Economie

Cinquantième congrès de la CGT : s’opposer pour mieux s’imposer

Christophe Bys , ,

Publié le

Paradoxale CGT, qui semble redevenir le champion du non, alors que le candidat qu’elle a soutenu pour la présidentielle a été élu. Lors du congrès qui s’ouvre lundi 18 mars, Thierry Lepaon, le nouveau secrétaire général, doit rassurer en interne et séduire en externe.

Cinquantième congrès de la CGT : s’opposer pour mieux s’imposer © D.R.

Alors que s’ouvre le 50e Congrès de la CGT à Toulouse, la confédération donne l’impression de redevenir le syndicat qui dit "niet". En quelques semaines, la centrale de Montreuil  a refusé l’accord national sur la sécurisation de l’emploi, l’accord de compétitivité de Renault mais aussi celui sur les retraites complémentaires. Pas sûr que dans ces circonstances le futur secrétaire général, Thierry Lepaon, appellerait comme son prédécesseur, Bernard Thibault, à voter pour François Hollande. Pour renforcer l’impression d’opposition radicale, le document d’orientation qui est proposé au vote des congressistes a des accents offensifs. "La sortie de crise ne peut être que dans la revalorisation du travail. Revaloriser le travail passe par une première urgence : augmenter les salaires ! Aux déréglementations et à la mise en concurrence des salariés, impulsées par le patronat, nous opposons la construction d’un nouveau statut du travail salarié." Avec une telle déclaration, la réforme à venir des retraites a peu de chance d’être soutenue par la CGT. De quoi creuser un peu plus l’écart avec le gouvernement.

Dans l’interview qu’il a accordée à L’Usine Nouvelle, Thierry Lepaon précise la position du syndicat. Pour relancer l’emploi, il importe selon lui de "renouer avec la croissance, ce qui est incompatible actuellement avec le pacte budgétaire européen", tout en assurant qu’il ne s’agit pas "forcément de faire plus de dépenses publiques mais plus d’investissements publics". Il demande aussi une hausse des salaires pour "soutenir le pouvoir d’achat". Paradoxalement, même si ces orientations sont proches de celles défendues par Jean-Luc Mélenchon et du Parti de gauche, la CGT n’entend pas être le relais de ces derniers. "La CGT n’est pas et ne sera pas le bras armé du front de gauche" a prévenu Thierry Lepaon dans un entretien accordé à notre confrère "Les Echos".

Pourtant, ce dernier déclare qu’"il ne veut pas d’une CGT qui se contente de dire non", rappelant que le syndicat signe localement de nombreux accords. Les statistiques de la Dares, une direction du ministère du Travail indiquent que la CGT signe 84 % des accords d’entreprises là où elle est présente.

Comment s’y retrouver dans ce qui peut apparaître comme un double langage ? L’universitaire Dominique Andolfatto, co-auteur d’un ouvrage sur le syndicalisme en France (Toujours moins aux éditions Gallimard, co-écrit avec Dominique Labbé) insiste : "La CGT n’est pas un monolithe comme peuvent le croire des yeux extérieurs. C’est un mouvement divers, avec plusieurs lignes, certains sont plus réformatrices, d’autres plus orthodoxes."

Rassurer en interne

La première mission de Thierry Lepaon au Congrès est d’abord de rassurer, en interne, les permanents et les militants : la CGT est dans l’opposition nette et propose des solutions radicales. Il le doit d’autant plus qu’il a été élu dans un contexte particulier. Il sait qu’il n’était pas dans la "short list" initiale. Bernard Thibault avait choisi Nadine Prigent, une nomination que l’appareil cégétiste avait récusée. Candidat réunissant le plus petit commun dénominateur des courants parcourant l’appareil, Thierry Lepaon doit slalomer entre ceux-ci.

Pour faire bouger la confédération, il pourrait bien utiliser l’argument de la nécessité d’augmenter l’audience du syndicat. Le document d’orientation mentionnée plus haut s’interroge : "Comment comprendre que nous ne parvenions pas à faire décoller de manière significative le nombre de syndiqués alors que c’est une condition pour un syndicalisme plus fort ?" Autrement dit, la CGT qui revendique 700 000 adhérents  (qui n’en compte plus vraisemblablement que 550 000) veut affirmer sa position dans le jeu syndical. Bernard Thibault s’était rapproché de Nicolas Sarkozy, notamment pour faire passer la loi sur la représentativité syndicale, une loi qui devrait recomposer le paysage syndical dans les mois qui viennent, et renforcer principalement la CGT et la CFDT.

"L’Humanité" publiait ce lundi 18 mars un sondage sur la CGT montrant que 45 % des Français, 48 % des salariés du privé et 54 % du public ont une bonne opinion de celle-ci. En novembre dernier, une autre étude réalisée pour "Le peuple", la revue bi mensuelle du syndicat indiquait que 48 % des salariés souhaitaient que la CGT soit plus réaliste dans la négociation et 43 % qu’elle soit plus à l’écoute des salariés.

Enjeu : rajeunir les adhérents

Autrement dit, pour réussir à augmenter son influence, la CGT devra séduire ces salariés qui ne la trouvent pas assez à leur écoute. L’enjeu n’est pas mince, il s’agit aussi de réussir à rajeunir les adhérents. Actuellement l’âge médian est de 49 ans, et les plus de 60 ans représentent 17 % du total, soit plus que les moins de 35 ans (15 %).

Pour réussir sa mission, le nouveau secrétaire général devra aussi convaincre les diverses tendances qui s’expriment au sein du syndicat, y compris les plus conservatrices, de la nécessité de changer pour augmenter le nombre de syndiqués, tout en continuant à affirmer le contraire. La formation à la dialectique chère aux élites marxistes d’antan ne sera pas de trop.

Christophe Bys

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