Economie

Chine : le plus gros trou de notre commerce extérieur

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C’est, dit-il, la principale préoccupation de François Hollande à l’occasion de son voyage en Chine : la France accuse un déficit commercial de 26,1 milliards d’euros avec Pékin. Et en matière d’implantations directes, au-delà des succès des Schneider, L’Oréal ou Air liquide, trop peu de PME françaises investissent encore dans l’ex-Empire du Milieu. Etat des lieux.

Chine : le plus gros trou de notre commerce extérieur © Renato Ganoza - Flickr - C.C.

Pour sa première visite en Chine et sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping, François Hollande, parmi la multitude de sujets de discussions possibles (Corée, Iran, Mali, Tibet, droits de l’homme…) se trouve confronté à une simple réalité économique : la Chine est la source du plus gros déficit commercial bilatéral de la France.

Ce déficit s’est élevé en 2012 à 26,1 milliards d’euros. Et il "n'est pas acceptable", a d’ailleurs lâché le président français lors de sa première journée sur le sol chinois le 25 avril à l’occasion de la visite près de Pékin d’une usine de Bernard Controls, une PME française spécialisée dans les motorisations des vannes industrielles.

De fait, avec ses 41,2 milliards d’euros d’exportations vers la France en 2012 (+0,3%), la Chine est devenue ces dernières années notre deuxième fournisseur, derrière l’Allemagne, rapporte une note du service économique de Pékin

Environ, les deux tiers de nos achats en Chine sont concentré dans le secteur textile/confection (22.3%) et surtout le domaine des équipements électroniques, mécaniques et informatiques (49%).

Un peu plus diversifiées, nos exportations vers la Chine en 2012, soit 15,1 milliards d’euros se répartissent pour les quatre premier postes entre les équipements électroniques, mécaniques et informatiques (23,7%), les produits agricoles (11%) et la chimie/cosmétique (9,7%), sans oublier le premier d’entre eux l’aéronautique qui a lui seul pèse 31,2% de nos exportations. Merci Airbus !

Par ailleurs, la balance agro-alimentaire, comme toujours largement bénéficiaire avec la Chine, l'est devenu pour la première fois l'an dernier hors vins et spiritueux, grâce notamment à la bonne dynamique des produits laitiers. Un effet sans doute des multiples scandales alimentaires dans ce pays qui offrent de nouvelle opportunités aux produits occidentaux.

57% de nos exportations

L’an dernier nos exportations ont progressé de 15%, un chiffre plutôt satisfaisant mais qui cache un rythme de progression en repli comparé à celui de 2011, il était de 22,6%. Le maintien d’un certain dynamisme a toutefois permis à notre déficit commercial vis à vis de la Chine de se contracter de 1,5 milliard d’euros, pour atteindre donc les fameux 26,1 milliards d’euros.

Du coup, la part de marché de la France en Chine a légèrement progressé : elle s’élève à 1,33% (contre 1,27% en 2011 mais 1,43% en 2006). Une performance meilleure que celle de nos voisins italiens (0,89%) ou britanniques (0,92%) mais qui reste bien loin de celle de l’Allemagne.

Premier partenaire européen de la Chine, Berlin s’y arroge une part de marché de 5,06%, selon les douanes chinoises. Bref, les machines-outils et les belles berlines allemandes ont toujours la cote à Pékin, Shanghai ou Canton…

Les entreprises françaises semblent néanmoins avoir pour beaucoup d’entre-elles tenté le rêve chinois. Selon les douanes françaises, 10132 (dont 2876 micro entreprises) ont exporté en Chine en 2011 !

Mais la Chine reste une affaire de poids lourds : à elles seules, 6, 4% des entreprises françaises ayant un présence commerciale en Chine pèsent 57% de nos exportations ! Car entre la difficile protection de la propriété intelectuelle, l'accès restreint aux marchés publics ou les règles complexes à l'importation et à l'installation (catalogue des investissements) ce marché "reste difficile d'accès pour les entreprises", estiment les autorités francaises.

"Made in China for China"

Au-delà de l’exportation, on le sait l’avenir du business repose sur le "Made in Chine for China". Autrement l’implantation sur place, seul moyen d’y faire durablement des affaires. C’est ce qu’on compris depuis longtemps les géants du CAC 40 qui sont presque tous présents en Chine. Avec des stars comme Schneider Electric et sa trentaine d’usines dans le pays, L’Oréal, Air Liquide ou Alstom. Ou même PSA qui fait bien mieux là bas qu’en Europe…

Mais le stock des investissements direct (IDE) français tourne au mieux autour de 1% du total des investissements reçus par la Chine. Loin derrière les perfomances du Japon (à la peine toutefois en ce moment), des Etats-Unis et même d’économies plus modestes comme la Corée du sud ou Taiwan.

Selon le Trésor, notre stock d’IDE atteint 13,5 milliards d’euros en Chine et on y "recense environ 1200 entreprises françaises , totalisant 2 200 implantations, et employant plus de 400 000 personnes". Pour la France, la Chine est même devenue le troisième pays d’implantation extérieur en nombre d’entreprises (après les Etats-Unis et l’Allemagne).

Pas si mal… mais l’Allemagne, toujours elle compterait deux à trois fois plus d’entreprises présentes dans l’ex-Empire du milieu. Même loin de l’Europe il y a des comparaisons qui peuvent rester agaçante pour le président français.

Pierre-Olivier Rouaud

Assaut d’amabilités à Pékin
"Unir nos deux grandes puissances économiques pour porter des principes ensemble notamment au sein du G20", c’est avec une bien douce musique pour des oreilles chinoise que le président français a tenu un discours le 25 avril à Pékin en clôture du Colloque économique France – Chine. Ce colloque se tient traditionnellement tous les ans en Chine et est organisé côté français par la Comité France Chine (Medef). Avec un double première : la présence du président français et, fait plus extraordinaire encore, celui du nouveau président chinois Xi Jinping. Un signe extrêmement fort. Devant les patrons, François Hollande a plaidé pour le développement des échanges, le rééquilibrage du lourd déficit commercial français vis-à-vis de Pekin mais aussi pour l’internationalisons du yuan, le partage des technologies et assuré qu’il était "prêt à accueillir d’avantage d’investissements chinois en France". "Tous les obstacles, tous les freins seront levés" a assuré François Hollande, indiquant "nous voulons attirer des investisseur chinois pour l’emploi, la croissance et même le partage des technologies". Il a martelé à plusieurs reprises les termes "d’amitié forte" entre deux "grandes nations". Le président Xi Jinping pour sa part avait déclaré plus tôt, selon l’AFP que "La Chine est prête à importer davantage de produits français" espérant que la France puisse intervenir pour que l’Union européenne "lève les restrictions à l'exportation sur les produits de haute technologie vers la Chine". Ce sujet concerne des sujets comme le nucléaire, le ferroviaire ou le numérique mais aussi les exportations d’armements qui sont bannies vers la Chine depuis les évènements de Tiananmen en 1989. Cet assaut d’amabilité ne doit pas cacher une part de calcul de la Chine vis-à-vis des pays européens. Comme Nicolas Sarkozy en son temps, le britannique David Cameron est actuellement totalement snobé à Pékin car son pays a récemment accueilli le dalaï-lama.

 

 

 

 

 

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