"Carlos Ghosn, un talent plus politique que stratégique", selon Frédéric Fréry

Frédéric Fréry, professeur de stratégie à l’ESCP Europe, souligne le talent politique de Carlos Ghosn, qui malgré les échecs de sa stratégie, est toujours à la tête de Renault.

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L’Usine Nouvelle - La stratégie de Renault a-t-elle été si mauvaise ces dernières années, pour amener le groupe à supprimer 7500 postes, soit l’équivalent de deux usines moyennes ?

Frédéric Fréry - Carlos Ghosn avait décidé de faire des véhicules à marge. Il n’a pas réussi : le Vel Satis n’a pas eu de successeur, le haut de gamme Renault est aujourd’hui réalisé sur des modèles Samsung. Si Renault réussissait à vendre ces voitures chères, il pourrait payer les coûts salariaux français. Or, si Renault a gagné de l’argent ces dernières années, c’est grâce à Dacia.

C’est une rupture historique par rapport au modèle fordiste : bien payer ses ouvriers pour qu’ils achètent les voitures produites. Aujourd’hui, ceux qui achètent des voitures ne sont pas ceux qui les fabriquent. Et ce qui est paradoxal, c’est que le succès de Dacia est un succès stratégique qui n’a pas été voulu par la direction de Renault.

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La stratégie low-cost est pourtant clairement assumée par la direction actuelle ?

Dacia a été lancée par Louis Schweitzer quand le groupe a racheté l’usine roumaine de Pitesti [en 1999, ndlr]. Il fallait faire tourner l’usine et à la même période, la Roumanie a interdit l’importation de véhicules d’occasion. C’était un boulevard pour la Dacia Logan. Mais Carlos Ghosn n’en voulait pas, la Logan était surnommée "la voiture Frankenstein", jugée très laide, car elle empruntait des pièces à d’autres modèles.

Cependant, comme elle a été conçue en Roumanie, elle a été ignorée par les ingénieurs du Technocentre, considérée comme négligeable. C’est pour ça qu’elle n’a pas été tuée dans l’œuf. Carlos Ghosn a, lui, continué sur la dynamique du haut de gamme, tout en mangeant son chapeau et acceptant le succès de Dacia. Si Renault a tout misé sur l’électrique, c’est pour montrer que le groupe pouvait encore innover, se racheter une légitimité quand le reste de la stratégie cafouillait.

Si l’orientation donnée par Carlos Ghosn n’a pas fonctionné, pourquoi est-il toujours à la tête du groupe Renault ?

Dans une entreprise où l’actionnariat joue son rôle, Carlos Ghosn aurait du quitter son poste. Il est resté car il a réussi à se présenter comme le garant de l’Alliance avec Nissan, avec l’équation : "si je pars, Nissan part et l’alliance saute". Et là, Renault sera vraiment mort. Renault se fond de plus en plus dans Dacia. Dans le monde, de nombreux véhicules low-cost sont vendus sous la marque Renault. Et si on enlève Dacia, Renault est dans une situation pire que celle de PSA

Pauline Ducamp

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