Ces Français pris dans le tourbillon de la consolidation des semiconducteurs

Ridha Loukil , ,

Publié le

Alors que la consolidation dans les semiconducteurs a atteint un niveau record en 2016, les acteurs français y ont peu contribué. Mais la France a perdu deux de ses pépites et son dernier fondeur.

Ces Français pris dans le tourbillon de la consolidation des semiconducteurs
L'usine d'IPDiA près de Caen
© IPDiA

Les entreprises citées

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La France reste relativement à l’écart du mouvement de consolidation dans les semiconducteurs qui a atteint un niveau record en 2016. Selon le décompte de L’Usine Nouvelle, seules sep petites opérations ont été conclues en 2016 pour un montant cumulé de l’ordre de 300 millions de dollars. Une goutte d'eau comparée au total de 147,4 milliards de dollars atteint dans le monde! Seule une vient en renfort : le rachat des circuits de lecteurs RFID et NFC de l’autrichien AMS par le franco-italien STMicroelectronics pour près de 78 millions de dollars. Les six autres sont des sorties vers l'étranger.

Tronics,  Thales sauve la mise

En 2015, la France a perdu une seule de ses pépites : la start-up Docea Power. Fondée en 2006 à Moirans, près de Grenoble, elle édite des outils de modélisation et simulation de la consommation de courant et du comportement thermique de circuits en vue d’aider à en optimiser la conception. Elle a été rachetée en juillet 2015 par le géant américain Intel pour un montant non dévoilé que nous estimons à 25 millions d’euros.

En 2016, deux pépites sont passées sous pavillon japonais : Tronics et IPDiA. Fondée en 1997 à Crolles, près de Grenoble, la première offre des services d’ingénierie et de fonderie de Mems professionnels dans des applications comme l’aérospatial, la défense, le médical ou l’instrumentation pétrolière. Elle a terminé 2016 avec un chiffre d’affaires de 6,3 millions d’euros, en chute de 19%, et une perte nette de 5,8 millions d’euros, près du double de celle en 2015. Mais cette PME d’une centaine de personnes dispose d’un savoir-faire pointu dans les Mems, fruit d’un effort de R&D de 15 millions d’euros mené pendant 15 ans avec le Leti, le laboratoire d’électronique du CEA à Grenoble. C’est sur ce savoir-faire que le fabricant japonais de composants électroniques TDK met la main via sa filiale allemande Epcos.

IPDIA, un cas sensible

L’opération a soulevé quelques remous. Non pas à Bercy, qui a approuvé la transaction, mais chez Thales, actionnaire depuis l’introduction de Tronics en Bourse en février 2015. Considérant la pépite comme stratégique pour ses systèmes avioniques, l’équipementier français d'électronique de défense a choisi de se maintenir au capital. Le pacte des actionnaires conclu avec Epcos lui octroie 19,9% du capital et l’un des quatre sièges du nouveau conseil de surveillance.

Le cas d’IPDiA est tout aussi sensible. Fondée en 2009 par essaimage de NXP Semiconductor (ancien bras armé de Philips dans les semiconducteurs), sur le site Côte de Nacre, près de Caen, elle développe et produit des composants électroniques passifs intégrés sur silicium (IPD pour integrated passive devices), à l’instar de circuits intégrés actifs comme les microprocesseurs ou les mémoires. Mais au lieu de transistors, ces composants intègrent résistances, inductances ou condensateurs en 3D. Par rapport aux composants passifs discrets traditionnels, ils améliorent la miniaturisation et les performances électroniques. Cette PME de 130 personnes et 16 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 sert des applications exigeantes dans l’éclairage à LED, le médical ou l’automobile. Sa présence aussi dans l’aérospatial et la défense ne semble pas avoir soulevé des réserves. Ni de la part de Bercy, ni de la part de ses clients. Elle a été rachetée en octobre 2016 par le fabricant japonais de composants électroniques Murata pour un montant non dévoilé mais que nous estimons à 50 millions d'euros.

Altis sauvé par le fondeur allemand X-Fab

La France a par ailleurs perdu son dernier fondeur de semiconducteurs Altis. Tombé en faillite en août 2016, il a été repris par le fondeur allemand X-Fab. A la clé, la sauvegarde de près de 500 emplois dans son usine à Corbeil-Essonnes. Mais son avenir se joue désormais entre les mains de son nouveau propriétaire qui promet d’investir 100 millions d’euros en 10 ans. Trois offres de reprises étaient sur la table au départ. Elles se sont réduites ensuite à deux. Mais c’est l’allemand X-Fab qui l’a emporté sur le chinois SMIC.

Les technologies françaises intéressent de plus en plus les Chinois, plus que jamais à l’affut d’opportunités pour se doter d’une industrie locale de semiconducteurs. On l’a vu avec les velléités de reprise d’Altis par le fondeur SMIC. On le voit aussi avec l’entrée de NSIG dans le capital de Soitec. Le fonds d’investissement chinois, qui a racheté le fournisseur finlandais de plaques de silicium sur isolant Okmetik pour 162 millions d’euros, a profité d’une augmentation de capital de 152 millions de cette ETI iséroise de 1000 personnes, dont 850 en France, pour en prendre 14,5% du capital, autant que les deux autres investisseurs français, CEA Investissement et Bpifrance.

Opportunité pour imposer une techno française en Chine

Cet investissement est vu comme une opportunité pour Soitec et pour la technologie française de puces FD-SOI. L’entreprise française, basée à Bernin, près de Grenoble, pousse pour la construction de puces, non pas sur du silicium massif, mais sur un substrat de silicium sur isolant dont elle est le premier fournisseur mondial à près de 85%. Cette technologie est présentée comme une alternative simple et économique dans les applications de l’internet des objets à la technologie FinFET qui impose de changer la conception et la production en passant à des transistors 3D. L’entrée de NSIG dans le capital de Soitec pourrait inciter les Chinois à privilégier la technologie française. De quoi lui donner enfin son essor.

Sep opérations de moins de 300 millions d’euros

  • Cession des microcontrôleurs sécurisés d’Inside Secure au suisse WISekey International pour 13,2 millions de dollars
  • Entrée du fonds chinois NSIG à hauteur de 14,5% dans le capital de Soitec pour un investissement estimé à 29,5 millions d’euros
  • Rachat des circuits de lecteurs sans contact NFC et RFID de l’autrichien AMS par STMicroelectronics pour 77,8 millions de dollars
  • Prise de contrôle à hauteur de 74,6% du capital de Tronics par Epcos, filiale allemande de TDK, pour 36,3 millions d’euros
  • Rachat d’IPDiA par le japonais Murata pour un montant estimé à 50 millions d’euros
  • Reprise d’Altis par le fondeur allemand X-Fab pour un montant estimé à 10 millions d’euros
  • Fusion d'ASK avec l'activité identification du britannique Paragon pour un montant de 20 millions d'euros

 

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