Chrysler France : «Le dépôt de bilan de Chrysler a peu d'impact sur notre activité»

Le placement sous la protection du Chapitre 11 ne concerne que l'entité américaine du constructeur. Pour la filiale de distribution française, peu de conséquences, sauf sur l'image des marques. Sur l'approvisionnement, pas encore. Interview de Stéphane La

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Chrysler France : «Le dépôt de bilan de Chrysler a peu d'impact sur notre activité»
Quelle est le périmètre d'activité et le degré d'autonomie de Chrysler France ?

Stéphane Labous. Chrysler France est une filiale de distribution de 38 personnes et plus de 90 points de vente, qui fait partie de Chrysler International, elle-même filiale de Chrysler LLC. Sa structure a été recréée au 1er octobre 2007 dans le cadre de la défilialisation, lors du retrait de Daimler. Depuis ce retrait, les contrats de services et les accords avec Daimler, industriels et logistiques, pour la distribution de pièces par exemple, ont été conservés. Mais la structure est devenue autonome. Nous finançons notre activité, possédons notre propre stock, pilotons nos propres réserves de cash.

La procédure judiciaire engagée par Chrysler sous la protection du Chapitre 11 a-t-elle un impact direct en France ? Et la sortie de Daimler du capital ?

Du fait de notre autonomie, cela a peu d'impact opérationnellement. Le dépôt de bilan ne concerne que l'activité aux Etats-Unis. L'international, même le Canada et le Mexique, n'est pas touché. En outre, Chrysler International est resté dans le vert en 2008.
Par rapport à Daimler, ce désengagement va permettre à la future nouvelle entité de repartir sur de bonnes bases. Cela ne remet pas en cause les partenariats que j'ai évoqués.

Qu'en est-il en termes commerciaux ?

Chrysler France a vendu 8.000 voitures en 2008. L'objectif s'élève à 7.000 cette année, mais si la tendance du premier trimestre se poursuit, nous ne l'atteindrons pas.

Comment évaluez-vous l'impact en termes d'image des difficultés de Chrysler aux Etats-Unis depuis fin 2008, et du dépôt de bilan ?

Les retombées négatives sur la réputation de nos marques sont la principale conséquence de ce dépôt de bilan pour nous. Néanmoins, la déperdition de clients est très difficile à mesurer. Nous avons eu très peu d'annulations de commandes. Nous pensons que ce sont les nouveaux clients qui sont le plus affectés, et ceux de la marque Chrysler. En effet, certains clients ne font pas l'association entre le groupe et Jeep ou Dodge. Chrysler est la marque qui a le plus souffert.

Quels sont les modèles les plus vendus en France ? Où sont-ils fabriqués ?

La Jeep Wrangler et la Dodge Caliber, produites aux Etats-Unis, et la Dodge Journey qui est fabriquée au Mexique.

Toutes les usines aux Etats-Unis seront à l'arrêt pendant la procédure judiciaire. Cela ne va-t-il pas vous poser un problème d'approvisionnement ?

Les usines de production en Europe ne sont pas affectées par les fermetures, elles tourneront juste au ralenti. Selon les modèles, il y aura donc en effet très peu d'approvisionnement, voire pas du tout. Mais nous disposons de stocks élevés, qui nous permettent de livrer très rapidement. Aujourd'hui nous avons plus de 3.000 unités en stock, et nous vendons 400 voitures par mois. Pour certains produits, nous pouvons tenir six à huit mois. Par ailleurs, il existe un système de coordination européen qui permet d'optimiser les flux de distribution.

Et pour les pièces de rechange ?

Ce sera un véritable problème si le processus dure plusieurs mois, mais s'il est bouclé dans les 30 ou 60 jours prévus, cela ira.

Le Chapitre 11 va-t-il modifier le plan produits en France ?

Aucune nouveauté majeure n'était prévue avant 2011, date de lancement pour le Grand Cherokee et la 300C. De plus, avec la crise et l'écotaxe, nous avions déjà prévu d'affiner la gamme et de nous recentrer sur certains produits. Grâce à l'alliance avec Fiat, nous allons pouvoir orienter notre plan produits sur des petites motorisations et des modèles plus adaptés au marché.

Avez-vous rencontré les dirigeants de Fiat France ?

Pas encore. Il n'y a pas encore eu de rapprochement opérationnel. Mais cela fait plus d'un an que la maison-mère travaille avec Fiat sur le plan produit.

Quelle relation entretenez-vous avec les Etats-Unis en ce moment ?

Un membre du comité de direction de la maison-mère est en charge de l'international, et nous tient au courant. Le développement de l'international est une priorité pour Chrysler, dont 90% du chiffre d'affaires est réalisé en Amérique du Nord. Et au sein de Chrysler International, la France est un pays qui compte. Elle représente 8 à 10% du marché européen. Nous sommes le quatrième marché en Europe pour le groupe, après l'Italie, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Nous recevons les informations en temps réel et faisons des points hebdomadaires avec les Etats-Unis.

Comment vos salariés vivent-ils cette période ?

Tout le monde reste vigilant et inquiet, mais Chrysler France n'a pas de plan social en cours. Nous avions réorganisé progressivement l'entreprise entre l'été et fin décembre 2008, de façon à conserver une structure la plus légère possible, grâce à des départs volontaires, des départs non remplacés et des fermetures de postes à pourvoir. Nous avons stoppé nos projets de croissance l'été dernier.

Pour conclure, êtes-vous optimiste sur l'issue de la procédure aux Etats-Unis ?

Très. Depuis décembre, Washington a fait d'énormes efforts pour négocier avec les créanciers et les syndicats. 90% du travail est déjà fait. Le premier point à retenir, c'est l'accord avec Fiat, qui est très important pour nous. L'autre avancée majeure, c'est l'accord trouvé avec les syndicats. Car c'est bel et bien la structure des coûts qui est à l'origine de l'effondrement du modèle économique des constructeurs américains. Toyota avait des coûts de production inférieurs de 1.500 dollars par unité produite ! Maintenant, la structure de coûts sera enfin au niveau de la concurrence.
Au final, je pense que la nouvelle entité sera très compétitive, indépendamment de toute prospective concernant le marché automobile américain. Repartir sur de nouvelles bases était probablement la meilleure décision à prendre.

Propos recueillis par Raphaële Karayan


Partager

NEWSLETTER Auto et Mobilités
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS