Economie

Chirac : sa deuxième chance

,

Publié le

Après le choc du premier tour, une formidable opportunité s'offre à Jacques Chirac : construire un mouvement qui rassemble, comme chez nos voisins, les forces de droite autour de vraies réformes. Mais pour les faire accepter, il faudra « mouiller la chemi

Le séisme politique provoqué par le premier tour des présidentielles n'a pas ému les marchés financiers. Ceux-ci ont lundi bien plus réagi à la nouvelle descente aux enfers d'Ericsson qui a entraîné dans sa chute l'ensemble des valeurs technologiques.

Pourtant, le vote protestataire de dimanche apparaît énorme. Entre les 20 % réunis par l'extrême-droite et les 25 % des multiples candidatures de gauche (Mamère inclus), dont le discours dénonce le socialisme moderne et ouvert prôné au fond par le PS, ce sont près de 45 % des Français qui ont voté pour des programmes dont l'application donnerait un coût d'arrêt à l'ouverture de la France au marché mondial et même signerait pratiquement l'arrêt de mort du développement de l'entreprise privée en France.

On n'en est pas là, d'autant que tout indique que ce sont les préoccupations sécuritaires qui ont avant tout pesé sur le choix des électeurs. Et maintenant ?

Jacques Chirac sera le prochain Président de la République. Il devrait être très largement élu si le choc provoqué par la présence du leader du Front national au deuxième tour remobilise les électeurs comme cela semble être le cas.

Jacques Chirac sera alors en position de force pour remporter les législatives de juin. Outre la dynamique de sa victoire, il pourra compter sur un rejet d'une nouvelle cohabitation.

Surtout, les socialistes sont en mauvaise posture après l'implosion de la gauche plurielle qui a coulé Lionel Jospin. Le PS va-t-il tendre la main vers l'extrême-gauche à qui pourtant des gages avaient été donné avec les 35 heures et la « loi de modernisation sociale ». On voit mal les Fabius, Strauss-Kahn et autres hérauts du PS comme parti de Gouvernement faire durablement ce chemin là. Surtout, comment un PS ainsi gauchisé pourrait-il séduire les voix du centre et des très nombreux cadres qui votent pour un PS ouvert ?

C'est donc un boulevard et une formidable opportunité qui s'offre à Jacques Chirac : construire enfin un mouvement qui rassemblera, comme chez nos grands voisins, les forces dites de droite et du centre droit. Sa décision d'imposer pour les législatives l'étiquette unique de majorité présidentielle, malgré l'opposition d'Alain Madelin et de François Bayrou, va dans ce sens.

Si ce choix est validé par les Français, Jacques Chirac aura cinq ans pour gouverner autrement. « Il faudra être audacieux dans les réformes », avance Jean-Pierre Raffarin. « Ce qu'il faut, c'est montrer que nous sommes prêts à passer à l'action », renchérit un autre premier ministrable, Nicolas Sarkozy.

Ils ont raison. Car, ce n'est probablement pas seulement la montée de l'insécurité qu'ont sanctionné les Français dimanche. C'est peut-être aussi cette difficulté qu'ont les partis du gouvernement à affronter les oppositions (notamment dans le vaste secteur public) à des réformes qui débloqueraient la société française et réaffirmerait l'autorité de l'Etat trop souvent bafouée par la défense d'égoïsmes corporatifs.

Cela passe par un programme de gouvernement porteur d'une vision cohérente, d'objectifs précis, et d'un calendrier qui engage.

Pour cela, il faut arrêter de réformer à reculons, comme on le fait trop souvent en France. S'il veut ne pas rater la deuxième chance que lui donne le pays, Chirac devra mouiller la chemise et mettre en jeu le fort capital de sympathie dont il dispose, aidé bien sûr par le gouvernement qu'il aura. Car ces réformes, il faudra les revendiquer, les préparer, et les défendre sur le terrain y compris en tentant d'y associer une partie des partenaires sociaux. La porte est étroite, mais c'est la seule manière d'éviter un nouveau décembre 1995, qui reste la hantise de la droite.

Jean-Léon Vandoorne

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte