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L'Usine de l'Energie

Ces scénarios pour EDF sur la table du gouvernement

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

Enquête Quelle que que soit la feuille de route énergétique à 2028 que le gouvernement fixera d’ici la fin de l’année à la France via la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement doit donner à EDF les moyens de l’appliquer. Pas si simple.

Ces scénarios pour EDF sur la table du gouvernement
La trajectoire financière compliquée dans laquelle est lancée EDF n'est pas le seul problème du gouvernement.
© abarbaux

François de Rugy l’a confirmé le 11 octobre dernier en marge d’une visite de la manifestation d’EDF dédiée à l’innovation, les Electric days : le gouvernement étudie "toutes les solutions" concernant une modification de la structure d’EDF, "y compris le statu quo". Le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire avait pourtant expliqué à son arrivée que sur "l'architecture" d'EDF, il n’était pas "pour le changement par principe", mais qu’il pensait "que le statu quo n'est pas dans l'intérêt de l'Etat et de l'entreprise".

Pourquoi un tel changement d’avis à la veille de la publication de la feuille de route énergétique à 2028 que le gouvernement fixera d’ici la fin de l’année à la France à travers la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Le projet de la PPE pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028 doit en effet être dévoilé, avec six mois de retard, fin octobre. Mais quels sont ces scénarios pour EDF qu’étudie le gouvernement ? Enquête auprès d’experts du secteur.

Le statu quo

Ne rien changer. Après la douloureuse réforme de la SNCF, le gouvernement pourrait décider de reporter à beaucoup plus tard le traitement du problème EDF. D’autant plus qu’après une recapitalisation de 4 milliards d’euros du groupe il y a 18 mois, l’Etat n’a pas l’intention de remettre au pot. Et il n’y aurait pas d’urgence. "Les prix de l’électricité remontant, le nucléaire redevient une machine à cash", observe Nicolas Goldberg, expert énergie de Colombus Consulting. Selon lui, pendant la période de prix bas, EDF a su se réinventer en augmentant sa performance opérationnelle et avec des diversifications. Avec un coût cash de 33 €/MWh, le nucléaire s’affiche encore comme compétitif vis-à-vis des énergies renouvelables, en France, du moins. Et reste un des atouts de la France pour  respecter l’Accord de Paris et sa stratégie nationale bas carbone, tout en visant, comme annoncé en juin 2017, la neutralité carbone en 2050. "Avec le prix de marché actuel, le statu quo est tenable", analyse Nicolas Goldberg. Mais pour tenir ses coûts, le plan d’EDF pour réduire à 50% la marche du nucléaire dans le mix électrique ne débuterait la fermeture des réacteurs qu’après 2029, en contradiction totale avec la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, qui fixe 2025 comme date butoir. Et même si la PPE repousse un peu l’objectif à 2030 voire 2035, cela ne suffira pas.

EDF n’est pas prête pour compenser le manque à gagner. Le plan Solaire de 30 GW (soit 30 tranches nucléaires) en France ne débutera qu’à partir de 2020 et devrait s’étaler jusqu’en 2035. Il est soumis à des contraintes foncières fortes et fait fi de la concurrence. Le plan stockage d’EDF de 8 milliards, prévoit bien 2 GW de STEP (station de pompage-turbinage) en France mais cela ne changera pas l’équation financière du groupe. Quant au nouveau plan européen mobilité électrique, Jean-Bernard Levy, le PDG d'EDF, ne s’engage sur aucune recette, ni sur aucun investissement. Et il ne comprend même pas un basculement de la flotte d’EDF et de ses filiales à l’électrique. Ces trois plans sont certes des gages qu’EDF donne au gouvernement de son engagement vers la transition énergétique, mais n’influence en rien sa stratégie globale ni sa capacité future d’investissement dans le nucléaire neuf. Or, la France n’ayant pas acté la sortie du nucléaire, - même si une partie des réacteurs sont prolongés jusqu’à 60 ans -, il faudrait investir dans la construction d’EPR. Et en série - un rapport en évoque six à moyen terme -, pour mutualiser les coûts de construction et d’exploitation. Sans parler de reconquérir les compétences perdues en matière de construction de centrale.

