Chez HP, un scandale peut en cacher un autre

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La démission surprise de Mark Hurd, le sauveur d’HP, provoque autant d’émoi et de réactions aux Etats-Unis que l’affaire Bettencourt n’en a suscité, ces dernières semaines, de ce côté de l’Atlantique.

Chez HP, un scandale peut en cacher un autre © B. Martinez

Les circonstances y sont pour quelque chose. Le PDG du premier fabricant mondial d’ordinateur a d’abord été accusé de harcèlement sexuel par une jeune salariée d’un sous-traitant du groupe (devenue entre-temps actrice de séries télé). Une enquête interne a ensuite été diligentée, dont les conclusions sont les suivantes : il n’y a pas eu le moindre harcèlement, si l’on applique les critères de « la politique maison », mais en revanche des remboursements de frais ont été constatés, totalement contraires aux règles du groupe, afin de « dissimuler la nature de sa relation » avec la fameuse sous-traitante.
Résultat : le conseil d’administration a considéré que Mark Hurd ne pouvait plus rester à la tête d’HP, pour des raisons « d’intégrité, de crédibilité et d’honnêteté ». Qui aurait cru qu’un patron pouvait être viré pour avoir trafiqué ses notes de frais ?

Tous les médias américains, en particulier ceux dévolus à l’économie et la finance, se sont mobilisés pour couvrir l’événement. Le Huffington Post, prestigieux média en ligne, s’amuse à faire voter ses lecteurs. Ces derniers doivent choisir un mot pour qualifier le scandale – « inventif », « inspiré », « obsolète », « étonnant » ? -, chacun des mots rappelant le vocabulaire techno ou le slogan d’une firme informatique. Sur la chaîne CNBC, le « package » de départ de Mark Hurd est non seulement commenté, mais aussi décortiqué, au dollar près. Il faut dire que l’addition, évaluée à 27 millions de dollars, pourrait en réalité atteindre 40 à 50 millions !

Un parachute de 12 millions, des centaines de milliers d’options sur titres que l’ancien patron peut lever, plus les indemnités de licenciement classiques des salariés HP, les frais médicaux et dentaires assurés par la mutuelle pendant 18 mois, le paquet cadeau est détaillé par le menu par une journaliste, infographie à l’appui. Quelques instants plus tard, elle rappelle, année par année, les rémunérations perçues par le dirigeant: 23 millions en 2005, 19 millions en 2006, 25 en 2007, 42 en 2008 et 30 en 2009. « Il devrait être à l’abri des soucis financiers », lâche-t-elle. A l’antenne, économistes et analystes financiers défilent. L’un des administrateurs du groupe, le génial Marc Andreessen, déclare en direct à quel point il était très satisfait du travail du démissionnaire. Ses collègues du board, manifestement, ne partageaient pas ce sentiment.

Du point de vue de l’actionnaire, Mark Hurd est pourtant un genre de héros. Le cours de Bourse de HP a été multiplié par deux en deux ans. Pourquoi, dans ces conditions, l’avoir évincé à grand frais, pour une histoire qui aurait largement pu être couverte par l’entreprise et ses organes de gouvernance ? N’est-ce pas, par hasard, pour de toutes autres raisons qu’une liaison financée sur notes de frais ? N’est-ce pas, par hasard, parce que les résultats semestriels d’HP, dévoilés au même moment, donnaient aux investisseurs des signes de fatigue ? Si tel était le cas, il conviendrait d’inventer un nouveau délit, applicable aux administrateurs de sociétés : le harcèlement financier.

Laurent Guez
Directeur de la rédaction


 

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