"Ce n’est pas un choc de compétitivité, mais une petite impulsion"

Après les déclarations du premier ministre, Pierre Gattaz, président du GFI et de l’entreprise Radiall réagit au plan proposé par le gouvernement.

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L'Usine Nouvelle - Quelle est votre appréciation de la mesure proposée par Jean-Marc Ayrault en faveur de la compétitivité coût ?
Pierre Gattaz - La déclaration de Jean-Marc Ayrault va dans le bon sens. La réalité des entreprises, en particulier industrielles, est prise en compte. Mais sur les mesures, au GFI, nous sommes déçus. Il y a un petit pas qui est fait. En valeur, il s’agit d’alléger les entreprises de 20 milliards alors que nous proposions 50 milliards et que le rapport Gallois plaidait pour 30 milliards.

En termes de timing, cela va s’étaler sur deux ou trois ans et cela ne démarrera pas avant 2014, donc on perd un an. Sur la nature même du dispositif, il ne s’agit d’un allègement de charges mais d’un crédit d’impôt, c’est dérogatoire, il peut y avoir un sujet sur sa pérennité.

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Enfin, il est question d’une taxe écologique, ce qui nous inquiète un peu nous dans l’industrie.

Le crédit d’impôt compétivité cible les salaires jusqu’à 2, 5 Smic, est-ce suffisant pour l’industrie ?
C’est en dessous de ce que nous espérions, mais c’est un premier pas réaliste. Il y a eu beaucoup de commentaire sur le fait que le rapport Gallois allait être enterré, nous reconnaissons que cela n’a pas été l’attitude du gouvernement. Il a réagi dès le lendemain et a pris en compte, un grand nombre des propositions de Louis Gallois.

Mais finalement vous n’avez pas eu le choc espéré ?
Non, ce n’est certainement pas un choc, c’est un début, une petite impulsion. Nous espérons que l’on pourra rouvrir la question du financement de la protection sociale avec les propositions du Haut conseil qui lui est dédié. Il y a aussi la négociation sociale en cours qui est très importante pour nous permettre de développer nos entreprises, dans un climat de confiance.

Le crédit d’impôt n’est pas conditionné, n’avez-vous pas peur que cela soit assimilé à un "cadeau fait aux patrons" ?
Il faut arrêter d’être dans la défiance en permanence. Les PME industrielles française ont des niveaux de marges dramatiques, à 21 % c’est deux fois moins que les PME allemandes. Nous avons besoin d’oxygène. Il faut saluer le pragmatisme de cette décision qui fait confiance aux entrepreneurs, ce sont à 95 % sont des gens qui ont pour seul objectif de développer leur entreprise.

Mettre des conditions, c’était mettre encore des contraintes, de la complexité. Nous ne vivons pas en vase clos, il faut que les gens aient envie d’investir sur le territoire français. Nous étions favorables à une éventuelle modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction des investissements réalisés. Mais il faut que cela soit incitatif, pas coercitif.

Qu’est ce qui retient encore votre attention dans les déclarations du Premier ministre ?
L’idée de donner un cap aux filières et de mettre le Conseil National de l’industrie au cœur du dispositif est très important. L’Etat doit organiser la réflexion stratégique en utilisant mieux la CNI qui fait un travail formidable. Le Conseil National de l’industrie c’est une instance à la fois tripartite et de terrain. Il nous fait absolument un cap sur des filières comme le numérique, la santé, l’énergie, la chimie verte …

Est-ce le job du ministre du Redressement productif ?
En partie mais pas seulement, car les filières dépendent d’un grand nombre de ministères différents. Donc c’est de l’interministériel, c’est Matignon qui doit rester à la manœuvre avec l’appui du Commissariat général à l’Investissement présidé par Louis Gallois.

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