Quotidien des Usines

Chimirec au cœur d’une pollution aux PCB

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Enquête Aprochim, filiale du groupe Chimirec, est au cœur d’une affaire de pollution aux polychlorobiphényles (PCB). Des traces de ces composés ont été retrouvées au-delà des seuils réglementaires dans la viande de huit exploitations agricoles voisines du site. Un cas qui n’est pas isolé.

Chimirec au cœur d’une pollution aux PCB © EVRAD / SIPA

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Le spécialiste de la collecte et de la valorisation des déchets industriels dangereux Chimirec est dans la tourmente. Depuis six mois, sa filiale Aprochim située à Grez-en-Bouère (Mayenne) est au cœur d’une affaire de pollution aux polychlorobiphényles (PCB). Des traces de ces composés ont été retrouvées au-delà des seuils réglementaires dans la viande de huit exploitations agricoles voisines de ce site spécialisé dans la décontamination de transformateurs électriques contenant des PCB. Ces molécules, considérées comme potentiellement cancérogènes s’accumulent dans l’environnement (sédiments marins, sols…) et s’immiscent dans la chaine alimentaire. L’interdiction de commercialiser la production de lait et de viande dans ces exploitations n’a donc pas tardé. Et le 11 mai dernier, 40 gendarmes et policiers ont mené une perquisition sur le site d’Aprochim (100 salariés). Elle visait à effectuer des prélèvements à des fins d’analyses et faisait suite à une plainte pour pollution déposée par deux agriculteurs. Une affaire qui intervient alors que Jean Fixot, le P-DG de Chimirec, et six cadres et anciens cadres sont renvoyés en correctionnelle dans un dossier vieux de huit ans pour des irrégularités dans l’élimination de déchets toxiques (voir encadré).

"Lors d’un test de contrôle réalisé par nos soins dans une ferme voisine, nous avons découvert dans du lait un taux de PCB légèrement supérieur à la norme. C’est nous qui avons alerté les autorités", avance Jean-Marc Rieger, le directeur général de Chimirec. Depuis, l’entreprise, dont l’activité a été réduite de moitié sur ordre du Préfet afin de diminuer les émissions de PCB dans l’air, a mis en place une série de mesures (stockage des produits contaminés dans des zones couvertes, conteneurs de stockage étanches, captation des PCB par un filtre à charbon ...). Comment l’entreprise en est-elle arrivée là ? "Nous avons respecté les arrêtés préfectoraux. Nous n’avons pas été mis en défaut par rapport à la réglementation environnementale mais par rapport à une modification, intervenue en 2006, de la réglementation sur la mise à la consommation des produits agricoles (viande, lait…). Une nouvelle série de molécules est rentrée dans le périmètre de la norme, et c’est sur point qu’a été décelée notre non-conformité", se défend Jean-Marc Rieger.

Les PCB, c’est quoi ?

- Les polychlorobiphényles (PCB ou pyralènes) regroupent 209 molécules
- Ils ont été utilisés dans l’industrie pour leurs qualités d’isolation électrique, de lubrification et d’ininflammabilité
- La mise sur le marché et la vente d’appareils contenant des PCB (transformateurs, condensateurs en raison de leurs effets éco-toxicologiques


Une explication un peu simple au goût des ONG, qui mettent en avant un embouteillage lié à la décontamination des transformateurs. Selon la réglementation européenne, les détendeurs d’appareils contenant plus de 500 ppm de PCB (essentiellement EDF mais aussi des hôpitaux…) avaient jusqu’au 31 décembre 2010 pour faire décontaminer ou éliminer ces appareils les plus polluants (80 000 appareils concernés en France). La planification de leur élimination ayant été fixée en 2003, les transformateurs ont été acheminés vers les sociétés de traitement spécialisées. Au nombre de cinq en Europe, elles sont deux en France : Aprochim  et Trédi, une filiale de Séché Environnement.

"Les propriétaires de transformateurs n’ont pas anticipé cette réglementation dont ils avaient connaissance dès 2003. Ceci a conduit, depuis deux ans, à des cadences impossibles à tenir pour les sociétés de traitements des déchets", avance Marc Sénant chargé de mission Risques et impacts industriels à France Nature Environnement (FNE). Une analyse partagée par Jacky Bonnemains, la porte-parole de l’association Robin des bois "Il y a peut-être eu pour ces sociétés une difficulté à traiter les appareils avec toute la rigueur requise".

Sans compter l’aspect technologique. Aprochim a recours, depuis 2007, à un procédé de décontamination dit sous vide poussé. "L’action conjuguée du vide et de la température permet d’extraire les huiles contaminés aux PCB contenues dans les transformateurs", explique Jean-Marc Rieger, le directeur général de Chimirec. Pour un de ses concurrents, la technologie de vide poussée est très exigeante par rapport aux méthodes classiques utilisant des solvants chlorés. Elle nécessite en effet une vigilance accrue pour garantir l’étanchéité du système aux PCB.

Les pollutions aux PCB sont nombreuses et dépassent le simple cadre du traitement des transformateurs. A l’image de l’incinérateur de Cluny (Saône-et-Loire) à l’origine, en 2002, d’une contamination aux PCB et aux dioxines (200 vaches et chèvres abattues). Suite à l’incendie en 2008 du site de Vitale-Recyclage à Saint -Cyprien (Loire), une contamination aux PCB est découverte dans 42 communes (2000 vaches abattues). Reste qu’il demeure encore ardu de retrouver l’origine exacte de ces contaminations. "Il est très difficile de démontrer la responsabilité des entreprises car ces pollutions sont diffuses", avance David Desforges, avocat spécialisé en environnement chez Jones Day. Ceci pourrait d’ailleurs concerner Aprochim. "La responsabilité, partielle ou majoritaire, d’Aprochim ne peut pas être niée mais les causes annexes de sont pas à exclure. Une mauvaise condensation de chaudières au fioul de particuliers, le brûlage d’emballages de produits agricoles peuvent émettre des PCB", avance Jacky Bonnemains de Robin des bois. En attendant, les agriculteurs concernés préparent leurs devis. Aprochim serait en effet prêt à les dédommager pour le préjudice subi.

Chimirec, une autre affaire bientôt en audience

La contamination en cours d’analyse tombe au plus mal pour Chimirec dont six cadres viennent d’être renvoyé en correctionnel pour une affaire dont l’instruction vient d’être close pour des faits remontant à 2000-2003. Deux sites sont concernés : celui de Chimirec Est en Meurthe et Moselle et celui de sa filiale Approchim en Mayenne. Les soupçons de mise en danger d’autrui (concernant des salariés) ont toutes débouchées sur des non lieux pour l’instant.

Mais l’ordonnance de renvoi du parquet de Paris a retenu quatre charges principales : élimination irrégulières de déchets dangereux, exploitation sans autorisation d’une installation classée soumise à autorisation, fourniture d’informations inexactes à l’administration, faux et usages de faux. Selon l’avocat de l’entreprise Xavier Pécheux, " toute cette affaire n’est qu’une question de conformité et d’interprétation d’arrêtés préfectoraux d’exploitation."

Le tribunal pourrait, en particulier, avoir à évaluer si l’entreprise avait bien toutes les capacités et les autorisations requises pour traiter les volumes d’huiles usagées aux PCB sur ses différents sites. L’audience de fixation de l’affaire aura lieu le 13 septembre prochain.

AS.B

 
 

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