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Quotidien des Usines

Chimie : L'agrochimie française de nouveau bouleversée

Publié le

Aventis n'écarte pas l'idée de se séparer de son agrochimie. Syngenta, le nouveau leader helvético-britannique, entrera en Bourse à l'automne. Monsanto aussi. Dopé par l'achat de Cyanamid, BASF repart avec des ambitions décuplées. De grandes turbulences vont secouer le marché français de la protection des cultures.

Aventis CropScience, pour quelques semaines encore numéro 1 mondial de l'agrochimie, sera-t-il encore dans un an dans l'orbite d'Aventis ? Sera-t-il toujours franco-allemand par son management et lyonnais par son siège ? Bayer, Dow, DuPont, qui souhaitent recoller au peloton de tête mondial, en auront-ils d'ici là pris le contrôle ? Tout va très vite, aujourd'hui, dans cette industrie mondiale de la protection des plantes ! Et, par ricochet, sur le marché français. Mégafusions à répétition, échec du concept stratégique de sciences de la vie, moratoire sur les OGM en Europe (confirmé le 15 juillet), création d'une écotaxe sans équivalent ailleurs : l'agrochimie - ou, si l'on veut, la " phytopharmacie " - est en état de choc. Nouvelles équipes dirigeantes, forces de vente fusionnées ou remaniées, recentrage accéléré des portefeuilles de produits, restructurations industrielles : le paysage, ces derniers mois, s'est transformé de fond en comble, sur le marché français des herbicides, insecticides, fongicides et régulateurs de croissance, qui, avec ses 14 milliards de francs de chiffre d'affaires, se place au deuxième rang mondial. Derrière les Etats-Unis et pratiquement à égalité avec le Japon. Et ces bouleversements sans précédent, dans une conjoncture mondiale difficile, ont ébranlé les certitudes de la dernière décennie.

Le concept de " sciences de la vie " a vécu

Sur les sciences de la vie, tout d'abord. Contrairement aux espoirs de tous les grands de l'agrochimie mondiale, le concept fédérant santés humaine, animale et végé- tale sous la houlette des biotechnologies, n'aura pas - à de rares exceptions près - franchi l'an 2000. Monsanto, Aventis, AstraZeneca ou Novartis, qui en avaient fait leur principal cheval de bataille pour aborder le XXIe siècle, ont fait une croix sur les synergies escomptées. Comme sur les retombées, qu'ils croyaient communes, de leurs recherches dans le traitement des maladies des hommes et celles des plantes. Aventis, fondé sur ce concept, est le seul dans le peloton de tête avec Bayer et DuPont, à ne pas - pour l'instant - le renier. Mais pour combien de temps ? Quatre mois après la création effective du groupe franco-allemand, Jürgen Dorman, le président du directoire, se donne quelques mois pour trancher. De la valorisation qu'atteindront les nouveaux Monsanto (contrôlé par Pharmacia) et Syngenta (les ex-Novartis Agribusiness et Zeneca Agrochemicals), dont les cotations démarreront à l'automne, dépendra la décision qu'il arrêtera pour sa filiale agrochimique. Avec trois options possibles : continuer à miser sur la complémentarité de la pharmacie et la nouvelle phytopharmacie, mettre en Bourse cette dernière activité ou, plus radicalement, la céder. Quoi qu'il en soit, Aventis CropScience, que dirige le Français Alain Godard, sera bientôt un leader détrôné. Dans le classement mondial comme sur le marché français. Il le sera par le futur Syngenta, qui, pour sa part, est clairement un regroupement " postsciences de la vie ". Ses fondateurs, Novartis et AstraZeneca, en se séparant de leurs branches agrochimie, ont justifié cette alliance par la néces- sité, selon eux, d'être un " pure player ", une situation nette et claire, pour réussir dans l'agrochimie de demain. Et laissent les dirigeants de Syngenta tirer les synergies traditionnelles résultant du mariage de deux géants. Nouveau numéro 3 mondial, BASF s'est lui aussi offert l'américain Cyanamid, avec l'espoir d'importantes économies possibles dans les frais généraux et sans se faire la moindre illusion sur les éventuelles retombées de sa pharmacie sur ses herbicides ou ses insecticides. Sur le terrain français, les rapports de force ont d'ores et déjà changé. Les trois filiales tricolores des grands mondiaux Aventis, Syngenta et BASF pèsent désormais, à elles seules, quelque 70 % du marché national de la protection des cultures. Du jamais vu !

La quête de la taille critique

Et ce n'est pas fini ! Chacun dans la profession est persuadé que, sur la nouvelle vague des produits phytopharmaceutiques qui s'annonce, la concentration autour d'un très petit nombre d'acteurs généralistes intervenant sur toutes les cultures, tous les types de traitement et pratiquement sur tous les marchés mondiaux va s'amplifier. " La taille critique, aujourd'hui, justifie Alain Godard, le président du directoire d'Aventis CropScience, s'établit entre 4 et 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En deçà, il est impossible de financer les 400 à 500 millions d'euros qu'il faut investir chaque année dans la recherche si l'on veut pouvoir évaluer et optimiser jusqu'à 1 million de molécules par an. Sortir des innovations à un rythme soutenu est, face à des sociétés de taille inférieure se concentrant sur des produits génériques ou sur la distribution de produits fabriqués par des tiers, indispensable pour avoir une forte et durable présence sur tous les marchés. " Pour l'entreprise lyonnaise comme pour tous les autres grands du marché, le lancement de nouvelles molécules d'herbicides ou d'insecticides plus efficaces à faibles do- ses et de moins en moins nocives pour l'environnement, réclamées par les organisations écologistes comme par les Etats, demande dix années en moyenne. Le temps de franchir les barrières écotoxicologiques multiples. Et une nouvelle molécule - il en sort de dix à douze par an - coûte, également en moyenne, quelque 200 millions d'euros.

Avoir une assise financière suffisante

Moins d'une dizaine de groupes dans le monde peuvent aujourd'hui espérer avoir la surface finan- cière suffisante pour faire autre chose que des génériques, ces produits banalisés à bas prix et à faibles marges. Bayer, DuPont, Dow, Monsanto - en plein essor aux Etats-Unis - sont de ceux-là. De même que le numéro 1 japonais et pour l'instant neuvième mondial, Sumitomo Chemical. Tous sont à l'affût d'opportunités d'acquisitions pour renforcer leur recherche comme leur puissance de feu commerciale. François Cornélis, le nouveau président d'Atofina, la chimie de TotalFinaElf, a lui aussi tiré les conséquences de cette course au gi- gantisme. Elf Atochem Agri, sa filiale, est en vente, trop petite malgré les actifs américains et européens hérités de l'acquisition de l'américain Pennwalt. La société de Plaisir, dans les Yvelines, avec ses 1,5 milliard de francs de chiffre d'affaires l'an dernier (dont 506 millions en France, essentiellement dans les génériques), devrait, ces prochaines semaines, dit-on, faire l'objet d'un RES épaulé par un fonds de pension américain.

Sous la pression des verts

De grands bouleversements peuvent également se produire du fait de la forte et durable pression " verte ". L'agrochimie subit elle aussi le contrecoup du moratoire de l'Union européenne frappant les OGM, ces organismes génétiquement modifiés qui devaient, en Europe comme partout ailleurs, révolutionner l'agriculture. Et, du même coup, la protection des cultures. Ces maïs, ces colzas ou ces betteraves, résistants à certains insectes ou tolérants à certains herbicides, se sont heurtés sur le Vieux Continent à une hostilité de l'opinion publique plus forte que prévu, qui laisse planer la plus to- tale incertitude sur leur commercialisation. Peut-être verra-t-on plus clair après les débats qui doivent s'ouvrir le 19 septembre entre le Parlement européen et le Conseil des ministres pour la rédaction d'une nouvelle directive. Résultat : un repli en plus ou moins bon ordre. Aventis CropScience escomptait réaliser quelque 200 millions de francs de chiffre d'affaires grâce à ses recherches dans les biotechnologies végétales. Notamment avec un maïs résistant à la pyrale ou un colza hy- bride. Le groupe devait recruter une vingtaine de salariés pour son développement dans l'Hexagone. Il n'y aura finalement que quatre postes créés pour maintenir une veille marketing. Novartis (Syngenta), pour sa part, avait trans- féré de Bâle à Toulouse son laboratoire de recherche sur les biotechnologies végétales, et prévu de recruter une trentaine de chercheurs. Une dizaine seulement ont été embauchés. Autre conséquence - elle aussi non anticipée - de la montée en puissance politique des Verts : des taxes nouvelles sur ces produits, accusés de polluer les nappes phréatiques. Appliquée en France depuis le début de 2000, une TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) aura assez peu d'incidence cette année - autour de 200 millions de francs -, en raison des anticipations de commandes intervenues à la fin de l'an dernier. Mais son impact risque fort d'être beaucoup plus difficile à répercuter sur les prix dès l'an prochain (on parle d'une taxation allant jusqu'à 600 millions en année normale).