Sortir EDF de la cotation et augmenter les prix

Une vision de long terme, incompatible avec le court-termisme des marchés financiers. Pour s’en affranchir, un des scénarios, proposés par la CFE Energies, consisterait à "sortir EDF de la Bourse plutôt que le nucléaire (cf. scénario suivant). Nous sommes convaincus que les activités de gestion d’infrastructure stratégiques (réseaux et actifs nucléaires) ne sont pas compatibles avec les logiques boursières", explique un porte-parole. Il ne s’agirait pas d’une nationalisation mais d’une voie médiane, avec des actions non cotées pour une part sociale régulée comme un livret à l'image de ce qui se pratique au Crédit agricole ou au Crédit mutuel. Pour mémoire, l’Etat détient 83,7% du capital d’EDF, les salariés 1,2% et les particuliers 2,8%. FO et La CGT sont sur la même ligne.

Cette option seule ne résoudrait pas le problème de la dette, ni celui de l’incapacité de financer du nucléaire neuf. Les syndicats - FO et CGT sur la même ligne que la CFE- le savent, et demande en même temps à desserrer l’étau régulateur (cf. scénario réformer l’Arenh) et d’augmenter le prix de l’électricité pour redonner à EDF les moyens d’investir. Pour financer le nouveau nucléaire, les syndicats aimeraient que le gouvernement signe, comme au Royaume-Uni, des contrats pour différence, qui garantissent à EDF un prix d’achat du nucléaire respectant les coûts de production. Cela signifierait mécaniquement une augmentation du prix de l’électricité pour les Français. Or le prix bas de l’électricité pour les Français est une promesse politique de tous les gouvernements français. Même si ce serait un levier d’efficacité énergétique, il y a peu de chance que l’actuel gouvernement décide de l‘actionner en faveur du nucléaire. "Poser la question du nucléaire en France oblige à s’interroger sur le contrat qui lie EDF à la collectivité et un service public de l’électricité", analyse Yves Marignac, directeur de Wise-Paris.

Réformer l’Arenh

"L’Etat ferait mieux de se poser des questions sur Arenh (Accès régulé à l'énergie nucléaire historique, Ndlr), observe Vincent Rodet, délégué fédéral CFDT en charge de la branche IEG. Autant, lors de la loi Nome, même si on était contre, on pouvait comprendre que l’Arenh était utile pour faire émerger une concurrence dans le domaine de la fourniture d’électricité. Mais après le rachat de Direct énergie, - perfusé par l’Arenh -, par Total, cela devient grotesque." Institué en 2009, l’Arenh oblige EDF jusqu’en 2025 à vendre 25% de sa production électrique nucléaire au prix de 42 €/MWh, quels que soient les cours du marché. Mais il n’oblige pas les fournisseurs alternatifs à lui acheter. Boudé lors des tarifs bas, l’Arenh a fait le plein cette année. Mais là encore il n’y aurait pas urgence. Si les prix de l’électricité naviguent actuellement autour de 55 €/MWh, l’agence de notation Standard & Poors se fixe un prix de 45 €/MWh comme base de travail. "Tant qu’on est au-dessus de l’Arenh cela va", rappelle Nicolas Goldberg.

Fermer 23 réacteurs et partager Enedis

Pour qu’EDF ne s’écrase pas sur le mur de dettes qui se dresse devant lui, l’association écologique WWF France a elle aussi proposé au gouvernement un scénario. Il propose de réduire les dépenses du grand carénage en diminuant le nombre de réacteurs à prolonger par la fermeture de 23 réacteurs d’ici à 2030. La réduction de la production ferait mécaniquement remonter les cours, selon WWF. Avec les fermetures, "le prix des certificats de capacités vont augmenter", observe aussi Nicolas Godlberg. Cela ne serait pas suffisant pour redresser les finances d’EDF. Le plan de WWF France propose aussi de continuer les cessions d’actifs engagées par EDF à l’international (Pologne et Hongrie), mais aussi en France avec la cession en cours de son terminal méthanier de Dunkerque détenu avec Total et évalué à 2,4 milliards d’euros.

