[Chronique RH] Le pire manager de l’année ? Mercotte, la "gentille" grand-mère du Meilleur Pâtissier

Dans les émissions de cuisine à la télévision, on apprend beaucoup de choses... et pas seulement sur la cuisson de la pâte feuilletée ou la recette de la crème au beurre. Ces programmes recèlent de leçons de management pour qui sait bien regarder. Avec Le Meilleur Pâtissier, diffusé sur M6, bienvenue dans le monde des managers castrateurs.

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[Chronique RH] Le pire manager de l’année ? Mercotte, la
Mercotte lors du dernier salon du chocolat, à Paris.

Il faut regarder les émissions de cuisine proposées à la télévision. Non pas parce qu’il y a un intérêt à suivre ces programmes hyper formatés où le suspense consiste à savoir si Laurence réussira à rattraper ses blancs en neige ou Antoine à réaliser une pâte brisée qui n’attache pas, mais parce qu’elles contiennent en filigrane souvent de formidables leçons de management.

Changer fait peur

A cet égard, la série "Cauchemar en cuisine" avec Gordon Ramsay est souvent passionnante, car derrière l’histoire invariable du restaurant cracra au bord de la faillite sauvé par l’irascible écossais, se trouve toujours ou presque un problème de management. Ecoute déplorable, manager qui craint de donner des ordres, travail organisé de façon chaotique et illustrations à l’infini de la peur du changement. Le restaurant peut être au bord du gouffre financier, l’inspection de Gordon Ramsay révéler les pires dysfonctionnements sanitaires, rien n’y fait, attaché au vieux proverbe "un tien vaut mieux que deux tu l’auras", le gérant préfèrerait n’importe quoi à l’idée de changer. C’est que vous comprenez, ça marche pas bien, mais on sait pourquoi... alors que si on change tout…

Dans cette galerie de portraits des cuisiniers, professeurs de management malgré eux, la dénommée Mercotte mérite une place à part entière, tant elle symbolise le management castrateur dans ce qu’il a de pire. Un tiers mamie gâteau, deux tiers institutrice sévère, elle s’est fait dans l’émission de M6 "Le Meilleur Pâtissier" la spécialité de la redresseuse de torts condamnant toute initiative. Bien sûr c’est un jeu, et il ne serait pas étonnant qu’on fasse jouer un rôle à cette dame. Qu’importe, la télévision est le royaume de l’image, tenons-nous en à ce qu’elles montrent.

Fais comme ci, pas comme ça

Dans un épisode récent (LA finale), Mercotte impose une épreuve technique, soit la réalisation d’un dessert d’autrefois, à partir d’une recette plus ou moins complète. Et la pimpante septuagénaire vient en fin d’épreuves redresser les torts. Gare à celui qui n’a pas fait le dessert comme elle l’attendait. Cela donne des scènes d’anthologie ou presque où une fraise mal coupée peut changer le destin du candidat (on tremble devant la dureté d’un tel événement).

Dans l’épisode en question , il fallait réaliser un gâteau du siècle dernier : le papillon. Pour une fois, pas de recette mais une sorte de schéma technique que les candidats devaient reproduire. Schéma très mal fait, aucune explication. Bizarrement, dans cette séquence, c’est le candidat qui a réalisé le dessert ressemblant le plus au schéma, mais paradoxalement le moins à ce qu’il y avait de la tête de la dénommée Mercotte, qui fut sanctionné : il n’avait pas fait ce qu’on attendait de lui.

La scène commence au bout de 50 minutes et dure jusqu'à 1h10minutes (pour ceux qui auront le courage de regarder le tunnel de publicité) en CLIQUANT ICI

Et tais-toi

On n’épiloguera pas sur le dessert, mais on demandera aux lecteurs combien de fois son chef, ou N+1 comme on disait en 2016 pour faire moderne, lui a demandé quelque chose, qu’il s’est empressé de reproduire à l’identique, pour s’entendre dire que (version soft) "ce n’était pas cela qui était attendu", (version plus hard) qu’"il n’avait rien compris qu’on ne lui avait jamais demandé ça et que quand on lui disait ceci il fallait comprendre cela, tout le monde savait bien".

Ce qui frappe le plus dans cette séquence de télévision (donc scénarisée à mort) c’est qu’on se contente de constater que le résultat est contraire à l’attente, on ne demande pas au candidat de s’expliquer, de motiver pourquoi il a fait ce choix (pour de compréhensibles raisons, car les juges émettent leur jugement à l’aveugle).

Puisque la fin de l’année approche, nous vous souhaitons à tous que de tels comportements seront hors propos en 2018. Que tous les managers s’exprimeront clairement sur leurs attentes, que, désarçonnés par un choix, ils commenceront par demander à leur subordonné ce qu’ils voulaient faire avant de les blâmer pour leurs erreurs et qu’ils sauront, quand la solution inventée sera meilleure, le reconnaître. Sinon il faudra continuer à faire des gâteaux comme Mercotte les veut. Point Barre, fin de discussion.

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