[Chronique] Du whisky "made in France"

Frédéric Revol produit un whisky dans les Montagnes des Alpes. Une affaire de copains et de passionnés du terroir isérois devenue depuis janvier 2017 un actif de Rémy-Cointreau. Une chronique de Mohammed Bensalah et Franck Dedieu, de l'IPAG Business School.

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[Chronique] Du whisky
Une affaire de copains et de passionnés du terroir isérois devenue depuis janvier 2017 un actif de Rémy-Cointreau.

Ses mots semblent hésiter à sortir. Non par indécision, ni par doute mais par choix de les garder en bouche, d’en respecter le sens, de les écouler sans précipitation. Comme son whisky, “cette eau de vie vieillie en fût” venue des profondeurs alpines. Le 25 septembre, dans le cadre d’un cycle de conférences organisé par l’Ecole de Paris du management, Frédéric Revol, “l’anti-véloce” pourrait-on dire, a fait l’éloge du temps long, à rebours des jeunes start-uppeurs si enclins à la turbo production et aux profits rapides. Ce whisky Made in France - produit dans le Vercors à environ 1000 mètres d’altitude – entend témoigner des âges et “des montagnes par une réminiscence de la mémoire d’où devrait émerger l’odeur des céréales, le bruit de la grange et les paroles des grands-pères”, insiste cet ingénieur agronome de formation, passé par l’univers (trop ?) effervescent du conseil.

Et le patron du “Domaine des Hautes Glaces” joint en quelque sorte le geste économique à la parole : “J’ai attendu 5 ans avant de vendre ma première bouteille. D’ailleurs, les premiers temps, en 2009, je commercialisais des fioles pleines de l’air pur des montagnes avec la promesse de livrer le whisky une fois arrivé à maturité”. Habile pour amorcer la pompe à trésorerie quand le précieux liquide doit sommeiller cinq bonnes années dans les tonneaux. “Vu l’accueil que m’ont réservé les banquiers, il fallait bien faire preuve d’inventivité”, se souvient-il. La Région Rhône Alpes lui a donné un coup de main sous forme de subventions, la NEF-Banque Ethique et le Crédit coopératif participeront également au financement mais les concours sont aussi venus de “copains”. Certains, contre des parts au capital, lui ont prêté du terrain pour y semer son orge et son seigle, d’autres ont mis à disposition leur savoir-faire de chaudronnier et de tonnelier pour concevoir les barriques et les appareils de distillation. La science, la sueur et la patience de Frédéric Revol feront le reste. “Ce produit contient de la complexité par nature et il faut lui rester fidèle. Mêler l’eau, la céréale au sein du terroir exige un vrai savoir-faire”. Dont acte. En 2014, les premières bouteilles “pleines” de single malt arrivent enfin et avec elles le temps des bénéfices. “Les marges me servent à créer du stock pour du "20 ans d’âge“.

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Une certaine mode pour le whisky “exotique” s’empare des grandes villes comme Copenhague, New-York et Singapour. Il y exportera une partie de marchandises avant d’arrêter, ”pas assez de bouteilles pour servir le marché local et il faut en conserver pour faire du stock”. Il écoule déjà environ 15 000 bouteilles et en prévoit 30 à 40 000 d’ici à 5 ans. Les consommateurs français s’en entichent. Quelques grands actionnaires également. En particulier ceux de Rémy-Cointreau. En 2017, il vend ses parts à ce grand nom de la boisson et ses amis des premiers temps quittent le tour de table. Mais, promis-juré, l’esprit rustique et défricheur des débuts ne va pas se dissiper s’évaporer. “L’arrivée de Rémy-Cointreau correspond justement à un désir de se rapprocher des terroirs, des savoir-faire et de l’authenticité. De toute façon, les contours bien délimités du domaine circonscrivent le développement de l’exploitation et en garantissent l’âme”. Spirituel et spiritueux font bon ménage.

Mohammed Bensalah et Franck Dedieu, IPAG Business School

L'IPAG Business School, membre de la conférence des grandes écoles délivre un diplôme bac+5, Grade de Master. Cette école de managements compte 2000 étudints en programme grande école. Son laboratoire de recherche est classé 3ème parmi les business School française au classement de Shanghai 2017 (ipag.fr).

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