Les Assises de l'industrie

Carmat, pépite de l’année 2011

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

Introduction en Bourse, industrialisation de son cœur artificiel, augmentation de capital?: depuis un an et demi, Carmat a réussi tous ses projets.

Carmat, pépite de l’année 2011 © DR

Carmat n’est pas une start-up comme les autres. Si en novembre 2010 (deux ans après sa création) elle a pu débuter la production de ses cœurs artificiels, ce n’est pas le fruit du hasard ! C’est la concrétisation du rêve d’un visionnaire, le professeur Carpentier, qui a été capable d’unir les forces d’industriels, de scientifiques et de financiers de haut vol. Un homme qui a su s’entourer des bonnes personnes et les convaincre d’investir à long terme.

Tout commence en 1988. Alain Carpentier, créateur des valves cardiaques biologiques, dépose un brevet sur le cœur artificiel. Rapidement, il réalise que son expérience médicale ne suffit pas : il a besoin d’une plate-forme technologique. C’est Jean-Luc Lagardère, le président de Matra (devenu EADS), qui va la lui apporter. Les arguments d’Alain Carpentier ont fait mouche : seule une industrie sachant marier les matériaux, la miniaturisation et l’électronique, mais aussi tester ses produits pour qu’ils fonctionnent en permanence une fois lancés, peut l’aider dans son entreprise… Le portrait sied parfaitement à l’aéronautique. Ce sont les équipes de Matra qui l’aident à concevoir son cœur artificiel, comprenant les ventricules, les actionneurs et une électronique de commande embarquée. L’industriel ne mégote pas. Il met les compétences nécessaires au service de ce projet hors normes. Et en 1993, il fonde
le GIE Carmat (contraction de Carpentier et de Matra).

Mobilisation d’investisseurs publics et privés

Véritable pépite, le projet est pourtant porté de façon très confidentielle par quelques responsables d’EADS, même s’il nécessite des ingénieurs expérimentés et dédiés pour progresser. Contactés en 2001, ces derniers tombent des nues. "Lorsqu’on m’a informé de ce projet atypique et que Matra Défense travaillait dessus depuis des années, je n’en revenais pas !", témoigne Patrick Coulombier,
à l’époque directeur de deux programmes internationaux dans le domaine de la défense chez MBDA (ex-Matra Défense). Emballé, il constitue une équipe de 12 ingénieurs aux expertises complémentaires : conception système, matériaux biocompatibles, polymères particuliers, technologies embarquées… À charge pour eux d’optimiser le prototype.

Mais l’investissement des deux partenaires (pas moins d’une quinzaine de millions d’euros entre les capitaux injectés et les prestations intellectuelles réalisées par EADS et le laboratoire du professeur Carpentier) ne suffit pas pour financer ce projet très capitalistique. Ils tentent alors un gros coup : convaincre Oséo de débloquer 33 millions d’euros, soit la plus grosse aide qu’elle ait apportée à une PME ! Les porteurs du projet vont jusqu’à défendre leur dossier devant la Commission européenne… qui donne son aval, "avec les félicitations du jury". La machine est lancée. Et le conseil général des Yvelines verse à son tour une subvention de 1,5 million d’euros.

L’argent public ne suffit pourtant pas. Reste à convaincre des investisseurs privés. Jean-Claude Cadudal, le directeur des opérations internationales d’EADS jusqu’en 2008, devenu président de Carmat, contacte alors un scientifique et financier renommé : Philippe Pouletty, le fondateur et dirigeant du fonds d’investissement Truffle Capital, spécialisé dans les spins-offs technologiques. "J’ai rapidement compris que le projet répondait à un vrai besoin, raconte cet ancien docteur en immunologie. J’ai été convaincu par son niveau de technologie très élevé et les compétences du management."

Truffle se lance dans l’aventure. En 2008, il cofonde Carmat SA avec EADS et Carpentier, qui injectent respectivement 5 millions, 2 millions et 0,5 million d’euros. Truffle réinvestit 3 millions d’euros deux ans plus tard. Le fonds est tellement sûr de son potentiel qu’il pousse la société à se coter en Bourse. Le meilleur moyen pour accroître sa notoriété et attirer des particuliers. En juillet 2010, Carmat déboule sur Alternext et lève près de 15 millions d’euros. "Preuve que des spécialistes de la chirurgie cardiaque croient en notre projet : Marie Lannelongue (le seul hôpital privé autorisé à faire des transplantations cardiaques en France) a investi dans cette opération", se souvient Patrick Coulombier. La start-up a foi en son succès et malgré un environnement dégradé récolte 29 millions d’euros lors d’une nouvelle augmentation de capital à l’été 2011. Désormais, près de 7 000 petits actionnaires sont partie prenante du rêve de Carmat.

Une équipe d’ingénieurs de haut vol

Il ne manquait plus qu’une équipe de choc pour réussir l’industrialisation. Chez EADS, les ingénieurs de 15 à 20 ans d’ancienneté, qui travaillaient sur le projet depuis 2001, ont accepté de tenter l’aventure et de quitter le giron de l’industriel pour intégrer la spin-off installée à Vélizy.

Ils sont associés à son capital via des BSPCE (stock-options des PME). Et sont encadrés par un binôme aéronautique et médical : Patrick Coulombier, devenu le directeur général adjoint, et Marcello Conviti, un Italien issu du monde du dispositif cardiovasculaire recruté comme directeur général : "C’était une opportunité exceptionnelle d’apporter ma crédibilité, mon réseau et mon savoir-faire.

Financée jusqu’en 2013, l’entreprise doit maintenant tenir sa promesse : produire 400 prothèses par an d’ici à trois ans… Si les autorités sanitaires donnent leur feu vert, elles pourraient être commercialisées 160 000 euros l’unité en Europe dans deux ans. Mais pour voir des cœurs produits à la chaîne, il faudra attendre 2015.

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1 commentaire

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19/10/2011 - 23h13 -

Et ne pas oublier le très révolutionnaire stent auto-apposant de STENTYS, qui supprime la mal-apposition dans près de 30% des interventions, réelle malchance et double peine pour les patients.
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