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Quotidien des Usines

Christian Estrosi face aux lecteurs de l'Usine Nouvelle

Publié le

Vidéo Omniprésent sur tous les dossiers chauds, le ministre en charge de l’Industrie se dit attaché à ceux qui représentent des «symboles», comme Molex. Il veut préserver les savoir-faire industriels français et n’hésite pas à se présenter comme le « ministre des ouvriers ». Les états généraux de l’industrie, qu’il va conduire dans les mois à venir, permettront de définir les priorités du gouvernement.

Christian Estrosi face aux lecteurs de l'Usine Nouvelle
Une entreprise de 280 salariés mérite autant d’attention que celles qui en emploient 3000 ou 4000
© Pascal Guittet

Diaa Elyaacoubi (dirigeante de streamcore, équipements réseaux) : Depuis quelques semaines, vos collègues du gouvernement réclament leur part du grand emprunt national. Vous-même, que défendez-vous pour l’industrie ?

Personnellement, je me suis imposé une discipline: je ne vous dirai pas quelles sont mes priorités. J’ai naturellement ma vision, mais si avant même le résultat de la consultation, je vous disais que j’ai déjà tranché et arbitré, je ne respecterais pas la volonté du président de la République. La commission présidée par Michel Rocard et Alain Juppé a été chargée d’organiser une vaste consultation. Je serai très attentif à ses conclusions. Parallèlement, le Président m’a confié la mission de conduire les états généraux de l’industrie, dans les deux à trois mois qui viennent. Je compte sur ces états généraux pour entendre des acteurs industriels actifs et motivés porter des arguments forts, afin de définir ce que seront les enjeux stratégiques de demain.

Gilles Le Blanc (économiste) : Avez-vous déjà, malgré tout, défini des priorités ?

Nous avons tous commis des erreurs ces dernières années, notamment celle du saupoudrage. Cela ne doit plus se reproduire. Si l’on veut rester des leaders, il va falloir cibler les grands enjeux stratégiques et ne pas se perdre dans toutes les petites opportunités du moment. On peut imaginer que la fibre optique, les nanotechnologies et les biotechnologies feront partie des secteurs clés. Je citerai également l’industrie pharmaceutique et l’automobile. C’est agaçant de voir Mitsubishi sortir sa voiture électrique avant les Français. Pourtant, avec les pôles de compétitivité que j’avais mis en place il y a cinq ans, quand j’étais ministre de l’Aménagement du territoire, nous avions tous les brevets et tous les ingrédients pour faire des véhicules exceptionnels ! Aujourd’hui, un pacte portant sur 6,5 milliards d’euros a été signé. Notre implication dans le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA) prouve aussi notre volonté d’aider à la mutation de la filière. Nous avons en France deux champions mondiaux. Peu de pays ont encore cette chance. En aidant ces industriels, nous voulons créer une dynamique pour l’ensemble de la filière.


Christian Estrosi à L'Usine Nouvelle
par usinenouvelle



Bruno Moreau (PDG d’ask, connectique) : Vous parliez d’innovation, comment comptez-vous la stimuler ?

On me parle de concurrence et de délocalisation. Moi je réponds compétition. Il faut gagner la bataille de l’innovation. Les entreprises investissent souvent entre 5 et 11% de leur chiffre d’affaires, Sur cet investissement, il n’y a que 2 à 4% de chances de réussite au bout de cinq, voire dix ans. Mais quand on réussit, c’est énorme. C’est cela qu’il faut viser de toutes ses forces. Et c’est là que l’Etat doit aider les entreprises à prendre ce risque. N’ayons pas peur des Chinois ou des Américains. Nous avons tout autant de cerveaux et de matière grise. Accordons aux entreprises toutes les marges dont elles ont besoin. Apportons-leur le crédit et les garanties. Partageons les risques. Il faut aller plus loin que le crédit impôt recherche. C’est pourquoi je crois beaucoup au crédit impôt innovation. Il accompagnerait les entreprises jusqu’au prototype.

L'Usine Nouvelle :  Les pôles de compétitivité sont justement censés favoriser l’innovation. Avez-vous l’intention d’en supprimer ?

Passer de 73 pôles à 20 ne veut rien dire. Je ne veux pas en réduire le nombre, mais en augmenter le potentiel en favorisant les synergies. Le modèle doit évoluer. J’ai mené de durs combats, notamment sur le financement, pour lequel il existe maintenant une structure unique. Certains doivent fusionner pour élargir leur périmètre, c’est évident. Le pôle mer Paca-Bretagne est un excellent modèle. Concernant la filière automobile, les choses vont commencer à s’organiser. Dans le textile, il faut le favoriser. Et on peut viser encore plus loin avec des pôles de compétitivité européens. J’y crois beaucoup. Si vous faites l’addition de ce que les 27 mettent dans l’innovation, cela fait un peu moins que les Etats-Unis. Sur certains projets, pour être leader mondial, il est plus simple de s’y mettre à 27.

