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Cinq mythes sur la transition énergétique allemande

Alors que débutent les débats parlementaires sur la loi de Transition énergétique promise par François Hollande en 2012, la fondation Heinrich Böll proche des Verts allemands veut en finir avec les idées reçues sur la transition en Allemagne, l’Energiewende.

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Cinq mythes sur la transition énergétique allemande

L’ombre de l’Energiewende - le tournant, la transition énergétique - plane sur les débats parlementaires sur le grand projet de loi de la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, qui démarre son examen à l’Assemblée ce lundi 6 octobre. Difficile de penser la transition énergétique de la France sans se référer à celle engagée par le voisin allemand et son accélération après la catastrophe de Fukushima. Sans forcément bien la connaître, estime la fondation Heinrich Böll, proche des Verts allemands.

Celle-ci a publié avec l’ONG Réseau action climat un document intitulé. "En finir avec les idées reçues sur la transition énergétique en Allemagne". "Entre dénonciation et application sans recul du modèle allemand dans l’Hexagone… Mieux vaut savoir distinguer les mythes de la réalité avant de prendre position !" Dont acte, avec la remise en question de cinq "mythes" sur l’Energiewende.

Mythe n°1 : La transition énergétique allemande, c’est uniquement la sortie du nucléaire.

L’Energiewende n’est pas un contrecoup de Fukushima. Bien au-delà de la seule sortie du nucléaire, qui a particulièrement interpellé le voisin français ultra-nucléarisé, l’Energiewende "est le résultat de plusieurs décennies de questionnement sur le changement climatique et le rôle du nucléaire, insiste la fondation. Il s’agit non seulement d’une politique de sortie du nucléaire et de développement des énergies renouvelables, mais aussi d’une baisse des émissions de gaz à effet de serre, de réduction de la consommation d’énergie et de production et d’usage plus efficace de l’énergie et du chauffage". C’est aussi "une politique économique et industrielle visant à développer de nouvelles filières". Et à créer les centaines de milliers d’emplois qui vont avec.

Mythe n°2 : Le développement des énergies renouvelables a fait exploser la facture énergétique des ménages.

Difficile de contester la hausse. Le prix du KWh pour les consommateurs allemands a grimpé de 20% entre 2007 et 2011. Le soutien aux EnR ajoute 6,24 cents/KWh à la facture, qui atteint 26 cents/kWh, contre 14 en France. Cet impact n’était pas inéluctable mais résulte de choix, selon la fondation. Ceux des producteurs d’électricité, qui n’ont pas répercuté la baisse des prix de gros de l’électricité provoqués par les EnR. Ceux du gouvernement, qui a protégé ses industriels électro-intensifs au détriment des petits consommateurs.

Mais il ne faut pas oublier que cette hausse du prix de l’électricité touche moins les ménages allemands qu’elle ne le ferait en France. Les Allemands consomment moins d’électricité que les Français et leurs convecteurs. Au final, "les dépenses énergétiques des ménages sont sensiblement les mêmes dans les deux pays".

Mythe n°3 : A cause de sa sortie du nucléaire, l’Allemagne est revenue au charbon et a renoncé à ses objectifs de lutte contre le changement climatique

Là aussi, pas question de contester la hausse des émissions de CO2 : +2% entre 2012 et 2013. Mais la fondation conteste le lien avec la sortie du nucléaire. La faute en revient à une production d’électricité en hausse, tirée par l’export. Surtout, elle fait de plus en plus appel au charbon au détriment du gaz en raison de la chute du prix du charbon (-40% entre 2011 et 2013) alors que celui du gaz grimpe. Autre élément défavorable au gaz : l’inefficacité du système des quotas de CO2 a poussé les producteurs d’électricité allemands à augmenter la part du charbon dans leur mix : +23.1% entre 2011 et 2014. "Pour autant, l’Allemagne n’a pas renoncé à ses objectifs climatiques", assure la fondation, qui rappelle les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2020 et de 55% d’ici à 2030.

Mythe n°4 : L’économie allemande peut se permettre la transition énergétique, au contraire d’une France en crise.

Les industriels électro-intensifs sont souvent présentés comme les premières "victimes potentielles" d’une transition énergétique en France. Mais la fondation rappelle que la politique allemande de transition énergétique a protégé ses industries intensives en énergie. Depuis début 2013, les prix de gros allemands pour les électro-intensifs sont même devenus inférieurs aux prix français. Si par ailleurs les électriciens comme E.on et RWE ont plongé dans le rouge avec la sortie du nucléaire, l’Energiewende a fait ses preuves en matière de création d’emplois, avec 380 000 emplois dans les EnR en 2012 et 110 000 emplois créés rien qu’entre 2011 et 2013 dans l’efficacité énergétique. Et L’Allemagne s’est engagée avec force dans les industries d’avenir que sont l’éolien, le solaire, le stockage d’énergie, etc.

Mythe n°5 : Les consommateurs allemands ont uniquement enrichi les fabricants de panneaux solaires chinois.

Avec l’hécatombe industrielle qui a frappé le secteur allemand du photovoltaïque entre 2010 et 2013 et la captation par les industriels chinois des deux tiers de la production de panneaux (80% avec le reste de l’Asie), comment prétendre que le soutien allemand aux EnR bénéficie à l’industrie nationale ? En rappelant que le solaire a changé de visage avec la chute des prix des panneaux de ces dernières années. Un module solaire ne représente plus qu’une minorité (20 à 25%) du coût d’un système photovoltaïque, en particulier dans le résidentiel. La valeur du solaire est aujourd’hui en amont et en aval du panneau. L’aval, avec l’ingénierie, l’installation et la maintenance, est forcément local. L’amont, avec notamment les machines-outils qui équipent les usines chinoises de panneaux, est très germanique : l’Allemagne avait en 2013 50% des parts de ce marché.

Manuel Moragues

2 Commentaires

Cinq mythes sur la transition énergétique allemande

brousse.ouillisse
07/10/2014 11h:09

En attendant, la production annuelle de CO2 ramenée par habitant est 2 fois supérieure en Allemagne par rapport à la France...

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verdarie
08/10/2014 18h:57

Oui mais quand nous aurons encore à nous préoccuper du développement des Enr et de nos déchets, les allemands pourront produire sans contrainte avec moins de déchets nucléaires

Réagir à ce commentaire

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