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L'Usine Aéro

Chez JPB, les robots évitent la délocalisation

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Transformation numérique La PME JPB Système a mis en place une chaîne de production ultra-robotisée pour ses pièces destinées aux moteurs d’avions.

Chez JPB, les robots évitent la délocalisation
Avec ses systèmes autofreinants dédiés à l’aéronautique, JPB Système a séduit les plus grands motoristes. La PME a mis en place une chaîne ultramoderne pour maintenir la production en France?: un parc communicant et automatisé de machines et de robots, ainsi que des magasins de pièces et d’outils automatisés. L’usage des tablettes s’est généralisé pour contrôler la production. Et JPB vient d’intégrer un nouveau robot d’assemblage pour des pièces spécifiques, capable de produire 24 h?/?24.

Tout à coup, le robot s’élance. Monté sur son rail de 22 mètres de longueur, il glisse en silence et s’empare délicatement de la pièce métallique qu’une machine de production vient de terminer. Aussitôt, il reprend de la vitesse et dépose en quelques secondes la pièce sur un petit tapis. Là, un deuxième robot prend le relais et contrôle l’ensemble de ses caractéristiques. Le va-et-vient est permanent : six machines alimentent sans coup férir les deux robots. Mais le plus innovant est invisible à l’œil nu. Chacune de ces machines communique avec le robot mobile, pour le prévenir qu’une nouvelle pièce est disponible. Quant au robot de mesure, il transmet en permanence aux machines de nouveaux ordres correctifs afin que chaque nouvelle pièce produite sorte à la cote nominale. Le phénomène d’usure des outils d’usinage est compensé en temps réel. Ce parc de production ultramoderne, quasi autonome, ne se trouve pas chez un grand groupe, mais au cœur d’une PME de 50 personnes. Et qui sans le recours de ces robots n’aurait jamais pu espérer assurer cette fabrication sur le sol français.

Villaroche, Seine-et-Marne. Au milieu des champs, JPB Système semble pousser au milieu de nulle part. Depuis 2013, cette PME s’est nichée là pour se rapprocher d’un prestigieux client, Safran. C’est ici que l’équipementier aéronautique assemble tous ses moteurs d’avions, civils et militaires. Difficile de trouver meilleur endroit pour JPB Système : l’entreprise est spécialisée dans les systèmes autofreinants dédiés aux moteurs d’avions, autrement dit, tous ces boulons, ces bouchons et autres raccords de canalisation qui ne se dévissent pas malgré les incessantes vibrations qu’ils endurent. Mais en 2013, la chaîne automatisée n’est pas à l’ordre du jour. « Notre modèle n’était alors pas de fabriquer, mais de dessiner, de concevoir, de prototyper et de sous-traiter la production », raconte le dynamique patron de JPB Système, Damien Marc, 36 ans. L’entreprise avait déjà séduit tous les grands motoristes, de Safran à General Electric en passant par Rolls-Royce et Pratt & Whitney. Son chiffre d’affaires est passé de 1,3 million d’euros en 2009 à 12 millions d’euros en 2016. Il aura pourtant fallu à ce champion plus de vingt ans avant d’assurer sa propre production en France grâce à une chaîne automatisée, opérationnelle depuis mai 2017, qui lui a coûté 4 millions d’euros. Et qui pourrait lui permettre de dépasser le cap des 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020. La ténacité de son charismatique patron a payé.

UN SYSTÈME AUTOFREINANT NOVATEUR

Retour en arrière. JPB est créé en 1995, par Jean-Pierre Marc et Bernard Barré. « Mon père a eu l’idée d’un système autofreinant un peu avant les années 2000 en regardant ma sœur jouer avec des œufs de dînettes crantés », raconte Damien Marc. Plutôt que de glisser un fil de fer torsadé dans un pas de vis – opération fastidieuse et source d’erreur –, pourquoi ne pas munir les écrous de dents pour éviter le dévissage ? La première pièce est vendue en 2001 pour le CFM 56, le moteur vedette de CFM International (General Electric et Safran). À cette époque, la PME fait produire ses pièces par une autre société de Bernard Barré. Malgré le succès naissant, Damien Marc ne veut pas entendre parler de JPB : diplômé de Polytech Nantes en 2003, il est passionné de nouvelles technologies, pas de mécanique. « J’ai rejoint mon père en 2004, alors qu’il m’avait déjà sollicité l’année d’avant, mais son état de santé se détériorait, souligne le jeune dirigeant. Après un an et demi à l’hôpital, il décède en 2006 et je me retrouve aux commandes au bout de trois mois d’expérience. » À l’issu d’un bras de fer avec le codirigeant, Damien Marc devient en 2009 l’unique propriétaire de JPB, alors situé à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne). La société compte trois salariés. Damien Marc démarche tous les grands motoristes, monte un petit bureau d’études, cherche à diversifier les produits au-delà du moteur, acquiert des machines de production de préséries. Le succès grandit pour ce qui est alors une jeune société d’ingénierie. « Nous ne pouvions pas être compétitifs pour produire en France à ce moment-là, assure Damien Marc. Nous avons fait appel à un sous-traitant polonais pour se placer chez les motoristes, tout en gardant la matière grise en France. »

