L'Usine Aéro

Ce qui attend Sylvie Goulard au ministère des Armées

Hassan Meddah

Publié le

Modernisation des armées, soutien aux industriels de l'armement, Europe de la Défense, service militaire court pour les jeunes... La nouvelle ministre des Armées devrait s'inscrire dans la continuité de l'action de son prédéceseur, Jean-Yves Le Drian, nommé au ministère des Affaires étrangères.   

Ce qui attend Sylvie Goulard au ministère des Armées
Sylvie Goulard
© Photographer EU

C'est l'une des surprises de la composition du nouveau gouvernement. Sylvie Goulard, 52 ans, eurodéputée issue des rangs du Modem et qui avait rejoint très tôt le mouvement En Marche, devient ministre des Armées. Elle succède à l'Hôtel de Brienne à Jean-Yves Le Drian, un des seuls ministres rescapés du gouvernement Hollande, nommé aux Affaires étrangères. De toute évidence, ce poste est stratégique pour le nouveau président. Emmanuel Macron a clairement affiché cette priorité, enfilant dès le jour de son investiture, les habits de chefs des armées. Son défilé à bord d'un véhicule militaire et sa première visite consacrée à des soldats blessés à l'hôpital militaire de Percy, soulignent la grande attention qu'il portera aux sujets de Défense. Durant la campagne, il avait déjà marqué les esprits en proposant la création d'un service militaire obligatoire d'un mois pour tous les jeunes.

Le nouvel intitulé du ministère souligne aussi la nouvelle ambition en matière de Défense: remettre les armées et donc les soldats au cœur des préoccupations du ministère. Ils sont aujourd'hui plus de 30 000 militaires en opération que ce soit à l'intérieur de nos frontières avec l'opération Sentinelle ou à l'étrange, dans le cadre de l'opération Barkhane dans la bande Sahélo-saharienne, en Syrie, en Irak. "La menace terroriste est aujourd’hui la principale raison du déploiement de nos forces dans le monde", avait déclaré en début d'année son prédécesseur.

2 milliards d'euros SUPPLÉMENTAIRES par an 

Pour mener à bien sa mission, Sylvie Goulard aura face à elle des interlocuteurs très variés. Tout d'abord, les militaires, fortement sollicités dans un contexte de tensions internationales accrues (Ukraine, Corée du Nord, Chine méridionale...) et de lutte contre le terrorisme. Durant la campagne électorale et devant les parlementaires, le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a clairement fait passer un message: pour équiper ses soldats correctement, il faut augmenter le budget de la Défense et le porter à 2% du PIB avant la fin du quinquennat contre 1,82 % en 2016. "Parfois, en tant que chef des opérations, je renonce à certaines cibles par incapacité, c’est-à-dire par insuffisance de capacités. Actuellement, plus de 60 % des véhicules de l’armée de terre engagés en opérations ne sont pas protégés. On ne peut pas continuer comme cela", avait-t-il averti. Les armées ont fait leurs comptes: elles réclament 2 milliards d'euros supplémentaires et 2 500 hommes en plus par an d'ici la fin du quinquennat.

La vente de Renault Trucks Defense

Seconds interlocuteurs clés pour la ministre: les industriels. Sera-t-elle aussi la ministre des industriels de la Défense comme l'a été Jean-Yves Le Drian durant tout le quinquennat? Il avait pleinement assumé son rôle de "capitaine de l'équipe de France de la Défense". Multipliant les voyages à l'étranger, son engagement a permis la signature de contrats à l'export (Rafale en Egypte, en Inde, au Qatar; sous-marins en Australie). De quoi atteindre un record des ventes d'armes tricolores à l'exportation à 20 milliards d'euros en 2016.

Sylvie Goulard trouvera des dossiers chauds sur son bureau, notamment la vente de Renault Trucks Defense (RTD). Son propriétaire, le groupe suédois Volvo, l'a mis en vente. RTD, spécialiste des chaînes cinématiques des véhicules blindés, est indispensable au grand programme en cours de modernisation de l'armée de Terre Scorpion. Par ailleurs, les industriels Nexter et Thales sont favorables à une accélération du calendrier de livraisons de près de 2 000 véhicules blindés qui représentent une commande de l'ordre de 6 milliards d'euros et la création de 1 700 emplois environ dans la phase de production.

Préserver les coopérations avec le Royaume-Uni malgré le Brexit

Troisièmes interlocuteurs pour la ministre: nos voisins européens en vue de relancer l'Europe de la Défense. Son engagement européen devrait l'y aider. Eurodéputée parlant quatre langues (l’allemand, l’anglais, l’italien et le français), elle a été l'ancienne conseillère du président de la commission européenne Romano Prodi. Elle devra s'assurer que la coopération nouée avec la Royaume-Uni résiste au Brexit. Saura-t-elle convaincre nos alliés (Allemagne, Espagne, Italie, Portugal) de tenir leurs engagements financiers, capacitaires et opérationnels pris lors du dernier conseil des chefs d'Etats consacré à la Défense? Parmi ceux-ci, le lancement d'un programme d'un hélicoptère dronisé ou plus ambitieux la création d'un fonds européen de Défense.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte