Ce qui manque au biogaz et à l'hydrogène pour s'imposer en France et en Europe

Si le biogaz et l’hydrogène vert sont au cœur des préoccupations de la filière gaz française, l’Europe s’interroge encore sur la manière de les aborder.

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Ce qui manque au biogaz et à l'hydrogène pour s'imposer en France et en Europe
La filière biométhane doit commencer par chiffrer toutes les externalités positives.

Le biogaz français est un des grands perdants de la nouvelle feuille de route énergétique française, la PPE 2019-2028. La direction générale énergie climat (DGEC), qui a élaboré la feuille de route, aurait perdu l’arbitrage financier avec Bercy, qui ne voulait pas dépenser plus de 800 millions d’euros par an pour le biogaz, explique un acteur de la filière. Pour entrer dans l’enveloppe, la DGEC aurait donc revu à la baisse l’objectif de 10 % de gaz vers dans la consommation en 2030, prévu dans la loi de 2015, pour le ramener à 7 %. Et comme cela ne rentrait toujours pas, les experts de la DGEC auraient décidé de lier les tarifs de rachat à des objectifs de réduction de coûts de production drastique dès 2023. Les déclarations d’Engie sur ses ambitions de rendre la filière plus productive, n’auraient, selon l’industriel, servi que de prétexte.

Une politique industrielle

"Avec cette trajectoire, la PPE menace de tuer la filière biométhane", alerte Patrick Corbin, président de l’Association Française du gaz, lors de la douzième convention de l’association le 12 mars à Neuilly. Il n’est pas seul à se mobiliser. 120 députés ont signé une lettre appelant le gouvernement à rehausser les objectifs de la PPE pour les énergies marines et le biogaz. Mais, le gouvernement, qui ne veut pas rejouer l’expérience des énergies renouvelables électriques dont le développement coûte encore près de 8 milliards d’euros par an, ne veut rien entendre. Au mieux Virginie Schwarz, directrice de l’énergie à la DGEC, propose-t-elle de profiter de la période de consultation sur la PPE ce trimestre pour "discuter afin de trouver le meilleur équilibre".

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Un chiffrage des externalités positives

Problème, la filière gaz, qui ne cesse d’évoquer les externalités positives du biogaz (revenus supplémentaires pour les agriculteurs, diminution du recours aux engrais chimiques, création d’emplois, alternative aux carburants fossiles…) n’a aucun chiffre à faire valoir, une étude venant juste d’être lancée par le comité stratégique de filière des nouveaux systèmes énergétiques. Et cette étude, pour être complète et pertinente devra aller explorer les impacts positifs des gaz renouvelables pour la transition énergétique autant dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture que du transport. Bref, il faudrait "arrêter de penser comme avant", et enfin avoir "une vision holistique" et "dépasser une vision sectorielle pour penser une convergence des systèmes" pour accélérer la transition énergétique, propose Jean-Marc Leroy, président de Gaz Infrastructure Europe.

Un lien avec la PAC et les directives transport

On en est loin, en France comme en Europe où les paquets climats-énergie sont toujours conçus indépendamment des paquets gaz, des directives transport et, bien sûr, de la politique agricole commune. Cette convergence devrait être "un des axes politique de la prochaine commission", européenne, veut croire Florian Ermacora, chef de l’unité marché de gros gaz et électricité à la Commission européenne. Ce dernier explique aussi que les gaz verts ne sont pas au menu du prochain paquet gaz européen, qui se préoccupe plus de sécurité d’approvisionnement pour que le gaz jouer son rôle dans la transition énergétique et la sortie du charbon.

Des certificats et des standards

Et la commission s’interroge encore sur l’opportunité pour l’Europe de fixer des objectifs de gaz renouvelables aux pays. "Il manque une stratégie politique sur la décarbonation du secteur du gaz", observe Florian Ermacora. Mais, comme le gouvernement français, l’Europe ne veut pas rejouer ce qui a été fait pour les énergies renouvelables électriques. "On a besoin d’un cadre réglementaire pour permettre à toutes les technologies d’entrer en concurrence aux coûts les plus bas. Ce n’est pas à nous de décider qui va gagner et être subventionné", laissant ce rôle aux États.

En revanche, ce sera à l’Europe de fixer des standards de qualité du gaz, d’établir des mécanismes de traçabilité du biogaz en organisant un système de certificat d’origine. La question d’infrastructures dédiés à l’hydrogène se pose également. Mais les réflexions ne font que commencer. Et sans articulation avec les secteurs du transport et de l’agriculteur, elle risque de rester longtemps sans réponse.

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