"Ce que propose Michel-Edouard Leclerc, c’est un statu quo qui mène à un champ de ruines", estime Serge Papin

En marge des États généraux de l'alimentation, Michel-Édouard Leclerc accuse l’industrie agroalimentaire et certains distributeurs de préparer une hausse massive des prix. L’Usine Nouvelle a interrogé Serge Papin, le PDG de Système U, qui codirige avec Danone le fameux atelier 5 : "Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs".

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Serge Papin, PDG de Systeme U - Photo d'archives

L'Usine Nouvelle - Faut-il s’attendre, comme le prédit Michel-Edouard Leclerc, à une inflation des prix en grandes surface ?

Serge Papin - Non c’est faux, c’est un coup de com’ ! Ce qui est envisagé, ce sont des mesures nouvelles pour contribuer à "sauver" l’agriculture, il n’y a pas d’autre mot. Je suis ce dossier depuis des années et suis lucide sur ce qu’il se passe : l’agriculture est parfois un peu la variable d’ajustement de la guerre des prix. Pour preuve, la marge prise sur la fameuse pâte à tartiner (le Nutella, ndlr) par la grande distribution est de moins de 4%, et celle sur les pommes d’au moins 30%. On condamne les produits de première transformation ou bruts issus de l’agriculture au profit d’une guerre sur les produits les plus connus. Il faut sortir de cette spirale infernale !

Que préconisez-vous?

Au sein de l’atelier 5, nous avons imaginé à l’unanimité de faire une proposition contractuelle nouvelle à partir d’indicateurs, qui pourraient être portés soit par les interprofessions soit par l’Observatoire des prix et des marges via FranceAgrimer. Ces propositions de ventes engageraient ensuite en cascade l’ensemble de la filière. Mais cela ne conduirait pas à une augmentation du prix du caddy au global.

Donc ce projet de "marge minimale pour tous les produits de consommation courante", de 15 ou 17%, n’existe pas ?

Ce que nous proposons, c’est que le seuil de revente à perte (SRV) soit relevé avec un coefficient que j’ignore encore, car il est toujours discuté au sein de l’atelier 7. Et il ne s’agit que de projets ! Si le SRV remontait, cela augmenterait le prix de quelques grandes marques comme Nutella et surtout les produits en forte promotion, et par conséquent permettrait de dégager des marges de manœuvre pour les produits agricoles, ce serait une meilleure répartition.

Cela concernerait-il tous les produits, comme les shampooings, ou seulement l’alimentaire ?

J’ignore encore le périmètre de ce projet sur le seuil de vente à perte. Mais même si les produits de grande consommation comme les cosmétiques étaient inclus, cela n’engendrait pas d’augmentation des prix réels, car ils ne sont pas vendus au SRV. Ce que dit Michel-Edouard Leclerc, c’est comme si tous les produits étaient vendus aux prix coûtants, ce qui est faux !

Vous partagez donc les propositions de l’industrie de redéfinir le SRV et d’encadrer les promotions. Et sa volonté de mettre "sous surveillance" les centrales d’achats de la grande distribution basées à l’étranger ?

Je ne suis pas gêné avec cela, la surveillance nous l’avons déjà dans tous les sens. Et les grandes marques ne se gênent pas pour dire la contribution qu’elles versent à l’international par rapport aux négociations commerciales.

Qu’attendez-vous en échange de la part de l’industrie ?

C’est là tout l’enjeu de ces nouveaux contrats : il faut que l’on soit sûr que la cascade contractuelle bénéficie bien aux producteurs. Et que tout cela soit basé sur une expérimentation, qu’on fasse le point dans deux ans. On ne peut pas ne pas bouger : ce que propose Michel-Edouard Leclerc, c’est un statu quo. Or on sait bien qu’il mène à un champ de ruines pour les agriculteurs. Ce n’est pas facile de trouver un compromis, ça l’est plus d’hurler aux loups.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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