Casablanca, cité financière...

La principale métropole économique du royaume chérifien se rêve en pôle financier d’envergure. Plus de 40 entreprises à visée internationale ont répondu présent, alléchées par un régime fiscal discount. Analyse de ces enjeux dans cet article publiée dans le supplément de L'Usine Nouvelle paru le 26 juin consacré à l'économie du Maroc.

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Casablanca, cité financière...
Saïd Ibrahimi, le directeur général de CFC, veut développer un « écosystème complet » autour de Casablanca, place forte des affaires en Afrique.

Un vaste quartier financier à l’échelle du continent, sorte de Wall Street façon chérifienne… tel est le projet des pouvoirs publics et du « big business » à Casablanca. Cette cité financière casaouite se situera sur le site de l’ancien aéroport Anfa, là où se posait Jean Mermoz.

Un vaste plan d’aménagement piloté par l’État, via son bras armé la Caisse de dépôt et de gestion, y prévoit la création sur 350 hectares d’une ville dans la ville, Casa Anfa.

En son sein, 50 hectares sont réservés à ce quartier financier. La première tranche est attendue début 2017, faisant la part belle à une architecture d’avant-garde ou aux « green buildings », avec 500 000 mètres carrés de bureaux prévus.

Derrière ce projet: Casablanca Finance City (CFC), la société créée par le gratin de la finance et les pouvoirs publics pour promouvoir la place de Casablanca. Son directeur général Saïd Ibrahimi, 58 ans, un Centralien qui fut Trésorier royal prévient: "CFC, c’est tout sauf une simple opération immobilière. L’ambition va bien au-delà".

Cette ambition, c’est celle de faire de la Ville blanche un hub des affaires pour l’Afrique du Nord et de l’Ouest via un cadre institutionnel et fiscal attractif.

"Cela s’appuie sur une réalité", lance Saïd Ibrahimi, "Casablanca est déjà une place financière qui compte sur le continent et la 62e au plan mondial selon le classement GFCI. Nos trois plus grandes banques – Attijariwafa, BMCE, BCP –, toutes présentes au sud du Sahara, figurent parmi les 15 premières d’Afrique. Sur ce noyau, nous voulons développer un écosystème complet".

Son contenu ? Des banques d’investissement et d’affaires, fonds de private equity, gestionnaires d’actifs ou assureurs et tous les services de haut vol idoines, comme les grands auditeurs ou avocats d’affaires. D’ici à 2030, cela représenterait 25 000 emplois hautement qualifiés, cinq fois plus qu’aujourd’hui.

Une place boursière dynamique

Le liant de ce petit monde en costume foncé et col blanc ? Le label CFC, un sésame auquel sont éligibles les seuls opérateurs de dimension internationale.

La carotte de ce statut créé par la loi n° 44-10? Un package fiscal attractif comprenant une franchise d’impôt pendant cinq ans sur les activités hors Maroc, puis un taux réduit à 8,75%. À cela s’ajoutent des facilités de visas, la liberté des changes, des procédures simplifiées ou une taxe "light" pour les sièges sociaux, car le label est ouvert aux multinationales optant pour Casablanca comme base régionale.

Après un démarrage timide en 2012, une quarantaine d’entreprises sont labellisées. Parmi elles, les grandes banques du Maroc, mais aussi BNP Paribas Investment, l’assureur américain AIG, la Coface, le BCG ou le cabinet Baker&McKenzie. Et le vivier grandit de mois en mois.

la quatrième place en afrique

"Le but est qu’un investisseur trouve ici les financements, services et compétences pour piloter ses affaires ou mener des deals dans la région", explique Saïd Ibrahimi.

La Bourse de Casablanca, la quatrième en Afrique derrière Johannesburg, Lagos et Le Caire, est de la partie. Sa capitalisation affiche 40 milliards d’euros, soit environ 50% du PIB du Maroc, mais elle souffre d’un manque de liquidités et a tout à gagner avec ce projet.

"Dans cette optique, nous allons adapter notre réglementation pour, par exemple, permettre aux émetteurs des doubles cotations avec d’autres Bourses africaines", indique Karim Hajji, le directeur général de la Bourse de Casablanca. Il y a du travail, car une seule société étrangère, tunisienne, est cotée à Casablanca.

Reste que la concurrence sera rude avec le sud du continent. Johannesburg, un colosse, a des vues panafricaines; Lagos, en plein boom, projette de créer un quartier de la finance; Abidjan ou Accra, plus modestes, veulent grandir. "L’Afrique se développe fortement. Il y a de la place pour tous. Nous comptons bien figurer aux premiers rangs", prévient Saïd Ibrahimi.

Pierre-Olivier Rouaud, à Casablanca

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