L'Usine Nouvelle : Vous déployez beaucoup d’énergie autour de dossiers comme celui de Molex. Pourtant, son sauvetage ne concerne que peu d’emplois…

Une entreprise de 280 salariés mérite autant d’attention que celles qui en emploient 3000 ou 4000. Molex est un symbole de ce qu’il faut éviter: une entité étrangère qui rachète une entreprise française avec ses brevets et qui se retire après quelques années. Les règles françaises font que personne ne peut s’y opposer. Ce genre de pratiques n’est plus possible. La crise économique a été le révélateur de beaucoup de fragilités qui sont les nôtres. Mon rôle en tant que ministre de l’Industrie est d’accompagner le repreneur, afin de garantir une remontée en puissance de l’activité industrielle. Je sais que cette qualification a fait rire certains, mais oui, je suis aussi le ministre des ouvriers. Parce qu’il faut mener le combat afin de ne pas perdre le savoir-faire de nos entreprises. Sans une main-d’oeuvre motivée et performante, elles ne peuvent pas être efficaces. Prenons l’automobile. D’après nos indicateurs, les sous-traitants vont continuer à rencontrer des difficultés, car les bons résultats enregistrés récemment relèvent plus du déstockage que de la reprise de la production. Il faut donc aider les sous-traitants à traverser cette période, mais aussi veiller à ce qu’ils en profitent pour modifier leur outil de production.

Dominique Gillier (syndicaliste CFDt métallurgie) : Pour éviter d’autres Molex, que pensezvous de la mise en place des lieux de dialogue, social et industriel, avec les dirigeants et les salariés ?

Vous avez totalement raison, il pourrait s’agir d’une structure permanente qui mette tous les acteurs autour de la table pour diagnostiquer, expertiser, etc. Je dois être le pompier et en même temps l’architecte. Et pour cela, j’aurais besoin d’un think tank au sein duquel je puisse avoir une agitation d’idées permanentes, d’où il ressortira de temps en temps des mesures que l’on peut mettre en oeuvre. A mon avis, il faut de plus en plus réfléchir filière par filière. Par exemple sur celle du nautisme, je suis en train de mettre en place un financement innovant. catherIne raMBauD (PDG d’Olympia, textile) Pour beaucoup d’entreprises, souvent en difficulté, des problèmes d’accès au crédit persistent. Personne ne veut aider une entreprise en reconversion comme la nôtre, parce que nos comptes ne sont pas à l’équilibre… En effet, si les banques sont là pour prêter de l’argent à ceux qui en ont déjà, nous y perdrons beaucoup… Nous ne laisserons pas les PME françaises être affaiblies, puis être attaquées. Ce sera le grand sujet du débat de l’automne. Par exemple, dans la vallée de l’Arve, on voit des prédateurs prêts à rentrer dans le capital de sociétés. Nous ne devons pas laisser faire. Nous allons accompagner au capital les entreprises en difficulté et allons mettre en place un fonds dédié aux PME, comparable au Fonds stratégique d’investissement (FSI), qui est un outil formidable d’entrée dans le capital de manière provisoire. Il faut agir vite, pour ces milliers de PME engagées sur des produits innovants et qui sont menacées. Nous sommes prêts à aller là où les structures financières n’assurent pas l’accompagnement des PME. Là où les organismes bancaires centralisés qui ne recrutent pas des ingénieurs et des spécialistes d’étude pour savoir quels sont les marchés porteurs ne veulent pas prendre de risque.

Thierry Dillard (PDG de SGD, flaconnage) : Des entreprises qui investissent et emploient des salariés en France risquent d’aller dans le mur. Ce sont aussi elles qui ont besoin d’argent.

Attention ! Pour bénéficier d’un soutien public, il faut aussi que l’entreprise représente un enjeu d’avenir. C’est ce à quoi devra servir le grand emprunt : soutenir les enjeux stratégiques et l’innovation.

Pierre Jérôme (fondateur de SpinGuard, matériel médical) :  Une toute jeune start-up comme la nôtre pâtit du non remboursement de certains produits par la sécurité sociale. L’administration ne pourrait elle pas être moins rigide ?

Je ne vous répondrai pas en tant que ministre de l’Industrie, mais comme président du CHU de Nice. Parfois, l’administration raisonne à trop courte vue. Une dépense d’un côté peut générer pour l’Etat et les organismes sociaux beaucoup de recettes de l’autre. Et je fais tout pour en convaincre Bercy!

L'Usine Nouvelle : La réforme de la taxe professionnelle est en marche, la mise en place de la taxe carbone inquiète. comment rassurer les industriels ?

Arrêtons de s’excuser en permanence sur la taxe carbone! Au sommet de Copenhague, le président de la République va demander qu’on durcisse le ton envers les pays qui ne respectent pas les mêmes normes sociales et environnementales que les nôtres. De telles mesures, face à ce type de concurrence, permettent d’améliorer notre compétitivité. Je vous l’assure, les industriels français ont beaucoup à y gagner !

Coordination par Sylvie Andreau

 


 

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