Doper la rentabilité

Il n'empêche. Malgré ces turbulences annoncées, tous les nouveaux majors se donnent pour objectif de sortir à brève échéance des résultats financiers notablement améliorés (et très légèrement inférieurs à ceux des groupes pharmaceutiques). En France, en particulier. Alain Godard, chez Aventis CropScience, a fixé à ses troupes l'objectif de dégager 20 % de rentabilité sur les capitaux engagés dans les trois ans qui viennent (contre 7 % l'an dernier). Grâce, en particulier, à un flux de produits innovants. Notamment, une nouvelle famille de fongicides qui devrait apparaître en 2001, les fenamidones, et à de nouveaux fiproles. Grâce aussi aux élagages dans les gammes de produits parmi les spécialités les plus anciennes - et par conséquent non conformes à la " liste positive " décidée en 1993 par la Commission européenne - et les moins rentables. Le groupe vient ainsi de céder deux de ses matières actives herbicides (carbetamide et dimefuron), vieilles de plus de trente ans, à l'allemand Feinchemie Schweba. Aucune raison pour que Syngenta, que va diriger Heinz Imhof, l'ancien patron de Novartis Agro, ne soit sur la même ligne (il compte lui aussi beaucoup, dans l'immédiat, sur un nouvel insecticide foliaire, l'Actara). DuPont est sans doute le seul à afficher d'ores et déjà des résultats proches des 15 % de rentabilité des capitaux investis, considérés aujourd'hui comme un minimum acceptable. Monsanto Agriculture France SAS, que dirige Jean-Pierre Francen, ambitionne pour sa part de faire aussi bien que sa maison mère (qui flirte déjà avec les 20 %).

La refonte des réseaux commerciaux

Traduction la plus perceptible de ces nouvelles exigences financières : des réorganisations en série. Avec, au premier chef, des coupes claires dans les services administratifs et dans les réseaux commerciaux à la veille de la prochaine campagne de fertilisation. Syngenta va démarrer en supportant le coût des retards et des sacrifices qu'il est contraint d'accepter pour avoir le feu vert de Bruxelles (qui vient de passer au crible ses positions commerciales sur cent trente sous-marchés) et, prochainement, celui, à Washington, de la Federal Trade Commission. Résultat : le futur leader mondial et français doit renoncer à ses grandes ambitions sur son nouveau fongicide " vedette " - une strombilurine baptisée " Flint " -, pour lequel ses forces de vente étaient sur le pied de guerre depuis de longs mois. Les autorités antitrusts européennes l'ont jugé trop proche de l'Amistar, une autre strombilurine développée par AstraZeneca. Avec des risques de position dominante sur le marché des fongicides. Et Syngenta France partira, au début de la nouvelle campagne, en ordre dispersé. Et le restera jusqu'à la campagne de 2001. Novartis venait pour sa part de regrouper ses trois réseaux en deux entités, l'une pour les grandes cultures (céréales, betteraves, colza, tournesol) et l'autre pour les cultures spécialisées. Et Zeneca Sopra comptait sur un seul réseau complété par une " structure pour les produits simples ", Sopraset.

Des conséquences industrielles et sociales

Aventis CropSciences France se dit fin prêt à reprendre l'offensive sur un marché français dominé par les coopératives et leur centrale d'achats, l'Uncaa qui contrôle environ 60 % des ventes, et les quelque 70 à 80 négociants qui se partagent le reste. Il le fait avec deux nouveaux réseaux commerciaux. L'un, dénommé Aventis, pour les spécialités en cours de lancement, l'autre, Optimagro, pour les produits déjà en régime de croisière. Un troisième réseau, pour les génériques, devrait être mis en place sous la nouvelle dénomination de FlexAgri vers la fin de l'année, après l'absorption de la société allemande Stefes, une ex-filiale d'Agrevo. En revanche, BASF Agro France, nouvelle formule, que va diriger Marc Forestier, l'ancien patron de Cyanamid, a choisi de n'avoir, pour développer sa nouvelle stratégie, qu'une seule enseigne, une seule structure et un seul réseau mixant spécialités et génériques. Installé à Tassin-la Demi-Lune, près de Lyon (la nouvelle capitale de la phytopharmacie française), la filiale française du groupe de Leverkusen affirme qu'elle sera opérationnelle au début d'octobre après l'absorption complète de Cyanamid Agro SAS, l'ex-filiale lyonnaise d'American Home Products (la marque Cyanamid va disparaître). Moins apparentes, les conséquences de ces nouvelles exigences financières seront aussi industrielles et sociales. Dès la fin du printemps, Aventis annonçait 235 suppressions d'emploi d'ici à 2002 en France et deux fermetures de sites (l'ex-siège d'Agrevo à Saint-Aubin, dans l'Essonne, et l'unité de formulation Prodetech à Marseille, qui va être reprise par la CMPA, fondée par des anciens de Rhône-Poulenc, dans le cadre d'un RES). Pilote des futures réorganisations : Bertrand Meheut, 48 ans, qui vient de quitter BASF pour prendre, depuis le 13 juillet, la direction générale des opérations mondiales du groupe franco-allemand.

