Cinq Français à suivre dans les traitements du cancer

Face aux innovations du géant suisse Roche, numéro un mondial des médicaments contre le cancer, des entreprises françaises, issues de la santé ou non, tentent de jouer leurs cartes. Elles s'exposent au Congrés mondial du secteur, à Chicago, qui se tient jusqu'au 7 juin.

 

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Cinq Français à suivre dans les traitements du cancer

Au gigantesque Congrès mondial de la recherche contre le cancer (ASCO), qui se tient jusqu’au 7 juin à Chicago, les meilleurs chercheurs publics et privés du monde entier se réunissent. Impossible de manquer le stand du numéro un mondial du domaine, le groupe pharmaceutique suisse Roche, qui s’est illustré avec ses "thérapies ciblées" tout comme avec son engagement contre le cancer des enfants (voir notre enquête). Mais dans les allées de l’ASCO, les Français se font de plus en plus nombreux. Focus sur quelques entreprises qui entendent bien faire parler d’elles dans les années à venir…

Innate Pharma, l’alliée des plus grands

La PME marseillaise Innate Pharma est désormais connue des plus grands noms de l’industrie pharmaceutique. Il y a un an, elle signait un juteux partenariat avec AstraZeneca, pour partager le développement et la commercialisation de son anticorps baptisé IPH2201, qui sera combiné avec un autre anticorps du laboratoire britannique. Parmi ses partenaires figurent aussi l’américain Bristol-Myers Squibb et le leader français Sanofi.

Le coup de génie d’Innate Pharma ? S’être lancée à temps sur le marché de l’immuno-thérapie. Cette approche, qui cible le système immunitaire pour tuer les cellules malades, est désormais sur toutes les lèvres à l’ASCO. Son marché pourrait même atteindre 33 milliards de dollars à l'horizon 2022, selon des experts. La biotech aux 25 millions d’euros de chiffre d’affaires était encore en pertes l’an dernier, n’ayant pas encore de produit sur le marché : elle mise sur ses trois potentiels médicaments, en cours d’essais cliniques.

Sanofi, le réveil d’un géant

Elle fait partie des priorités stratégiques annoncées en novembre dernier par Olivier Brandicourt, le nouveau patron de Sanofi. Le géant français de la pharmacie doit se renforcer dans l’oncologie (la lutte contre les cancers). Quitte à casser sa tirelire pour tenter de rattraper le retard pris sur ses concurrents. Rien qu’en janvier, Sanofi annonçait ainsi plus d’un milliard d’euros d’investissement dans des projets de collaboration, dont celui mené avec Innate Pharma.

Il a aussi mis sur la table en avril 9,3 milliards de dollars pour essayer de croquer, via une OPA hostile, Medivation. Cette biotech américaine planche sur des traitements prometteurs du cancer du sein et dispose déjà d’un produit commercialisé contre le cancer de la prostate (le deuxième plus fréquent chez l'homme après le cancer du poumon) : il lui a rapporté l'an dernier 2,2 milliards de dollars, soit davantage que les revenus de Sanofi en oncologie sur la même période ! Mais d’autres big pharma - les géants américains Pfizer et Amgen, voire Celgene et Gilead - seraient aussi intéressées par Medivation.

Ipsen, les niches du cancer

Dans la course contre le cancer, l’entreprise de taille intermédiaire Ipsen (1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2015) ne peut pas s’attaquer frontalement aux géants comme Roche. D’où sa stratégie : devenir "un laboratoire référent en matière de niches en oncologie".

En mars dernier, le laboratoire français s’est ainsi offert les droits, hors Amérique du Nord et Japon, sur un anticancéreux prometteur, le cabozantinib. Un traitement chèrement payé à la biotech californienne Exelixis : 200 millions de dollars réglés immédiatement, suivi de paiements potentiels pouvant frôler les 500 millions. Ce produit est déjà autorisé dans une forme rare du cancer de la thyroïde dont souffrent 1 500 Européens. Mais ce qui intéresse le français, qui a présenté des données encourageantes à l’ASCO, c’est son potentiel pour traiter dès l’an prochain le cancer du rein avancé, touchant 100 000 européens. Voire le cancer du foie avancé. Objectif, concurrencer les produits d’immuno-thérapie de la concurrence, très efficaces mais chez un nombre restreint de malades, avec pour certains de lourds effets secondaires. De quoi aider Ipsen à continuer à enregistrer une croissance à deux chiffres, comme l’an dernier.

Cellectis, pionnier de la thérapie cellulaire

Dans la lutte contre le cancer émerge une nouvelle voie risquée mais prometteuse : la thérapie cellulaire appelée Car-T. Face au numéro un mondial de la pharmacie Novartis, une biotech parisienne semble bien positionnée : Cellectis. Cotée depuis l’an dernier aux Etats-Unis, elle compte déjà l’américain Pfizer parmi ses actionnaires. Séduit par son expertise issue de l’Institut Pasteur : la modification ciblée de l’ADN à l’aide de "ciseaux moléculaires". Cellectis cible les antigènes à la surface des cellules cancéreuses, en introduisant des lymphocytes T issus du système immunitaire d’un donneur sain qu’il a génétiquement modifiés.

Malgré ses 50 millions d'euros de chiffre d’affaires l’an dernier, Cellectis essuyait toujours des pertes. Son produit le plus avancé, UCART, vient d’entrer en essai clinique, testé par des patients atteints de leucémie myéloïde aiguë. Un développement mené par Pfizer et le laboratoire français Servier - qui entend lui aussi "devenir un acteur de référence" dans le cancer, avec une gamme étendue de produits à l’horizon 2020-2024 et un partenariat avec Novartis -, tous deux attirés par ce produit hors normes.

Areva Med, le challenger

En 2005, le géant français du nucléaire Areva s’est lancé dans un incroyable pari: créer Areva Med, une filiale dédiée au développement de médicaments innovants contre le cancer à partir de plomb 212. Ce radioélément, qu’Areva produit désormais en France et aux Etats-Unis, est jugé prometteur pour l’"alphathérapie", une nouvelle technique plus ciblée de radiothérapie. Objectif, traiter des tumeurs difficiles d’accès, comme les cancers du pancréas, du foie ou des ovaires, en couplant le plomb 212 avec un anticorps. Grâce à de prestigieux partenaires: l'Institut National Américain du Cancer, l’Inserm, ou encore le service de médecine nucléaire du CHU de Limoges. Avec l’université américaine d’Alabama, Areva Med a déjà bouclé en 2014 un essai clinique de phase 1 sur des patients.

Son innovation a même convaincu Roche. En Haute-Vienne, ils ont ouvert ARCoLab, "un des laboratoires de médecine nucléaire les plus avancés technologiquement au monde". Dans l’espoir de mettre au point pour 2020 des anti-cancéreux hyperciblés. Les essais sur les animaux viennent de finir, les tests sur l’homme ne devraient plus tarder. Prochaine étape pour Areva Med, devenir un labo pharma ? "Il y a un gap entre réaliser une étude de phase 1 et piloter une phase 3 puis accéder au marché", confie Patrick Bourdet, le PDG d’Areva Med (voir notre enquête).

Gaëlle Fleitour

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