Centre : Le "Blé Gourmet" d'Ebly a de grandes ambitions

En lançant un blé prêt à cuire vendu en grandes surfaces, la filiale du céréalier Le Dunois engage un pari audacieux. Un investissement de 60 millions de francs pour atteindre rapidement 10 000 tonnes par an.

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Le pari industriel de la coopérative Le Dunois, un des plus importants collecteurs français de céréales, est osé. Toutefois, certains n'hésitent pas à prédire au blé prêt à cuire d'Ebly un succès aussi retentissant que celui du maïs doux, dont la consommation nationale a atteint 120 000 tonnes en quelques années. Alain Bourgeaiseau, directeur général d'Ebly, se contenterait volontiers d'un succès plus modeste : il vise 10 000 tonnes d'ici à quatre ans. Si le maïs doux pouvait s'appuyer sur l'expérience américaine, Ebly est le fruit d'une idée qui a germé il y a seulement huit ans. Trois ans de recherches menées en collaboration avec l'Inra de Montpellier ont abouti, dans le courant de 1991, au produit défini par le cahier des charges : soit un grain conservant toutes ses qualités nutritives et diététiques, bon au goût et vite cuit (quinze à vingt minutes). Après trois autres années passées à élaborer un plan marketing et quelques pré-tests commerciaux dans des supermarchés de la région de Châteaudun (Eure-et-Loir), la distribution nationale démarre le 1er janvier 1995. Les ventes de la première année sont en deçà des prévisions, et l'entreprise doit se contenter de 700 tonnes vendues pour un chiffre d'affaires de 13,5 millions de francs. Soit l'équivalent du seul budget communication ! C'est seulement cette année que commence la vraie carrière du " blé gourmet ". L'atelier pilote de Châteaudun a été remplacé par une véritable usine, installée à Marboué, en Eure-et-Loir, inaugurée le 8 novembre. La capacité de cet outil industriel, d'un montant de 60 millions de francs et qui emploie 20 salariés, atteint 10 000 tonnes. Mais elle pourra être doublée. Le process, entièrement pensé par Dominique Dupont, directeur technique chez Le Dunois - jusque-là en charge des silos de la coopérative -, est décomposé en cinq phases : d'abord, la réception du blé dur (le même que celui utilisé pour les pâtes alimentaires), qui est trié, calibré et dépoussiéré. Ensuite, la précuisson des grains à l'eau chaude pendant une heure, puis le séchage partiel, et le décorticage, qui consiste à séparer le grain de l'enveloppe de son. Enfin, le choc thermique, qui permet de chasser les traces d'humidité et de créer des micropores à l'intérieur du grain pour obtenir une réhydratation rapide durant la cuisson. Bien maîtrisée, la production attend désormais le décollage commercial. Car si 3 000 tonnes d'Ebly auront été vendues en fin d'année, Alain Bourgeaiseau estime que l'équilibre d'exploitation sera atteint avec 5 500 tonnes. Des chiffres attendus pour la fin de 1997 ou le début de 1998.

1,5 % de la collecte de l'Union Valbeauce absorbé

Sachant que la production d'une tonne de blé prêt à cuire nécessite 1,8 tonne de blé dur, les retombées pour les producteurs locaux restent modestes. Même avec 10 000 tonnes, Ebly n'absorbera qu'à peine 1,5 % de la collecte de l'Union de coopératives Valbeauce (1,3 million de tonnes par an), implantée au sud de l'Eure-et-Loir et au nord du Loir-et-Cher. Mais, à plus long terme, tous les espoirs sont permis à ce drôle de " blé légume ", que certains grands groupes pourraient avoir envie d'avaler...



Les aléas de la diversification industrielle

Ebly est une des rares tentatives réussies de diversification industrielle d'une coopérative céréalière de la région Centre. Après les échecs de la Franciade (Blois) et de Le Dunois (Châteaudun) dans les légumes emballés sous vide, celui de la Scael (Chartres) dans les farines spéciales et l'énorme sinistre d'Agri-Cher (Bourges), qui a perdu, au bas mot, 200 millions de francs dans la création d'un groupe volailler, les coopératives semblent revenues à des intentions plus sages et " plus proches de leur métier de base ". Epis-Centre, à Bourges, a commencé par monter un réseau de boulangeries artisanales, avant de se lancer dans la nutrition animale (un pôle qui représente aujourd'hui 400 millions de francs de chiffre d'affaires) et de racheter en 1994 les Malteries franco-suisses, à Issoudun, pour 45 millions de francs. " Cette dernière acquisition était un acte mûrement réfléchi, explique Thierry Renard, membre de la direction. Nous souhaitions renforcer la place prise par nos agriculteurs dans l'approvisionnement en orge de brasserie de l'usine. "



Après le lait, le blé

Alain Bourgeaiseau
, directeur du site d'Ebly

Son accent chantant trahit le natif du pays du foie gras et du cassoulet. Sa formation - diplôme de l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse - ne le destinait pas à l'industrie agroalimentaire. Pourtant, cet enfant de Midi- Pyrénées y a exercé toute sa carrière, commencée au sein du groupe Bel, qu'il quittera après vingt et un ans de services. Il rejoindra ensuite les Laiteries Triballat, puis Roquefort Société, dont il assure durant deux ans la direction générale adjointe. En 1995, un cabinet de recrutement le contacte : en octobre dernier, à 49 ans, il prend la direction générale d'Ebly. " Sur un coup de coeur ", avoue-t-il.

USINE NOUVELLE N°2569

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