Seule la recherche sur les fongicides restera en France

Aventis CropScience gardera des laboratoires de recherche en France, à Lyon-La Dargoire (300 salariés), mais cette recherche restera spécialisée sur les fongicides (en liaison avec le centre d'évaluation du risque de Sophia-Antipolis et la ferme expérimentale de Chazay-d'Azergues). Tous ses projets, en revanche, portant sur les herbicides et les insecticides - les deux plus gros marchés potentiels - seront concentrés sur les centres d'Ongar, en Grande-Bretagne, et de Francfort. Aucune autre multinationale n'aura de centre de recherche dans l'Hexagone. Malgré sa taille, le marché français n'est plus qu'une composante dans une stratégie, en phytopharmacie comme ailleurs, d'abord et avant tout " globale ".



Des mégafusions ont transformé le paysage...

Syngenta (Novartis-Zeneca), qui sera créé cet automne, dominera le marché mondial et le marché français, mais doit se séparer de son fongicide Flint.

Aventis CropScience, le résultat de la fusion de RPAgro et d'Agrevo (Hoechst), effective au printemps dernier, n'aura été que quelques mois le leader mondial.

BASF vient de prendre, au printemps, le contrôle de Cyanamid Agro, avec l'ambition de devenir rapidement le numéro 2 mondial.

Bayer, Dow, DuPont, Monsanto ou Sumitomo sont à l'affût d'opportunités d'acquisitions pour pouvoir amortir leurs frais de recherche-développement et avoir une présence sur tous les segments des phytosanitaires et sur tous les grands marchés agricoles mondiaux.

... Les retombées en sont perceptibles en France

TotalFinaElf va se retirer en cédant sa filiale Elf Atochem Agri.

De nouvelles équipes dirigeantes s'installent chez Aventis CropScience et BASF, et bientôt chez Syngenta.

Les gammes se concentrent sur les produits les plus récents, les moins nocifs pour l'environnement et les plus rentables.

Les réseaux commerciaux sont réorganisés en profondeur.

Le marché des génériques est de plus en plus abandonné à des PME régionales.



Un marché de 2,3 milliards de francs dans les génériques

Lentement, les génériques - ces copies de produits tombés dans le domaine public après vingt ans d'exploitation de la molécule originale - montent en régime dans l'agrochimie. De 15 % actuellement, leur part sur le marché français pourrait, d'ici à cinq ans, s'élever aux alentours de 20 à 25 %. Mais nombre de ces vieux produits vont se heurter à de nouvelles contraintes liées à la protection de l'environnement, et surtout à la concurrence de " phyto- pharmaceutiques " de nouvelle génération, actifs à de très faibles doses et de moins en moins toxiques. Si les grands mondiaux se refusent à jouer un rôle majeur sur ce marché à faibles marges, tous y sont présents : le futur Syngeta y réaliserait, dit-on, 400 millions de francs de chiffre d'affaires (les chiffres sont confidentiels), Aventis, 300 à 320 millions de francs. Ils se trouvent face à une concurrence, principalement dans les herbicides, éclatée et très présente sur le terrain. En particulier, celle d'Elf Atochem Agri (500 millions de francs), de CFPI Nufarm (400 millions), du groupe milanais Sipcam Phyteurop et sa filiale Tradi-Agri (400 millions de francs), Calliope, filiale du japonais Nitchimen (250 millions de francs) ou Phytorus (180 millions de francs). Le numéro 1 mondial des génériques, l'israélien Makhteshim Agan, y réalise un chiffre d'affaires de quelque 300 millions de francs. Mais une kyrielle d'entreprises de petite taille - parmi lesquelles FCS, Capiscol, Caffaro, Cheminova ou Griffin LLC (filiale à 50 % de DuPont) - se développent en se battant sur des créneaux.




 

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