillinger, une PME spécialisée dans les bateaux pneumatiques. L’entreprise est située à Mer (Loir-et-Cher), non loin du domicile de ses parents, ce qui résout la question du double logement. Arthur Coudray a démarché une cinquantaine d’entreprises avant de convaincre Sillinger de l’engager, grâce à une relation qui connaissait la société. « Je suis très satisfait. J’ai des responsabilités et l’apprentissage apprend à être autonome et organisé », explique-t-il. Quant au stage à l’international, pas de souci : Sillinger est une filiale du néo-zélandais Future Mobility Solutions. Il le fera donc à Los Angeles, dans une autre filiale du groupe.

 

"Des jeunes formés à nos méthodes"

Bruno Voland,

PDG de Tra-C Industrie (Rhône)

Vous accueillez des ingénieurs en alternance depuis plusieurs années. Pourquoi ?

Le principal intérêt de cette formule pour notre entreprise est qu’elle permet d’avoir des jeunes formés à nos méthodes et à nos métiers. C’est un investissement financier et humain, mais qui est très important pour renouveler les compétences. Je le fais également par goût personnel : je suis compagnon de France, et l’apprentissage est une valeur forte à mes yeux. Nous accueillons un ou deux nouveaux ingénieurs alternants chaque année. Ce sont parfois des bachelors qui basculent vers une école d’ingénieurs. En tant que nouveau président de l’UIMM Lyon, je vais continuer à militer pour développer l’alternance.

De quelles écoles proviennent-ils en général ?

De différents établissements, plutôt de la région lyonnaise : l’Insa Lyon, l’Ecam Lyon, l’Enise de Saint-Étienne, mais aussi Polytech Montpellier. Notre spécialité c’est la mécanique, nous choisissons donc les candidats en fonction de ce critère.

Comment faites-vous pour envoyer des alternants en stage à l’étranger ?

Il faut être innovant. Nous connaissons bien le Vietnam pour y avoir effectué des missions d’assistance technique et de formation. Nous avons donc trouvé une solution : nous y envoyons les ingénieurs apprentis avec un budget, à charge pour eux de se débrouiller pour trouver un espace en coworking et travailler pour Tra-C de là-bas.

Trouvez-vous que l’apprentissage est coûteux pour une PME ?

C’est toujours trop cher ! N’oublions pas que nous sommes une entreprise d’une centaine de salariés au chiffre d’affaires de 15?millions d’euros. Il faut payer un salaire avec les charges et surtout mettre en place un tutorat pendant trois ans. De plus, l’apprenti travaille à mi-temps.

 

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