La filiale de distribution du groupe Enedis, qui représente 25% du chiffre d’affaires du groupe, pourrait être partiellement cédée sur le modèle de RTE à des acteurs publics ou parapublics. Une cession de 49,9 % des parts pourrait générer près de 10 milliards d’euros de ressources pour EDF, selon les experts de WWF. Une alternative, consisterait en la scission (spin off) d’Enedis, entité à laquelle serait apportée une part significative des dettes du groupe (15 ou 20 milliards d’euros). WWF suggère aussi la cession partielle des activités nucléaires britanniques du groupe, via EDF Energy, ou d’entités plus petites du groupe, telles que Dalkia et EDF trading.

Nationaliser le nucléaire

L’idée d’un nucléaire de France, sanctuarisant les activités nucléaires d’EDF en les nationalisant dans une entité à part, n’est pas nouvelle. Un scénario de la banque d’affaire UBS à l’automne 2017, prenant exemple sur la scission d’activités entre les Allemands RWE et E-ON a remis l’idée sur la table. Déjà, en 2016, lors des discussions pour décider de faire HInkley Point ou non, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, s’était posé la question. Mais pour la première fois, en juin dernier, le sujet a été officiellement abordé en interne chez EDF. Et il a été demandé aux délégués syndicaux d’évaluer l’impact d’un éventuel îlotage du nucléaire. Mais, rien de plus précis depuis, hormis une déclaration de Jean-Bernard Lévy fin juillet à l’occasion de la publication des résultats semestriels.

Pour EDF, nationaliser le nucléaire apporterait la garantie de l’Etat pour financer le nouveau nucléaire. Le gouvernement, lui reprendrait la main sur l’évolution du parc le calendrier des fermetures de centrales. "Une privatisation n’empêchera pas la bascule d’un parc recette à un parc dépense", observe Yves Marignac de Wise-Paris. Selon l’expert, les coûts du nucléaire français vont exploser. Et même si le dernier rapport du GIEC rappelle que le nucléaire fait partie de l’équation pour rester sous les 1,5 °C de réchauffement, la technologie est de moins en moins compétitive face aux énergies renouvelables. Les nouveaux contrats à l‘international sur lesquels compte EDF pour regagner une marge de manœuvre et développer la filière française dont il est désormais le chef de file, se font de plus en plus incertains.

"Les renouvelables ont gagné la bataille de la compétitivité bas carbone", explique Yves Marignac. Peut-être, mais la France doit faire avec son nucléaire et l’inclure dans sa stratégique énergétique. "C'est le privilège de l'actionnaire majoritaire d'EDF, l'État français, de regarder si la structure actuelle des actifs est optimisée afin de répondre aux attentes que l'État pourrait avoir au regard des missions d'EDF (...)", avait déclaré Jean-Bernard Lévy le 31 juillet lors d’une conférence téléphonique. "Quand l'Etat regardera ces objectifs, peut-être parmi d'autres incluant bien sûr la création de valeur, (il) aura peut-être à un moment donné des réflexions sur une restructuration potentielle." François de Rugy a indiqué que le gouvernent abordera le sujet après la publication, fin octobre, du projet de PPE.

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1 commentaire

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16/10/2018 - 10h05 -

On lit " Le plan Solaire de 30 GW (soit 30 tranches nucléaires) ". Ces propos laissent supposer que 1 GW de solaire peut remplacer 1 GW de nucléaire. Ce qui est grossièrement faux ! Le coefficient de disponibilité du photovoltaïque (ratio entre l’énergie effectivement produite et celle qui le serait avec un fonctionnement tout le temps à puissance nominale) est de 13,7%... alors qu'il est de 68,5 % pour le nucléaire (cf bilan RTE 2017). Ce qui signifie que en terme de puissance installée il faut 5 GW de solaire pour remplacer 1 GW de nucléaire. Et avec un problème corollaire qui est qu'on sait pas industriellement stocker massivement l’électricité. Détail qu'il faut faire semblant d'ignorer pour pouvoir affirmer comme le fait M Yves Marignac : "les renouvelables ont gagné la bataille de la compétitivité bas carbone".
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