Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Ces français qui cartonnent dans le gaz de schiste

, , , ,

Publié le

Enquête Présente de l’exploration à l’exportation, l’industrie française a pris des places significatives sur le marché nord-américain du gaz de schiste.

Ces français qui cartonnent dans le gaz de schiste
L’usine de Vallourec, à Yougstown (Ohio), a doublé sa capacité de production, à 750?000 tonnes.

Delphine Batho, la ministre de l’Énergie, qui affirme, sous le regard furibond de la présidente du Medef, Laurence Parisot, que la loi interdisant la fracturation hydraulique ne sera pas modifiée. L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) qui invite à réaliser des puits d’exploration et soulève l’ire de la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale. Le département américain de l’énergie qui, dans son estimation des réserves mondiales de gaz de schiste, réduit de 24% le potentiel français… Le débat sur les hydrocarbures non conventionnels n’en finit pas.

"Heureusement que les grandes entreprises tricolores ne sont pas restées cantonnées à la controverse nationale et sont allées à la conquête des marchés", se réjouit un haut fonctionnaire. Plusieurs fleurons français n’ont pas hésité à franchir l’Atlantique et font merveille au pays des gaz de schiste. Un exploit considérable pour des sociétés issues d’un pays sans ressources fossiles traditionnelles et qui a brutalement fermé la porte au non conventionnel. Gérard Monplot, le directeur général du Groupement des entreprises parapétrolières (GEP), n’est pas surpris : "Nos entreprises ont toujours su s’imposer à l’étranger."

Olivier Appert, le président de l’Institut français du pétrole (IFP), ajoute : "Par le passé, il y a eu en France une politique de long terme qui a permis de développer de grandes compétences pétrolières. Or les techniques utilisées dans le gaz de schiste ne sont pas différentes, elles sont juste plus intenses." Tour d’horizon de ces champions contraints à l’exil !

Engagement total pour Total

À tout seigneur, tout honneur, Total mérite d’ouvrir le bal. Dès 2009, le français prenait une participation de 25% au côté de l’américain Chesapeake, dans le gisement des Barnett, le berceau mondial de gaz de schiste. En 2012, la quatrième major mondiale récidive en prenant de nouvelles parts dans le champ d’Utica où est produit du pétrole de schiste. À l’autre bout de la chaîne, Total investit aussi dans sa pétrochimie pour adapter son vapocraqueur à l’utilisation des gaz non conventionnels [lire page 30]. Une véritable stratégie gagnant-gagnant. Tant que les prix du gaz sont bas, le raffinage est bénéficiaire. Dès que les prix remonteront, la production de gaz affichera d’alléchantes marges. De plus, le français fait son apprentissage pour s’émanciper en Pologne, au Danemark, en Argentine…

CGG traque le bon schiste

Ces étrangers convoitant le non conventionnel français
Tandis que les sociétés tricolores s’exportent aux États-Unis, des étrangères frappent à la porte du schiste français. Le canadien Vermillion, déjà très présent dans l’Hexagone, irait bien explorer le pétrole de schiste du Bassin parisien. L’américain Schuepbach, dont deux permis d’exploration de gaz de schiste ont été abrogés par l’État français, a saisi le Conseil d’État pour une question prioritaire de constitutionnalité sur l’interdiction de la fracturation hydraulique. L’australien EGL, soutenu par Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, est persuadé que la France révèle un gros potentiel. L’américain Ecorpstim mène, lui, un intense lobbying pour faire reconnaître les qualités de la fracturation au propane, comme une alternative propre à la fracturation hydraulique.  
"Les hydrocarbures non conventionnels sont un grand défi de l’exploration pétrolière. La sismique y joue un rôle fondamental", rappelle Jean-Georges Malcor, le PDG de CGG. Déjà mandaté pour faire des campagnes, le leader mondial de la sismique a signé un accord avec le grand parapétrolier américain Baker Hughues afin de travailler ensemble sur la caractérisation des réservoirs et l’optimisation du positionnement des puits. Par ailleurs, le groupe vise le domaine en devenir de la microsismique. Il s’agit de suivre en temps réel les opérations de fracturation hydraulique afin de s’assurer que les fissures sont proprement réalisées sans menacer de zones sensibles.

Vallourec fait un vrai tube

Ce n’est pas trop dire que le spécialiste mondial des tubes sans soudure, utilisés pour les puits, est devenu un maillon essentiel du gaz de schiste nord-américain. Preuve indiscutable : le président Obama est même venu visiter, en 2010, son usine de Yougstown (Ohio). Le 12 juin, Vallourec a inauguré sa deuxième usine sur le site. Le français double quasiment sa capacité de production, à 750 000 tonnes, et vise un chiffre d’affaires à 50% nord-américain. Ce puissant ancrage doit beaucoup au PDG Philippe Crouzet. Lors de sa prise de fonction en 2009, il a lancé ce chantier de 1 milliard de dollars, alors que la société avait déjà engagé de lourds investissements ailleurs. Mais pas question de louper le virage du gaz de schiste. Pari réussi !

