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Ce qui attend Olivier Laureau, le successeur de Jacques Servier

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Deux semaines après la mort de son fondateur, Servier prépare sa succession. Jacques Servier avait organisé le capital et la gouvernance. Olivier Laureau, son successeur devra relever d’autres défis pour assurer la pérennité du groupe pharmaceutique.

Ce qui attend Olivier Laureau, le successeur de Jacques Servier © SIPA

A Orléans, berceau historique du groupe depuis 1954, et à Suresnes, son siège, les salariés du laboratoire Servier sont en deuil. Le père du groupe est mort, à l’âge de 92 ans, mercredi 16 avril. Puissant mais discret, le deuxième laboratoire pharmaceutique français (avec 4,2 milliards d’euros de ventes en 2013) derrière le géant Sanofi, doit tourner la page de l’ère Jacques Servier. Il s’apprête à introniser celui qui présidera à l’avenir le groupe : Olivier Laureau. En pilotage automatique… Car Jacques Servier avait minutieusement préparé sa succession.

Un capital vérouillé

Le capital du groupe ne reviendra pas à ses quatre filles : il est verrouillé dans une fondation de droit néerlandais. "Jacques Servier ne souhaitait pas que ses filles héritent, car il ne s’entendait pas bien avec ses gendres et ne pensait pas qu’elles avaient les compétences requises", confie un bon connaisseur de l’entreprise.

Créée dans les années 1980, la fondation permet de préserver l’indépendance et donc la pérennité du groupe, en le rendant non opéable. Un précédent avait eu lieu avec son concurrent Pierre Fabre, décédé en juillet 2013, qui avait confié le capital de son laboratoire à une fondation française. Pour ces deux capitaines d’industrie, ce choix garantit que tous les bénéfices de l’entreprise soient réinvestis dans la R&D. Servier y consacre 25% de ses revenus, un chiffre colossal. Un outil précieux pour ces acteurs de poids moyen dans un secteur aussi capitalistique que l’industrie pharmaceutique, où le coût total de développement d’un médicament frôle le milliard d’euros.

Une image à restaurer

Après avoir brutalement évincé, en octobre 2013, son dauphin pressenti Jean-Philippe Seta, Jacques Servier aurait désigné dans son testament le nom du nouveau président du comité exécutif, selon Le Journal du Dimanche. Servier nous l'a confirmé, il s’agira du fidèle Olivier Laureau, trente ans de maison derrière lui, discret directeur financier devenu directeur général intérimaire il y a six mois.

De quoi héritera-t-il ? D’un groupe résistant plutôt bien à la crise du marché pharmaceutique, avec un chiffre d'affaires 2013 de 4,2 milliards d’euros, en croissance de 6%, tandis que le résultat net stagnait à 324 millions d’euros. Mais son image est écornée par l’affaire Mediator, qui n’est toujours pas réglée sur le plan judiciaire. L’instruction se poursuit et des procès vont venir, tandis que le laboratoire poursuit au cas par cas les indemnisations de victimes reconnues par un collège indépendant, l’Oniam. Toutefois, ce contentieux n’a pas signé l’arrêt de mort du groupe, comme certains le prédisaient en 2011.

Une r&d à réinventer

L’avenir du laboratoire n’existera pas sans… nouveau médicament. A l’instar de plusieurs concurrents, c’est là le talon d’Achille de Servier. Certes, 2013 a été boostée par la croissance de 21% de son dernier médicament dans le cardiovasculaire, le Procoralan, qui sera lancé aux Etats-Unis par son partenaire américain Amgen. Mais ses traitements phares (Daflon, Vastarel…) ont perdu leurs brevets ou ont été déremboursés. La recherche a été réorganisée autour de cinq grandes pathologies : cancer, maladies cardiovasculaires, neuropsychiatrie (dépression, Alzheimer…), rhumatologie et métabolisme (diabète), et 14 produits sont en cours d’essais chez l’homme. Problème : le groupe ne devrait pas mettre sur le marché de nouvelles molécules avant trois ans ! Il a dû se convertir à la collaboration scientifique, lui qui était historiquement si fermé.

"La moitié de notre activité de R&D se fait à travers des partenariats et nous espérons que ce sera 100 % un jour", confie désormais Emmanuel Canet, président de la R&D de Servier. "Le laboratoire constitue un travail de consolidation de la trésorerie, afin de réaliser de futures acquisitions et la poursuite de partenariats extérieurs, confie une source. Il a beau être le deuxième acteur français, il reste petit sur le plan mondial, et n’a pas d’autre solution que de grossir". Des velléités de croissance externe que ne cachait pas Lucy Vincent, directrice des opérations extérieures, en février dernier : "Nous sommes un groupe tourné vers l’avenir, nous étudions toutes les propositions."

De nouveaux continent à conquérir

Le laboratoire de 21 000 salariés, dont 5 000 en France, ne renoncera pas à son ancrage hexagonal. 90% des principes actifs et 40% de la production des médicaments princeps (sous marque Servier) y sont encore réalisés. Si 98% de ces médicaments sont déjà consommés hors de France, le laboratoire réalise encore la moitié de ses ventes en Europe, où les gouvernements multiplient déremboursements et baisses de prix. Servier doit donc poursuivre l’accélération à l’international amorcée par Jean-Philippe Seta.

Signe positif : la Russie est devenue en 2013 sa première filiale devant la France ! Le groupe est aussi bien implanté en Chine, où se met en place une prometteuse réforme de santé pour les laboratoires occidentaux. Après s’être intéressé au Moyen-Orient, Servier part désormais à la conquête de l’Amérique du Sud. Il ne pourra pas non plus faire l’impasse sur les Etats-Unis, le plus grand marché pharmaceutique au monde, où il n’est pas directement présent et traînerait encore le dossier de l’Isoméride.

Une part de marché dans les génériques à renforcer

Si 3 milliards d’euros du chiffre d'affaires de Servier proviennent de ses médicaments princeps, la croissance est désormais portée par le succès de ses filiales dans les médicaments génériques. En 2013, Biogaran en France, Egis en Europe de l’Est, et Pharlab au Brésil ont connu une envolée de 15%, trustant 30% des ventes du groupe !

"Biogaran dispose d’une très grande présence dans les pharmacies, car il dispose du plus large catalogue de génériques et est connu pour ses remises aux officines, affirme un expert. Pour un pharmacien, cela donne aussi bonne conscience d’acheter français." Charge néanmoins au futur dirigeant de définir un équilibre stratégique entre copies de médicaments et innovation thérapeutique…

Gaëlle Fleitour

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