Economie

Ce que livre François Hollande sur l'industrie...

Gaëlle Fleitour

Publié le

"Changer de destin", l'ouvrage du candidat socialiste à la présidentielle, vient d'être publié. L'Usine Nouvelle s’est arrêté sur les nombreuses références à l'industrie, parmi des propositions qui manquent parfois de clarté.

Ce que livre François Hollande sur l'industrie... © D.R.

Ne vous fiez pas à son titre. "Pour que les Français me fassent confiance, ils doivent davantage me connaître" annonce François Hollande au dos du livre "Changer de destin" publié aux éditions Robert Laffont. En fait, de la vie du candidat PS, on n'apprendra pas grand-chose. Le destin dont il parle n’est pas vraiment le sien.

Dans un style qui aurait parfois pu être allégé, il évoque surtout les enjeux qu'il perçoit pour la France. Et fait la part belle à l'industrie. "Le redressement financier dépend aussi du redressement économique. Et pour moi, l'économie, même si tous les secteurs comptent, c'est d'abord l'industrie." Le ton est donné.

Le revenu des ouvriers en question
"Je concentrerai les effectifs et les investissements publics sur l'école, la sécurité, la recherche, l'industrie et la technologie, annonce François Hollande dans les premières pages de son livre. A la différence des conservateurs, je veillerai à ce que l'effort industriel et technologique soit appuyé sur l'amélioration du sort des ouvriers et des employés et non sur une précarité supplémentaire et une baisse du pouvoir d'achat."

Des mesures qu’il compte exécuter avec l'ouverture d'une conférence nationale sur les revenus juste après son élection. Car pour lui, ce "n'est pas seulement une affaire de justice sociale, pas plus que la mise en œuvre prioritaire d'une vaste réforme fiscale plus redistributive. Il en va aussi de la santé de l'économie et de l'emploi."

Réhabiliter l’industrie dans la société
Mal préparée à la mondialisation, selon lui, la France a connu en dix ans une désindustrialisation continue. Et l’industrie a souffert d’un procès d’intention. "L'oubli de la culture technique, la condescendance á l'égard des ingénieurs qu'on jugeait dépassés par la finance et le marketing, l'effacement de la machine comme objet de modernité, ont relégué l'industrie au bas de la hiérarchie des valeurs culturelles. Sans cesse présentée comme un monde dépassé, elle est devenue le parent pauvre de la pensée économique française", estime François Hollande.

Pour lui, c'est le rôle de la gauche de réhabiliter le savoir-faire, la culture technique, la conscience laborieuse.

Incantation en faveur de l’innovation
Le candidat socialiste reconnaît que les couts de production entrent en ligne de compte dans la comparaison entre concurrents. Et que la France a certains défauts. "Le financement de notre protection sociale sur le seul travail est un handicap. Je sais aussi que l'excessive rigidité peut favoriser le chômage. (...) Mais qui peut croire qu'une baisse continue des coûts salariaux - faut-il s'aligner sur la Chine, sur l'Inde - serait le remède à notre mal ?"

François Hollande préconise donc d’accroitre, dans la valeur ajoutée industrielle, la part de l'innovation, de la transformation et de la qualification. "L'Allemagne ne paie pas ses ouvriers plus mal que la France, croit-il savoir. C'est la culture industrielle, la spécialisation, la qualité, qui font la différence."

Financer la réindustrialisation
La politique de réindustrialisation prônée par le candidat socialiste conjuguerait donc réhabilitation du travail manuel, promotion du savoir technique, apprentissage, ouverture de l'école et de l'université sur l'industrie (mais il ne précise pas comment...), aide aux PME en développement, et instauration de nouveaux mécanismes de financement "assis sur la Banque publique régionale d'investissement que je créerai dès mon élection". Des mesures couteuses, on l'imagine, mais le candidat ne donne aucun chiffre dans son ouvrage...

Pour un patriotisme industriel
"Arnaud Montebourg a discerné bien avant François Bayrou les excès du libre-échange, dont je tiens le plus grand compte", affirme le candidat socialiste. S'il se dit résolument hostile au protectionnisme, qui "renchérirait les prix et casserait à terme la dynamique du commerce mondial", le candidat PS lui préfère un "patriotisme industriel".

Avec des règles du jeu à respecter pour introduire un produit en Europe : le respect des normes sociales et environnementales dans la fabrication des produits et une concurrence loyale. François Hollande appelle à "un pacte productif qui mobilise toutes les forces: entreprises, partenaires sociaux, Etat et collectivités locales sans oublier le secteur financier".

Concilier environnement et nucléaire
"L'incertitude et la timidité de la politique d'environnement menée par les gouvernements successifs de la droite ont encore accusé notre retard industriel", affirme l’ancien patron du PS. Qui préconise donc d’investir dans un mode de vie protecteur pour la planète, pour relancer  la croissance. En misant notamment sur une modernisation de nos sources d'énergie.

François Hollande revient donc sur le couac qui a accompagné la signature de l'accord national entre le PS et Europe-Ecologie. "A la différence des Verts, je ne crois pas qu'il soit sage et réaliste de programmer ce qu'il est convenu d'appeler "la sortie du nucléaire". Nous ne pouvons pas arrêter brutalement les centrales actuelles, sauf à menacer l'emploi et à compromettre l'indépendance énergétique du pays."

Pas question non plus, selon lui, d’interrompre la construction de l'EPR de Flamanville alors que plusieurs milliards ont déjà été engagés, et que cette technologie nouvelle recèle des perspectives utiles. "Je me suis engagé à ramener à 50% de la production d'électricité la part produite par le nucléaire avant 2025 et à développer en proportion les énergies renouvelables. Ni plus ni moins. J'ai donc refusé de signer cet accord tant qu'une ambiguïté subsistait."

Conforter l’arme nucléaire
L’ouvrage ne fait pas allusion à l’annonce par l’Inde de l’achat des Rafales. Ni au transfert de technologies l’accompagnant, tant décrié par Arnaud Montebourg. Mais pour François Hollande, l’attachement à notre force nucléaire est clair.  "L'armée de l'air française dispose avec le Rafale équipé du missile ASMP-A de l'un des meilleurs outils de défense au monde. Depuis 2010, la force nucléaire aéroportée est opérationnelle sur le porte-avions Charles-de-Gaulle. Ces composantes, sous-marine et aérienne, seront confortées."

Remplacer Hadopi par une contribution globale
Dommage que François Hollande ne s’étende pas sur les enjeux de l’économie numérique. Il promet simplement de remplacer la loi Hadopi par une loi signant "l'acte 2 de l'exception culturelle française", imposant une contribution à tous les acteurs de l'économie numérique. "Nous ne parviendrons pas à la juste rétribution de la création immatérielle si nous n'y associons pas ceux qui en profitent le plus directement, c'est à dire les fournisseurs d'accès et les fabricants de matériel." A bon entendeur…

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