Une production made in seine-et-marne

Deux ans après le déménagement à Villaroche, en 2015, le jeune patron fait machine arrière : les besoins deviennent trop importants en volumes, la dépendance à ce fournisseur étranger aussi. JPB doit posséder en France sa propre chaîne de production ! Damien Marc réuni des fabricants et leur détaille ses besoins en machines communicantes. En vain : tous se disent incapables de répondre à ses besoins, aucun standard de communication universel n’existe. « En observant des ateliers classiques, j’avais été effaré de voir qu’un opérateur dans une usine passe beaucoup de son temps à attendre que la machine finisse son travail, analyse Damien Marc. J’ai essayé d’identifier tout ce qui n’était pas à valeur ajoutée pour l’opérateur et on l’a robotisé. Pour que les opérateurs puissent s’occuper de problème de plus haut niveau. » Avec une équipe de développeurs et d’intégrateurs, ils créent un protocole de communication, sélectionnent les briques technologiques et bâtissent un parc de production qui peut fonctionner – presque – sans intervention humaine. Une transformation numérique faite maison. Aujourd’hui, les opérateurs, tablettes en main, veillent à la bonne marche de la production. Tous participent à l’aventure numérique : Damien Marc réunit pour chaque projet toutes les bonnes volontés, compagnons et ingénieurs, sans le souci des strates hiérarchiques.

La case Pologne n’est pour autant pas supprimée. Au vu des hausses de cadences de production et pour multiplier les sources d’approvisionnement, JPB a décidé d’installer sa propre usine à Rzeszow, près de Cracovie. Mais ce qui devait être le site principal s’est mué en site secondaire (1 000 m²), miroir de l’usine française (2 500 m²). Damien Marc l’assène : « La Pologne, c’est vu comme un gros mot, c’est du boulot qui s’en va. Selon moi, c’est du boulot qui vient ! Si je n’avais pas décidé d’installer d’usine en Pologne, les motoristes ne m’auraient pas fait confiance. Ils auraient été trop dépendants de nous et auraient arrêté la collaboration. » La production débutera début 2018. En parallèle, JPB mise sur une croissance soutenue en France. Les effectifs pourraient passer de 50 personnes aujourd’hui à plus de 80 en 2020. JPB Système fait partie de la troisième promotion du programme Accélérateur PME de Bpifrance, qui aide une soixantaine d’entreprises à se développer. À la faveur de cette transformation numérique menée tambours battants, Damien Marc compte bien faire de son entreprise une ETI, championne du secteur aéronautique. 

« Les PME sont en mesure de mener une transformation numérique »

Fadia Machelon, directrice associée de la société de conseil en management soCietatis

  • Vous avez audité JPB Système pour le compte de Bpifrance. Quels sont les atouts de cette PME ?

J’y ai effectué une mission de plus de dix jours et rencontré une quinzaine de personnes. Ce qui m’a frappé, c’est leur compétence technique. Leur système, pour lequel l’entreprise a déposé de nombreux brevets, est vraiment différenciant. Certains clients m’ont confirmé leur attrait pour ce produit très pointu. Fort de cet ingrédient technologique, Damien Marc a mis en place un cercle vertueux d’innovation dans lequel la recherche de nouvelles idées est permanente.

  • Comment Damien Marc parvient-il à insuffler cette dynamique ?

Le mode de management est très ouvert, mais aussi exigeant. Il est tourné vers l’engagement des uns et des autres. Il parvient à mobiliser les énergies et à capter les bonnes idées. Avec sa chaîne de production robotisée, Damien Marc a eu l’audace de partir de zéro en étant presque seul. Mais il a su s’entourer des bonnes compétences, notamment dans les systèmes d’information. Il sait comment donner la possibilité à chaque salarié de prendre son envol. Cet exemple montre que les PME sont en mesure de mener une transformation numérique, car elles n’ont pas à affronter les résistances que peuvent rencontrer les grands groupes.

  • Quelles sont les voies d’amélioration pour JPB Système ?

JPB, c’est une petite équipe avec de nombreux opérationnels, mais encore trop peu de salariés dédiés aux fonctions support. Et Damien Marc assume de nombreuses fonctions. Son premier défi consiste à faire monter l’entreprise en compétences sur des aspects non productifs, en particulier dans les domaines commercial et financier. Le deuxième défi, comme toute PME qui connaît une très forte croissance de son chiffre d’affaires et de ses effectifs, sera de faire comprendre aux équipes, encore très proche de leur patron, qu’elles devront fonctionner sans le contact direct avec ce dirigeant charismatique. C’est un passage difficile. 

 

Le numérique pour attirer les jeunes

JPB fait partie de ces nombreuses entreprises qui peinent à recruter. Pour mettre la main sur des profils qu’il ne trouve pas, le patron de JPB s’apprête à effectuer des visites dans les centres de formation muni d’un casque de réalité virtuelle pour présenter aux jeunes sa production ultramoderne. De quoi, espère-t-il, leur montrer le visage d’une industrie tournée vers l’avenir, loin de certains clichés qui ont la vie dure. Damien Marc est également un fervent partisan des réseaux sociaux – Facebook et LinkedIn en particulier – pour mettre la main sur les bons profils. Il a mis en place le réseau social d’entreprise Yammer au sein de son entreprise pour communiquer avec ses salariés. 

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