Carrefour, le colossal chantier de Georges Plassat

par Pascale Denis

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PARIS (Reuters) - Les actionnaires de Carrefour devraient laisser les mains libres à Georges Plassat pour redresser le groupe de distribution, un chantier colossal même pour ce professionnel aguerri et reconnu.

Le conseil d'administration, réuni dimanche, a entériné le remplacement de Lars Olofsson par le patron de Vivarte, artisan du redressement du groupe de chaussures et d'habillement (André, Minelli, La Halle aux vêtements, Kookaï, Naf-Naf) et très bon connaisseur de la distribution.

Après avoir évincé Jose-Luis Duran, le financier, et choisi Lars Olofsson, le spécialiste du marketing, les grands actionnaires de Carrefour, Groupe Arnault (holding familiale du PDG de LVMH Bernard Arnault) et le fonds Colony Capital, ont finalement opté pour le professionnel reconnu.

Mais la tâche qui attend Georges Plassat n'est pas mince, car le navire Carrefour prend l'eau de toutes parts et la dégradation de la conjoncture économique en Europe accroît encore la difficulté.

Lui-même avoue être "tout à fait conscient de l'ampleur de la mission à mener à bien, qui nécessitera le concours de toutes les forces vives de l'entreprise".

Pour y parvenir, le charismatique Georges Plassat a d'incontestables atouts, y compris celui de savoir manoeuvrer avec les pressions d'actionnaires (il a dirigé Vivarte sous LBO avec PAI Partners). Sa force de caractère et son professionnalisme seront aussi des qualités de poids.

Car il hérite d'un groupe qui a enchaîné revirements stratégiques et avertissements sur résultats, qui a perdu son attractivité en France, son principal marché, et qui donne aussi des signes de faiblesse dans les pays émergents.

"L'homme providentiel existe peut-être, mais quelles que soient ses qualités, il n'y aura pas de miracle et il faudra être patient", estime un analyste qui a souhaité garder l'anonymat.

Pour Nicolas Champ, de Nomura, "il faudra du temps pour que les performances se redressent et pour que les investisseurs croient à nouveau à une histoire de reconquête".

En France, les ventes - qui comptent pour 43% du chiffre d'affaires et constituent le gros point noir du groupe - ne cessent de baisser, et Carrefour a vu sa part de marché reculer de 0,8 point l'an dernier, à 21,8%, au profit de son grand concurrent Leclerc.

ABANDON PROBABLE DE PLANET

Planet, le nouveau concept d'hypermarchés censé redynamiser les ventes, notamment des produits non alimentaires durement concurrencés par les enseignes spécialisées et le e-commerce, n'a pas donné les résultats espérés et son déploiement pourrait être purement et simplement abandonné.

"Planet était à la fois irréaliste et trop coûteux. Georges Plassat devrait arrêter les frais", commente Natalie Berg, de l'institut Planet Retail.

Les très lourds investissements destinés à Planet pourraient ainsi être mieux utilisés, notamment dans les prix, pour combler l'écart persistant avec Leclerc, Carrefour souffrant toujours d'un mauvais positionnement de prix.

Même dans les pays émergents, Carrefour déçoit. Après des fraudes comptables au Brésil, les relais de croissance n'ont pas joué à plein : le groupe a vu ses ventes reculer en Chine l'an dernier, à magasins comparables.

Le distributeur souffre aussi de maux plus structurels, comme sa surexposition au format d'hypermarchés (56% des ventes en France en 2011) et aux marchés matures à faible croissance (l'Europe dans son ensemble pèse pour 72% des ventes).

Concurrencé par des formats de proximité, ses hypers subissent aussi la redoutable concurrence des groupements d'indépendants, comme Leclerc, Auchan ou Système U, qui rognent leurs marges pour baisser leurs prix.

LES ACTIONNAIRES "REDORENT LEUR BLASON"

Le groupe a aussi, de l'avis des experts, pris un important retard sur le "drive" (commandes de produits sur internet, que les clients viennent ensuite chercher dans des dépôts), qui constitue pourtant le principal relais de croissance des distributeurs indépendants, et sur le e-commerce.

Enfin, le nouveau patron de Carrefour devra remotiver un personnel très démobilisé et repenser un modèle trop centralisé, dans un secteur de la distribution qui exige de pouvoir piloter les magasins avec souplesse.

En choisissant un professionnel réputé, qui a fait ses preuves dans l'alimentaire (il a passé 14 ans chez Casino) comme dans la chaussure et l'habillement (Georges Plassat a redressé Vivarte), les actionnaires de Carrefour devraient aussi apaiser les spéculations sur un éventuel démantèlement du groupe.

Essuyant de très lourdes pertes sur leur investissement (leur prix d'entrée avoisine les 47 euros et le cours de Carrefour oscille aujourd'hui autour de 18 euros), Groupe Arnault et Colony ont jusqu'ici largement pesé sur la stratégie, avec des projets très contestés de mise en Bourse des actifs immobiliers ou de scission des actifs de hard discount.

Un interventionnisme qui, aux dires des analystes, n'a guère facilité le pilotage du groupe et a donné prise à des rumeurs récurrentes de vente par blocs.

Pour Christian Devismes, analyste de CM-CIC Securities, "le conseil de Carrefour semble enfin abandonner sa quête de martingales financières et autres chimères ; mieux vaut tard que jamais".

Une façon, ajoute cet analyste, de "redorer leur blason".

Edité par Dominique Rodriguez

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