Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

Chongqing, la capitale mondiale du ciment

Olivier James , ,

Publié le

Cette ville de 32 millions d'habitants représente un immense marché pour le secteur de la construction. Les autorités accueillent les investisseurs étrangers à bras ouverts.

Chongqing, la capitale mondiale du ciment
Exode. Dans une atmosphère chaude et humide, 400000 migrants débarquent chaque année à Chongqing, en espérant travailler sur les chantiers disséminés dans la ville.
© RHODRI JONES/PANOS-REA

« Bang, bang ! » Ainsi alerté, l'homme muni d'un épais morceau de bambou accourt aussitôt. Les traits fatigués, il déploie la corde accrochée à son bâton et s'apprête à porter sur son dos la charge du passant pressé qui vient de le héler. À Chongqing (prononcez « Chongtching »), près de 30 000 « soldats au bâton » arpentent les rues grouillantes. Ils proposent leurs services aux 32 millions d'habitants. Nombre de ces « soldats » précaires font partie des 400 000 travailleurs migrants qui atterrissent chaque année dans cette agglomération aux proportions délirantes, attirés par les promesses d'un développement effréné.

Située au coeur de la Chine, à la confluence du Yangtze et du Jiaglin, la cité portuaire donne son nom à la province. Elle symbolise le nouveau visage de la Chine : celui d'une urbanisation à marche forcée. Dans une brume chaude et humide, elle offre un paysage de chantiers épars, d'entrelacs d'autoroutes et de grues fantomatiques bordant des immeubles crasseux et des buildings flambant neufs. Sur une étendue aussi vaste que l'Autriche, une végétation sauvage et improbable occupe les rares terrains délaissés.

En 2009, le chiffre d'affaires du marché de la construction de la ville s'élevait à plus de 6 milliards d'euros, en hausse de 21,2 % par rapport à l'année précédente. Plus de 130 millions de mètres carrés d'habitations seraient en cours de construction, selon les autorités locales. D'ici à la fin de l'année, le territoire devrait, entre autres, se doter de 2 000 km d'autoroutes, de 2 000 km de voies de chemins de fer et d'une zone aéroportuaire d'une capacité annuelle de 125 millions de tonnes.

COMME UNE POUSSÉE INCONTRÔLÉE DE TOURS

Chaque jour, la métropole chinoise change de visage. Chongqing se trouve aux premières loges de la nouvelle politique d'aménagement décidée à Pékin. Baptisée Go West, elle entend dynamiser le développement des provinces intérieures du pays, alors que les villes côtières bénéficient du boom chinois porté par les exportations. Les autorités ambitionnent de faire de Chongqing le Chicago chinois. Si, pour l'instant, les ambitions architecturales font défaut, Chongqing n'en reste pas moins la capitale mondiale du ciment. Pour la seule année 2009, la consommation a atteint 70 millions de tonnes, soit 50 fois celle de la France !

Un développement effrené

► PIB de 78 milliards d'euros (2 % du PIB chinois)
► Taux de croissance de 14,9 % en 2009 (8,7 % pour la Chine)
► Taux d'urbanisation de 50 % (70 % prévus en 2020)

Comme dans l'ensemble du pays, le marché du ciment est avant tout aux mains d'entreprises nationales, CNBM et Anhui Conch, pour ne citer que les deux plus importantes. Mais le secteur, qui comprend des milliers d'acteurs, tend à se concentrer. « Nous encourageons Lafarge à se développer, notamment via le rachat d'entreprises locales », a affirmé Huang Qifan, le maire de Chongqing, à la mi-juin. L'édile profitait d'une visite de Bruno Lafont, le PDG du cimentier français, pour rappeler son souhait d'attirer des investisseurs étrangers. Le groupe français, implanté en Chine depuis 1995, possède 7 millions de tonnes de capacités de production de ciment, rien que dans cette ville. Et, pour la seule année 2010, le numéro un mondial du ciment va mettre en service une cimenterie, une ligne de production de plaques de plâtre et une centrale à béton. Pour ses activités ciment, Lafarge a dû mettre en place un joint-venture (Lafarge Shui On Cement), avec le groupe hongkongais Shui On, qu'il contrôle à hauteur de 55 % des parts.

Le géant suisse Holcim, présent à Chongqing via une coentreprise créée avec le chinois Huaxin Cement, possède, lui, une cimenterie d'une capacité de 2,2 millions de tonnes de ciment. D'autres majors du secteur (Heidelberg, Italcementi, CRH) pourraient bientôt s'y implanter. Un mouvement qu'ils opèrent peut être trop tard... Au vu de la poussée incontrôlée des tours et des quartiers résidentiels et de la hausse des prix de l'immobilier (entre 5 et 10 % par an depuis cinq ans), d'aucuns s'inquiètent d'un possible effondrement du secteur de la construction. Le passage d'un monorail en plein milieu d'un immeuble d'habitations donne une idée de la rapidité de l'urbanisation de la ville.

Qilai Shen/Panos-REA

"VILLE PLUVIEUSE ET BRUMEUSE, SOYEZ PRUDENTS"

Reste une problématique de taille : l'impact de ce développement sur l'environnement. Un panneau sur un rond-point avertit d'ailleurs le visiteur : « Chongqing est une ville pluvieuse et brumeuse, soyez prudents. » Le climat humide n'est pas seul en cause. Les centrales à charbon, alimentant les cimenteries et les aciéries, contribuent à gonfler l'important taux de pollution.

Mais le ralentissement n'est pas pour demain. Les autorités locales pilotent deux plans de développement urbain et industriel, chacun d'un montant de 120 milliards d'euros sur la période 2008-2012. Chongqing veut renforcer son tissu dans l'automobile, la chimie, la pharmacie, la métallurgie et l'électronique. Ford, Fiat, Mazda, Microsoft, ABB, BASF, Honeywell ou bien encore Suez sont déjà installés sur place. Beaucoup d'autres grands groupes devraient rapidement leur emboîter le pas. Les investissements étrangers se sont élevés à 3,3 milliards d'euros en 2009. Soit une hausse de 47,7 %, contre une baisse de 2,6 % pour l'ensemble du pays. Chongqing, la capitale du ciment, s'impose comme la nouvelle frontière du pays. Comme un nouveau Shanghai.

De notre envoyé spécial à Chongqing, Olivier James

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle