Economie

"Chez Michelin, la prime d’intéressement dépendait du nombre d’arrêts maladie"

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Le parquet de Clermont-Ferrand a ouvert une enquête sur les fraudes à la sécurité sociale dont est accusé le spécialiste français des pneumatiques. Le groupe est soupçonné d’avoir dissimulé des accidents du travail. François Roca délégué CGT et membre du comité d’entreprise Europe, répond à L’Usine Nouvelle.

Chez Michelin, la prime d’intéressement dépendait du nombre d’arrêts maladie © D.R.

L’Usine Nouvelle – L’affaire a été rendue publique mercredi 29 février mais la CGT était-elle au fait de ces pratiques depuis plus longtemps ?
François Roca - Elle a émergé il y a 7 ou 8 ans. Cette pratique est étroitement liée à l’accord sur la prime d’intéressement. Pour la toucher, Michelin a fixé certains critères, parmi eux figurent les accidents de travail. Moins on a d’accident de travail, plus on a de chance de toucher une somme importante. C’est la raison pour laquelle la CGT n’a jamais voulu signer cet accord. Nous ne voulions pas nous rendre complices de Michelin dans cette fraude.

Du jour au lendemain, le nombre d’accidents a baissé, artificiellement bien entendu. Comment croire que, dans un secteur industriel, il n’y ait aucun accident pendant 1 ou 2 ans. ?

Cette pratique dépasse les frontières françaises ?
Elle a cours dans toutes les usines de la marque en Europe. Une usine hongroise du groupe, deux années de suite, n’a pas déclaré d’accident. Environ 2 000 personnes y sont salariées, et le processus est vraiment purement industriel. Qui pourrait trouver ce chiffre plausible ?

Michelin agit de la même façon avec ses sous-traitants. A Clermont-Ferrand, 900 travaillent à demeure. Leur tâche est généralement physique et pénible. Il s'agit notamment charger les camions de pneus. Les accidents étaient fréquents. Du jour au lendemain, sans investir un seul centime, les taux sont tombés à 0.

Il existe une véritable pression de la direction ?
C’est évident. Je ne mettrai pas ma main à couper que, dans certains cas, la déclaration d’accident n’a pas été faite. En revanche, il est souvent arrivé que le salarié - victime d’accident - reçoive plusieurs coups de téléphone. Et que la direction lui demande alors de ne pas s’arrêter. Certains se sont déjà retrouvés isolés dans une salle de l’infirmerie, pour les convaincre.

On leur propose alors de les payer à ne rien faire pendant plusieurs jours. Tout ce que voulait Michelin, c'est que les salariés ne soient pas arrêtés. Et pour y arriver, tous les moyens sont bons ! 

Le groupe a-t-il réagi suite à la révélation de cette enquête dans la presse ?
La direction est plutôt silencieuse sur la question. En interne, il y a eu un démenti… mais qui n’est pas réellement convaincant. 

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