Chypre va demander l'aide financière de l'Union européenne

par Michele Kambas

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NICOSIE (Reuters) - Chypre est devenu lundi le cinquième pays de la zone euro à solliciter une aide financière des fonds de sauvetage de l'Union européenne, sans en préciser le montant, expliquant vouloir ainsi se protéger de l'exposition de son secteur financier à la crise grecque.

Nicosie doit trouver au moins 1,8 milliard d'euros -soit 10% de son produit intérieur brut (PIB)- d'ici à samedi pour recapitaliser Cyprus Popular Bank. Mais elle pourrait demander une aide plus importante.

Selon l'agence de notation Fitch, qui avait annoncé un peu plus tôt le déclassement de la note de Chypre en catégorie spéculative BB+, les besoins de l'île s'élèveraient à quatre milliards d'euros, soit 23% du PIB.

Le gouvernement chypriote a indirectement répondu à Fitch en justifiant sa demande d'aide par l'exposition de ses banques à la crise en Grèce.

"L'objectif de l'aide demandée est de limiter les risques pour l'économie chypriote, notamment ceux qui résultent des retombées négatives de l'exposition de son secteur financier à l'économie grecque", a indiqué le gouvernement chypriote dans un communiqué.

L'aide devrait être fournie via le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou le futur Mécanisme européen de stabilité (MES), qui entrera en vigueur le 1er juillet, précise le communiqué gouvernemental.

Nicosie a hésité pendant des semaines à choisir entre une demande d'aide à l'Union européenne (UE) et un prêt bilatéral que pourraient lui consentir la Russie ou la Chine et qui restent semble-t-il d'actualité.

PEUR DE L'AUSTÉRITÉ

Seul dirigeant communiste de l'UE, le président Demetris Christofias a manifesté beaucoup de réticences à l'idée de devoir accepter des mesures d'austérité similaires à celles qui ont été imposées à la Grèce par ses créanciers internationaux en contrepartie de son deuxième plan de sauvetage.

Il doit rencontrer mardi les responsables des différents partis politiques de l'île, après avoir multiplié au cours de la semaine écoulée les appels du pied à Moscou et Pékin.

Des responsables gouvernementaux chypriotes se sont ainsi rendus plusieurs fois en Chine pour étudier la possibilité d'un prêt bilatéral.

"Nous avons établi des contacts. Nous avons demandé une réponse dans les prochains jours", a commenté le ministre du Commerce, de l'Industrie et du Tourisme, Neoklis Sylikiotis, à la télévision publique.

Nicosie a également annoncé la semaine dernière avoir exprimé "au niveau politique" une demande d'aide à Moscou, qui lui a déjà prêté 2,5 milliards d'euros en 2011.

"Je crois qu'ils veulent au moins éviter qu'il (le FESF) soit le seul organisme prêteur, car ils redoutent les mesures d'austérité qui y seraient liées", juge l'analyste politique Hubert Faustman.

Selon des sources officielles, les conditions imposées par l'UE en contrepartie de l'aide sont toutefois susceptibles de se limiter au secteur bancaire et ne devraient pas concerner le budget de l'Etat.

Pour s'en assurer, Chypre envisagerait de demander l'aide de l'UE pour ses banques, et celle de Moscou ou Pékin pour couvrir ses besoins budgétaires jusqu'à la fin 2013.

L'opportunité d'un prêt russe ou chinois fait cependant débat sur l'île et pourrait également sonner comme un camouflet pour l'UE alors que Nicosie doit en assurer la présidence à partir du 1er juillet.

Chypre est le cinquième pays de la zone euro à demander un plan de sauvetage, après la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, qui ne s'y est toutefois résolue pour le moment que pour ses banques.

Tangi Salaün pour le service français, édité par Natalie Huet

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