Nexans câble les champs

De tous les acteurs présentés ici, Nexans est sans doute celui auquel on s’attend le moins. Pourtant, lui aussi bénéficie de l’essor des hydrocarbures non conventionnels. En 2012, le câblier a acquis l’activité pétrolière, gazière et minière d’Amercable pour 275 millions de dollars. Ses câbles hyperrésistants sont adaptés pour des milieux extrêmes et de très fortes pressions comme le passage d’un poids lourd rempli de sable ou d’eau. C’est une compétence nouvelle que le groupe espère distribuer dans son réseau mondial. Rien que pour la première année, les activités d’Amercable affichent une marge supérieure à la moyenne du groupe et compensent en partie les faiblesses du marché européen.

Imerys & Saint-Gobain maintiennent les failles ouvertes

Deux industriels tricolores sont en compétition pour la fourniture des proppants, ces billes de céramique destinées à maintenir ouvertes les fissures issues de la fracturation hydraulique, un marché de 4 milliards de dollars. Imerys a déboursé 235 millions de dollars, en avril, pour acquérir une usine en construction à Wrens (Géorgie). Elle entrera en fonction en 2014, pour une capacité de 225 000 tonnes. Elle s’ajoute à la première usine du groupe ouverte à Andersonville, dans le même État. De son côté, Saint-Gobain a investi 100 millions de dollars dans la construction d’une usine de proppants dans l’Arkansas.

Saltel segmente la fracturation

Petit poucet de la sélection, avec un chiffre d’affaires de 7,5 millions d’euros, cette PME rennaise n’hésite pas à négocier avec les plus gros pétroliers américains. "Nos patches permettent de réparer des puits de fracturation hydraulique défaillants. Nous sommes les seuls à proposer une solution", explique le dirigeant Jean-Louis Saltel. Par ailleurs, Saltel a développé un nouvel outil d’isolation assurant une étanchéité parfaite entre les zones fracturées sur un puits. "La réglementation, qui deviendra de plus en plus sévère, devrait nous permettre de prendre une position significative sur ce marché", prédit le dirigeant, qui regrette que la France ferme la porte au gaz de schiste. "L’exploitation en France permettrait de développer des technologies françaises."

SNF Floerger facilite l’extraction

ETI stéphanoise, SNF Floerger affiche l’une des plus belles réussites françaises outre-Atlantique, grâce à ses deux usines implantées en Géorgie et en Louisiane. Les polyacrylamides produits servent de réducteur de friction dans l’exploitation des gaz et pétrole de schiste. Ils permettent de diminuer de plus de 50% l’énergie nécessaire à l’injection d’eau. "Nous pensons avoir environ un tiers du marché américain", se félicite le PDG Pascal Rémy. Le patron de SNF Floerger considère qu’il peut encore progresser. Pour cela, le groupe ne lésine pas. Il investit 200 millions d’euros par an sur sa vingtaine de sites industriels dans le monde, dont la moitié aux États-Unis.

Veolia Environnement suit le fil de l’eau

Sûr de sa compétence quasi unique dans le traitement des eaux issues de la fracturation hydraulique, le PDG de Veolia Environnement, Antoine Frérot, affiche de hautes ambitions. Mais pour cela, il lui faut affronter un mastodonte sur son propre terrain : GE. Le français sert déjà des pétroliers sur le champ des Barnett, dans le nord du Texas. Par ailleurs, il gère entièrement le cycle de l’eau du pétrolier PXP sur le champ californien d’Arroyo Grande. "Nous sommes présents depuis sept ans dans le traitement des eaux des hydrocarbures non conventionnels. Et grâce à note référence australienne, nous devenons un acteur de premier plan", juge aujourd’hui Jean-Michel Herrewyn, le directeur de général de Veolia Eau. C’est, en effet, aux antipodes que Veolia Environnement a décroché son plus gros contrat : 650 millions d’euros pour piloter trois usines de traitement de l’eau issue de la production de gaz de houille. Fort de cette expérience, Veolia considère qu’il a accès à un marché de 500 millions d’euros aux États-Unis. Un marché qui croît sous l’effet des exigences juridiques : "Plus la réglementation environnementale est stricte, mieux nous nous portons", sourit Jean-Michel Herrewyn.

GDF Suez exporte le gaz de schiste

GDF Suez ne s’est pas lancé dans la production de gaz de schiste aux États-Unis. En revanche, le groupe va sans doute participer à une autre révolution. Celle des premières exportations, jusqu’alors, strictement interdites. "Le président Obama s’est exprimé en faveur de l’exportation afin d’en faire bénéficier ses alliés traditionnels comme le Japon", explique le PDG Gérard Mestrallet. En fin stratège, le dirigeant s’est associé à l’américain Sempra et aux deux japonais Mitsubishi et Mistui sur le projet Cameron. Cet ex-site d’importation de gaz, situé à Hackberry en Louisiane, va être transformé en site de liquéfaction de gaz tourné vers l’exportation. Un chantier de 10 milliards de dollars. Ne reste plus qu’à recevoir l’autorisation du département américain de l’énergie.   

Ils sont présents sur toute la chaîne

Les entreprises françaises ont su prendre place sur toute la chaîne de valeur du gaz de schiste. De l’exploration par la sismique à la liquéfaction du gaz pour l’exporter, il y a toujours un étendard tricolore quelque part.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle