Carole Couvert, une communicante de choc, prend la tête de la CFE-CGC

Christophe Bys ,

Publié le

Le congrès du syndicat des techniciens et des cadres a élu, mercredi 16 avril, lors de son congrès à Saint-Malo sa nouvelle direction emmenée par Carole Couvert. C'est la défaite de la coalition industrielle du syndicat qui n'obtient "que" 40 % des suffrages. La nouvelle présidente entend changer les modes d'action syndicaux et propose même de changer le nom de la confédération.

Carole Couvert, une communicante de choc, prend la tête de la CFE-CGC © DR

C'est une première pour la CFE-CGC et une singularité dans le paysage actuel des syndicats de salariés. Le syndicat catégoriel des cadres et des techniciens est désormais le seul à avoir à sa tête une femme, en la personne de Carole Couvert. Elle et son équipe ont été élus avec 59,7% des voix contre le trio concurrent mené par François Hommeril.

Du point de vue de la féminisation, le syndicat fait coup double puisqu'aux côtés de Carole Couvert figurera Marie-Françoise Leflon qui a été élue secrétaire générale du syndicat. Franck Zid sera le seul homme de ce triumvirat au poste de trésorier.

13 fédérations contre 3

C'est finalement une victoire sans surprise, Carole Couvert revendiquant le soutien de 13 fédérations quand son concurrent, François Hommeril, était lui soutenu par trois (la puissante fédération de métallurgie, celle de la chimie, et celle de la construction), qui n'ont donc pas réussi à imposer leur candidat.

Il est vrai que son François Hommeril est parti tardivement quand la nouvelle numéro 1 affichait ses ambitions depuis bien longtemps, multipliant les coups d'éclat, comme le procès du syndicalisme interprété par des acteurs, ou des happenings dans la rue pour aller chercher les salariés au plus près du terrain. De quoi nourrir les critiques de ceux qui s'opposaient à elle, lui reprochant de privilégier la communication au fond des dossiers. Maintenant qu'elle est en poste, ils pourront vérifier.

La secrétaire générale devient présidente

Jusqu'ici, cette tout juste quadragénaire, venue de l'industrie gazière, était numéro deux de la confédération aux côtés de Bernard van Craeynest, le président sortant qui ne se représentait pas. Comme secrétaire générale, elle avait présenté plus tôt dans l'après-midi le rapport d'activité de la présidence sortante, approuvé à 87,6 % des délégués présents. Le rapport financier avait été plus disputé n'obtenant que 63,7 % des voix, sorte de préfiguration du résultat final.

Dans une organisation millimétrée, évoquant davantage une convention d'entreprise ou un show télévisé qu'une assemblée générale étudiante, les délégués eurent même le droit à une bataille comme on les aime désormais dans les télécrochets. Le solide Gabriel Artero de la fédération de la métallurgie venant poser une question sur le rapport financier, question qui sonnait comme un réquisitoire contre la candidate de l'autre camp, Carole Couvert. Un des objets de la question : le procès du syndicalisme, cet événement qu'elle avait initié et dont le budget aurait été largement dépassé pour l'homme de l'industrie. Celle qui n'était pas encore la nouvelle présidente a défendu son choix.

Un succès à l'applaudimètre

Pour elle, le dépassement du budget initial s'explique par le succès obtenu par la manifestation qui a été demandé par 13 villes, quand le budget initial ne concernait que les coûts fixes de l'opération. Un débat technique en apparence, alors que l'enjeu était ailleurs. La réponse de Carole Couvert s'est clos sous les applaudissements nourris de la salle, un succès à l'applaudimètre qui laissait peu de doute sur l'issue du scrutin pour la nouvelle direction, qui approuve la ligne qu'elle promeut.

C'est la ligne d'un syndicalisme qui va à la rencontre des citoyens, organisant des manifestations événementielles que contestait Gabriel Artero visiblement plus attaché à un syndicalisme traditionnel à base de tractages, de travail de terrains dans les entreprises. D'ailleurs, un représentant de la fédération de l'énergie, celle de Carole Couvert, a indiqué que l'on votait dans certaines élections (TPE notamment) "sur un sigle, pour une marque". Un vocabulaire qui évoque davantage une agence de marketing qu'un syndicat à l'ancienne.

Deux styles de communication

Paradoxalement, sur le fond des programmes des uns et des autres, les échanges ont été globalement plus feutrés. Est-ce parce que les opposants à Carole Couvert savaient que les jeux étaient faits ? François Hommeril et son équipe sont apparu plus en retrait lors de leur présentation. Il a exprimé son opposition à l'idée d'une réforme de la formation qui profiterait davantage aux non qualifiés au détriment des cadres. On forme les cadres pour les aider à monter en compétence, a-t-il expliqué, ce qui profite à la compétitivité des entreprises. De même, pour la réforme des retraites, il s'est opposé à l'idée d'un allongement des cotisations.

Carole Couvert, avec sa présentation power point, confirmant un véritable talent de communicante, a déroulé une présentation très carrée et proposant beaucoup. Reprenant l'idée de démocratie participative, elle a lancé des pistes sans toujours préciser les contours précis de l'action à venir. Dans la conférence de presse organisée après l'élection, elle a plusieurs fois répondus aux questions en expliquant qu'elle n'entendait pas tout décider tout de suite, qu'elle allait créer des groupes de travail...

Carole Couvert veut changer le nom du syndicat

Il est cependant certain que le programme de son équipe vise à protéger l'emploi et le pouvoir d'achat des cadres. Pour cela, elle mise beaucoup sur la communication des bonnes et des mauvaises pratiques des entreprises, espérant que le risque de réputation les conduise à être plus vertueuses. Elle a aussi évoqué la création d'un prix que remettrait le syndicat aux entreprises "d'avenir", selon les mots de Carole Couvert. Tout aussi original, elle a évoqué la création d'un fond d'investissement éthique que superviserait ou gérerait le syndicat. Sans oublier l'annonce choc de la journée : la proposition de changer le nom du syndicat, en concertation avec l'ensemble des adhérents. Toujours dans le même ordre d'idées, un séminaire devrait être très prochainement organisé pour définir la stratégie à suivre.

La tâche la plus urgente de la nouvelle équipe dirigeante va être de réconcilier les perdants et les gagnants. Lors des questions de la salle, plusieurs intervenants ont manifesté leur inquiétude à ce sujet, indiquant que la division avait inquiété de nombreux adhérents. Carole Couvert a rappelé qu'elle avait voulu faire une liste unitaire, allant rencontrer les fédérations de la mécanique, de la chimie et de la construction pour leur proposer de s'associer avant le vote. "Je n'y suis pas allé pour beurrer les tartines", a-t-elle expliqué. Désormais, il lui faudra recoller la porcelaine. Là encore, elle s'est engagée à le faire au plus vite, sans toutefois indiquer si des postes pourraient être attribués à ses concurrents pour la présidence. "Notre intérêt maintenant est de nous développer, pas de nous diviser", estime-t-elle.

Objectif : redevenir le premier syndicat dans l'encadrement

Les échéances qui l'attendent sont multiples dans les prochains mois : grande conférence sociale en juin, réforme des retraites, de la formation professionnelle. Les sujets de négociation ne manqueront pas dans les mois à venir. D'autant que pour la mandature, la nouvelle direction affiche un objectif ambitieux en voulant "redevenir le premier syndicat dans l'encadrement". Les résultats de la représentativité syndicale l'ont classé au quatrième rang au niveau national, et troisième sur le collège cadres, derrière la CGT et la CFDT. Pour réussir, la réconciliation sera un impératif.

Christophe Bys

Qui est Carole Couvert ?
A 40 ans, Carole Couvert est la première femme à diriger la CFE CGC. Diplômé de l'école supérieure du management, elle a obtenu deux années de suite le premier prix du concours marketing des dirigeants de France. Sa carrière débute en 1994 chez EDF, puis chez GDF. Très vite elle prend des responsabilités syndicales, devenant en 2000 vice-présidente de la fédération CFE CGC des industries électriques et gazières pour la Côte d'Or. En 2003, elle devient déléguée nationale pour l'égalité professionnelle. C'est en 2010 qu'elle est devenue secrétaire générale de la confédération. Parallèlement, elle est devenue cadre dirigeant chez GDF Suez, à la suite d'un assessement "très haut potentiel".
Source : biographie fournie par la CFE-CGC

 

 

 

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1 commentaire

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18/04/2013 - 13h52 -

"[...] une singularité dans le paysage actuel des syndicats de salariés. Le syndicat catégoriel des cadres et des techniciens est désormais le seul à avoir à sa tête une femme [...]" Vraiment ? Combien de syndicats connaissez-vous ?
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