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Chengdu se rêve en Silicon valley

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en couverture La capitale du Sichuan, à l’ouest de la Chine,se développe à marche forcée, en misant sur la high-tech. Une ville nouvelle de 6 millions d’habitants est en construction.

Chengdu se rêve en Silicon valley
La démesure du Global Center, le plus grand complexe jamais construit, incarne la folle ambition de Chengdu.

C’est le symbole de la folie des grandeurs de Chengdu, la capitale du Sichuan. L’hiver dernier, des ouvriers s’affairaient encore, dans un brouillard quasi permanent, sur la façade de verre et d’acier démesurée du Global Center. L’édifice de 400 mètres de largeur, 500 mètres de longueur et 100 mètres de hauteur, construit d’un seul tenant, est le plus grand bâtiment du monde. Il abrite un immense centre aquatique, deux hôtels de luxe et 80 000 m2 de centres commerciaux. Son inauguration, début juillet, a coïncidé avec la tenue du Fortune 500, une réunion internationale des grands patrons à laquelle a assisté le président Xi Jinping.

Un écoquartier français pour servir de vitrine 

Construire une ville durable à la française, avec immeubles privés, hôpitaux et maisons de retraite au beau milieu de la Chine. C’est le projet original des autorités de Chengdu. Elles ont signé en juin 2012 avec Ubifrance une lettre d’intention pour co-investir dans un écoquartier du Tianfu new area. Une vitrine potentielle pour Veolia – qui assure déjà un quart de l’approvisionnement en eau de la ville –, Lafarge ou Schneider Electric. Pour l’instant, rien n’a abouti. "Ce qui est bien avec les autorités chinoises, c’est qu’elles disent ce qu’elles font et font ce qu’elles disent. L’objectif est de reproduire le succès de Pudong, la ville nouvelle qui borde Shanghai. On nous a déjà montré des terrains", affirme Vincent Huynh, le responsable d’Ubifrance à Chengdu. 

Politique d’innovation

Avec ses 14 millions d’habitants, la bouillonnante Chengdu s’est lancée dans un développement échevelé. En 2012, la ville a affiché l’un des plus forts taux de croissance de la Chine, avec 13% de hausse de son PIB, loin devant le reste du pays qui "plafonne" à 8% de croissance annuelle. Comme sa voisine Chonqging, dont le développement économique a été encore plus rapide, la ville a profité de la politique du "go west", qui accorde depuis dix ans des exemptions fiscales et favorise les infrastructures afin de développer l’ouest de la Chine.

Derrière l’autoroute qui longe le plus grand bâtiment du monde, les grues sont déjà à l’œuvre pour construire la Tianfu new area, une ville nouvelle qui devrait accueillir 6 millions d’habitants d’ici à 2030. Pour alimenter son développement, Chengdu mise surtout sur la high-tech. "Il y a dix ans, ici, c’était la campagne", reconnaît Thomas Tang, l’un des responsables de la Chengdu high-tech zone qui, selon lui, regroupe désormais sur 130 km2 près de 29 000 entreprises, dont 1 000 étrangères. Jusqu’à présent, la ville a surtout accueilli des usines d’assemblage électronique. Intel y produit près de la moitié de ses puces. Nokia, Alcatel, Dell, mais aussi les chinois Huaweï et ZTE y sont implantés. Près d’un tiers des iPad vendus dans le monde est assemblé dans l’usine Foxconn, qui se déploie depuis 2009 le long de l’autoroute de l’ouest. "Les salaires sont 25% moins élevés que sur la côte est", souligne Thomas Tang.

Pas suffisant pourtant. Pour devenir une Silicon Valley chinoise, la ville entend aussi doper l’innovation ou le développement de logiciels et de jeux vidéo. Maipu Communication investit ainsi 10% de son chiffre d’affaires en R & D chaque année. Ce fabricant d’équipements de réseaux télécoms emploie 1 500 salariés, dont 400 en R & D. Essentiellement tourné vers la Chine, il espère réaliser 50% de ses ventes à l’étranger d’ici à six ans et toucher le marché européen. "Nous commençons par les marchés émergents, nous savons qu’il faut faire plus de R & D encore et améliorer la qualité de nos produits pour vendre en Europe, admet Jack Wang Jun, le vice-président de Maipu. Le coût de la vie est beaucoup plus faible ici qu’à Shanghaï. Mais surtout, le gouvernement mène une politique qui encourage la high-tech."

Liu Jia, le jeune PDG de Good Team Studio, qui dirige une équipe de 32 développeurs de jeux pour smartphones, en est l’illustration. La société est passée de 5 à plus de 5 000 téléchargements par jour depuis 2009. "Le potentiel est énorme", estime Liu Jia. Sa dernière création : un jeu destiné à amuser les enfants de moins trois ans, et dont les personnages sont griffonnés sur les murs. La start-up, pas encore rentable et hébergée gratuitement dans un incubateur pendant un an, a obtenu un prêt de 200 000 yuans de la municipalité pour survivre à la crise économique. "Beaucoup d’entreprises s’implantent ici. La ville organise des rencontres, des foires où les gens se retrouvent", raconte Liu Jia.

Main-d’œuvre qualifiée

Autre avantage : la facilité de recruter de la main-d’œuvre qualifiée, même si les salaires progressent rapidement. À Chengdu, les cinq universités spécialisées dans la science et la technique fournissent des bataillons de développeurs informatiques. Implantée en avril 2012, la start-up ThoughtWorks emploie déjà 50 salariés pour gérer à distance le site internet d’un assureur australien. "L’Australie manque de talents. Seule la Chine et l’Inde ont le réservoir nécessaire pour fournir des informaticiens. Et les universités ici sont très bonnes", explique Xiong Jie, le manager, qui prévoit d’embaucher 30 collaborateurs cette année. Seul bémol : le contrôle de l’État sur internet. "Ne pas avoir accès à Google est un frein pour une entreprise de software", confie-t-il sans ciller.

L’émulation autour de Chengdu attire aussi des groupes étrangers, comme le français Ubisoft. Depuis 2008, le studio possède un bureau de 180 salariés dans la ville. "Ici, plus de 35 000 jeunes diplômés en programmation de logiciels rejoignent le marché du travail chaque année et les écoles d’art sont réputées", se félicite Richard Tsao, le directeur général d’Ubisoft Chengdu, qui s’est spécialisé dans les jeux en ligne ou adaptés au réseau Facebook. Pour s’implanter, le français a aussi profité de subventions locales. Et certains de ses sous-traitants, comme Virtuous, fondé par un ancien d’Ubisoft, l’ont suivi sur place. "Incontestablement, c’est un hub pour le développement de jeux vidéo", considère Richard Tsao. À Chengdu, la longue marche est en bonne voie.

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