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L'Usine Aéro

Chez Thales, un duel interne pour succéder à Jean-Bernard Lévy

Hassan Meddah , , , ,

Publié le

Le conseil d'administration du jeudi 27 novembre devrait désigner le successeur de Jean-Bernard Lévy à la tête du groupe Thales. Si une candidature externe n’est pas à exclure, deux candidats en interne tiennent la corde : Patrice Caine, bras droit du PDG sortant, et Pierre-Eric Pommelet, perçu comme l'homme de Dassault Aviation.

Chez Thales, un duel interne pour succéder à Jean-Bernard Lévy © Université de Rabat

Qui succédera à Jean-Bernard Lévy pour prendre la tête de Thales? Le conseil d'administration, prévu ce jeudi 27 novembre, devrait trancher. "Les deux actionnaires discutent encore", expliquait récemment une source interne. Côté Dassault Aviation, actionnaire à 25,3% de l'électronicien de défense, la décision est entre les mains de son PDG Eric Trappier et de Charles Edelstenne, son prédécesseur, aujourd’hui président du groupe Dassault. Quant à l'Etat, actionnaire à 26,4%, le choix impliquerait en première ligne le ministère de la Défense et Bercy.

Malgré l'annonce de candidatures externes non confirmées comme celle de Nicolas Tissot, d'Alstom, ou d'Antoine Bouvier du fabricant de missile MBDA, plusieurs voix ont pesé pour le choix d'un candidat en interne. Notamment celle de Jean-Bernard Lévy, appuyé par l'association du personnel actionnaire de Thales, et aussi par les syndicats de la maison. L'objectif est de ne plus perdre de temps après le départ du PDG sortant moins de deux ans après son arrivée. Son prédécesseur très controversé, Luc Vigneron, était lui-même resté en poste seulement trois ans. "Ces changements à répétition créent de l'instabilité à la fois en interne et vis à vis de nos grands clients. Nous avons une préférence pour un successeur interne du fait de la complexité du groupe. Si un dirigeant vient de l'extérieur, il lui faudrait des mois pour comprendre le fonctionnement et les enjeux", affirme Laurent Trombini, représentant de la CGT pour Thales.

Caine, un "futur Juniac" ? 

Deux candidats en interne tiennent la corde. D'une part, Pierre-Eric Pommellet, directeur général adjoint systèmes de mission de défense. De l’autre Patrice Caine, directeur général, en charge des opérations et de la performance. Tous les deux sont des hommes clés dans l'état-major de Thales

Patrice Caine, 44 ans, est considéré comme le dauphin de Jean-Bernard Lévy. Ce dernier en a fait son bras droit dès son arrivée en février 2013. "C'est lui qui est à la manœuvre du plan de transformation Ambition 10", explique Didier Gladieu délégué CFDT de Thales. Ce plan sur dix ans vise à doper la rentabilité du groupe et accroître de 10 milliards d'euros le chiffre d'affaires de Thales. Son approche consensuelle du dialogue social est appréciée. "Il a impliqué les cadres dirigeants ainsi que le personnel pour définir ce plan" poursuit le syndicaliste.

Pourtant certaines mesures risquent de faire grincer des dents : la réorganisation prévoit le regroupement de nombreuses activités avec la fermeture potentielle de certains sites. Ainsi dans la branche Avionics, les 700 salariés de l'établissement de Meudon en région parisienne devraient rejoindre leurs collègues de Bordeaux dans les deux ans qui viennent. Patrice Caine a fait également office de "doublure" de Jean-Bernard Lévy, notamment lors des auditions concernant la loi de programmation militaire devant la commission défense de l'Assemblée nationale. "C’est lui qui fait tourner la boîte. C’est le futur Alexandre de Juniac (le patron d’Air-France KLM, et ancien secrétaire général de Thomson-CSF, devenu Thales, NDLR)", assure un ancien membre du conseil de direction.

Pommelet, soutenu par Dassault

Seulement voilà, Patrice Caine n’a pas les faveur de Dassault, l’actionnaire majoritaire, qui lui préfère Pierre-Eric Pommelet (50 ans), à la tête de business clés au sein du groupe et notamment de l'aéronautique militaire ou encore du naval de défense. Il est donc directement en charge des relations avec Dassault Aviation et DCNS. Cet ancien chef de cabinet de Jean-Pierre Raffarin (alors qu’il était ministre des PME, du Commerce et de l'Artisanat de 1995 à 1997) affiche une dimension plus politique. "Il a eu un rôle majeur dans le projet du campus Air'Innov à Bordeaux (initiative visant à rassembler les effectifs des sites de Thales du Haillan et du Pessac, ndlr). Et au delà, il a beaucoup œuvré auprès des élus et de partenaires régionaux pour le développement de projets dans la région Aquitaine", explique Marc Cruciani, vice-président de l’Intercentre CFE-CGC. Le soutien de l'avionneur actionnaire pourrait jouer contre lui. "Il est identifié comme l'homme de Dassault. Nous voulons éviter que Dassault Aviation ne considère Thales comme sa chose", explique un syndicaliste refroidi par l'ancien choix de l'avionneur qui avait désigné Luc Vigneron comme patron de Thales. Une nomination considérée par beaucoup comme un échec. "Depuis son arrivée au capital, Dassault bloque tout !" va jusqu’à dire l’ancien membre du conseil de direction.

Ce qui rapproche les deux candidats : le manque d'expérience comme patron d'un grand groupe. Plutôt qu'un nouveau dirigeant, Thales pourrait donc se retrouver jeudi avec un tandem à sa tête. Le conseil d'administration pourrait adopter un changement de gouvernance en scindant le poste de PDG actuel en deux avec un président non exécutif et un directeur général. Toutefois, il n'est pas non plus exclu qu'en cas de désaccord entre l'Etat et Dassault, les deux actionnaires jouent la montre et désignent un président par intérim. "Quand on voit comment s’est réglé en 48 heures la succession de De Margerie chez Total, c’est inquiétant de voir que les deux actionnaires ne sont pas capables de se mettre d’accord", conclut l’ancien cadre du groupe.

Hassan Meddah, avec Patrick Déniel

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