Ces 3 paradoxes et 5 freins qui handicapent la croissance du Maroc, selon la BAD

La croissance du Maroc n'est pas mauvaise mais elle pourrait être bien plus forte.... Partant de ce constat, la Banque africaine de développement vient d'analyser dans un rapport sans concession l'état des lieux de l'économie marocaine en mettant en relief les principaux freins à son développement et  à sa compétitivité. En première ligne notamment, l'éducation, la fiscalité ou le foncier.

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Ces 3 paradoxes et 5 freins qui handicapent la croissance du Maroc, selon la BAD

A revoir ? Le modèle de croissance marocain reste trop limité et il convient de le repenser. C'est ce que révèle en substance "Diagnostic de croissance du Maroc : analyse des contraintes à une croissance large et inclusive", un rapport de 250 pages publié le 25 février par la Banque africaine de développement.

C'est un rapport fouillé, qui bouscule les idées reçues, un travail qui dresse un état des lieux sans détour des maux dont souffre l'économie marocaine. Il a été réalisé à la demande du gouvernement d'Abdelilah Benkirane et dans la perspective de l'éligilibilité du Maroc à la seconde édition du Millennium Challenge, important programme d'aide américain.

Après avoir rappelé l'engagement du royaume dans un "processus important de réformes afin de transformer en profondeur son modèle économique et social", l'étude met en exergue trois paradoxes et cinq freins principaux.

Le premier paradoxe, est dû au fait qu'en dépit d'un taux d'investissement parmi l'un des plus élevés au monde (31,7% du PIB en 2012), le taux de croissance moyen du Maroc enregistré sur la dernière décennie est inférieur à ce que les modèles économiques permettent d'espérer.

Le deuxième est lié à l'absence de transformation structurelle de l'économie et sa toujours faible industrialisation.

Le troisième paradoxe relève du faible dynamisme du secteur privé et du manque de PME, bref, une "absence de milieu" entre le secteur informel et les quelques grands groupes.

Selon le rapport, si le Maroc s'est attaqué "avec succès" à des défis relevant notamment de la stabilité macro-économique ; l’intégration internationale de son économie ou les programmes de développement industriel, le royaume n'en est pas moins confronté à 5 obstacles majeurs. Ce sont les "coupables" dans le décollage trop lent de l'économie et de l'industrie du royaume. Bref de son manque de compétitivité internationale, qu'illustre le très lourd et récurrent déficit commercial du pays, à environ 15% du PIB.

L'insuffisance du capital humain

Il est essentiellement dû au manque d'efficacité du système d'enseignement et de formation professionnelle. En témoigne, la durée moyenne de scolarisation inférieure à la moyenne des pays ayant le même niveau de revenu. Ou la persistance d'un taux élevé d'analphabetisme, notamment chez les femmes.

La lenteur du système juridique

Contraignant, le système judiciaire marocain ne facilite pas les activités économiques. "Il souffre toujours d’une certaine lourdeur dans l’exécution des procédures et des décisions qui poussent les entreprises marocaines et étrangères à éviter le recours au système judiciaire" note le rapport.

Les "distorsions" du système fiscal

Elles se traduisent par le poids de la fiscalité qui ne pèse pas de façon équilibrée sur les différents agents économiques (grands comptes, PME, secteur informel). Le système fiscal marocain ne permet donc pas une allocation efficiente des investissements. Pourtant, "les taux d’imposition au Maroc ne sont pas excessifs et sont comparables à des pays comme la Tunisie, mais les entrepreneurs marocains considèrent encore l’impôt comme une charge très lourde et comme un obstacle au développement de leurs activités, note le rapport".

Un accès difficile au foncier

Les régimes fonciers au Maroc
Il existe au Maroc trois types de régime des terres. Les terres "guich" sont les terres que l'Etat makhzénien avait concédées en jouissance à des tribus en contrepartie d'un service rendu à caractère militaire. Les terres collectives concernent les territoires des tribus, transformés par la législation du protectorat en propriétés inaliénables de collectivités ethniques. Les terres "Melk" concernent la propriété immobilière régie par le droit musulman de rite malékite. A côté de ces régimes, il existe le bien "habous" qui est un acte juridique qui légalise le don d'un bien généralement immeuble affecté à une œuvre pieuse ou à caractère social.
Complexe au Maroc, la propriété foncière est soumise à une dualité de régimes qui rend la transaction des terres très difficile, surtout sous le régime traditionnel régi par les principes du droit musulman et les coutumes locales. Ainsi la gestion du foncier au Maroc est souvent critiquée pour l’excessive diversité de ses statuts et tutelles. L’accès au foncier est fortement contraignante quand elle dépend de l’offre de terrains dans les régions attractives à l’investissement.

Une réglementation du marché du travail contraignante

D’après plusieurs classements internationaux, le Maroc est noté parmi les pays dont la législation du travail est la plus rigide. Le Maroc affiche des coûts de licenciements élevés par rapport aux pays d'un niveau de développement comparable, selon le rapport qui pointe aussi, paradoxe, le non respect du droit du travail ou encore un nombre relativement élevé de grèves. "Même si les objectifs de protection de l’emploi sont importants, le Code du travail marocain semble avoir un effet négatif sur la création d’emplois", pointe le rapport qui évoque aussi le coût élevé du travail en regard du benchmark régional. De quoi ouvrir un beau débat intérieur.

Retrouvez l'intégralité du rapport ci-dessous.

Nasser Djama

Nb : A lire aussi la longue interview sur le site de La Vie Eco de Shantayanan Devarajan, économiste en chef, MENA, Banque mondiale,

La méthodologie HRV
Le rapport de la BAD repose sur la méthodologie du diagnostic de croissance proposée par Ricardo Hausmann, Dani Rodrik et Andrès Velasco (HRV). Elle part du postulat que tous les pays doivent faire face à un éventail de défis économiques et de développement. Les réformes et les investissements étant contraints par les capacités de mise en œuvre de l’État, l’espace politique et les ressources financières disponibles.

Maroc : diagnostic de croissance (Banque africaine de développement)

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