Carlos Ghosn clame son innocence devant la justice japonaise

par Kiyoshi Takenaka et Tim Kelly
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Carlos Ghosn clame son innocence devant la justice japonaise
L'ancien président de Nissan, Carlos Ghosn, a déclaré avoir été injustement placé en détention et nié tout méfait mardi lors d'une audience devant le tribunal du district de Tokyo, sa première apparition publique depuis son arrestation le 19 novembre sur des accusations de malversations financières. /Photo prise le 3 octobre 2018/REUTERS/Régis Duvignau

TOKYO (Reuters) - L'ancien président de Nissan, Carlos Ghosn, a déclaré avoir été injustement placé en détention et nié tout méfait mardi lors d'une audience devant le tribunal du district de Tokyo, sa première apparition publique depuis son arrestation le 19 novembre sur des accusations de malversations financières.

"J'ai été injustement accusé et placé en détention sur la base d'accusations sans fondement", a-t-il dit lors de l'audience, selon une déclaration préparée à l'avance que Reuters a pu consulter.

"Contrairement aux accusations formulées par les procureurs, je n'ai jamais reçu de rémunération de la part de Nissan qui n'ait pas été divulguée, de même que je n'ai pas établi avec Nissan de contrat visant à recevoir une rémunération fixe non divulguée", a-t-il ajouté.

Carlos Ghosn, 64 ans, qui est toujours PDG de Renault et de l'alliance Renault-Nissan, est apparu aminci, vêtu d'un costume sombre sans porter de cravate. Il a fait son entrée dans la salle d'audience menotté, attaché à une corde par la taille et escorté par deux gardes.

"J'ai toujours agi de manière honorable et légale. J'ai toujours agi avec intégrité", a-t-il dit d'une voix ferme, ajoutant avoir toujours pris ses décisions avec l'aval des cadres de Nissan concernés.

Après s'être exprimé, il est retourné prendre place sur le banc des accusés, impassible, le regard le plus souvent fixé droit devant lui ou vers le sol.

RISQUE DE FUITE

L'audience, qui a duré près de deux heures, avait été réclamée par les avocats de Carlos Ghosn pour que celui-ci connaisse les motifs de sa détention.

Le président du tribunal, Yuichi Tada, a lu les accusations retenues contre Carlos Ghosn. Il a déclaré que son maintien en détention avait était décidé car ce dernier présentait un risque de fuite du fait des logements dont il dispose à l'étranger. Yuichi Tada a aussi dit craindre que Carlos Ghosn tente de dissimuler des preuves.

Le 31 décembre, le tribunal du district de Tokyo avait décidé de prolonger de dix jours, jusqu'au 11 janvier, la détention de Carlos Ghosn, également accusé d'abus de confiance aggravé.

Carlos Ghosn a été inculpé le 10 décembre par le parquet de Tokyo pour ne pas avoir déclaré l'intégralité de sa rémunération versée par Nissan de 2010 à 2015, et sa détention a été prolongée après que l'enquête a officiellement été élargie aux trois années suivantes.

S'exprimant sur les accusations selon lesquelles il aurait fait passer dans les comptes de Nissan des pertes de 1,85 milliard de yens (14,5 millions d'euros) sur des investissements personnels, Carlos Ghosn a expliqué avoir demandé au groupe d'assumer temporairement des contrats de changes personnels pour ne pas être contraint de démissionner afin d'effacer ses dettes avec ses indemnités de départ.

"Un capitaine n'abandonne pas le navire au milieu de la tempête", a déclaré Ghosn, précisant avoir repris les contrats à son compte et que Nissan n'avait subi aucune perte financière.

NISSAN ÉVOQUE DES "PREUVES CONVAINCANTES DE MANQUEMENT"

S'exprimant après l'audience devant des journalistes, Motonari Otsuru, l'avocat qui dirige l'équipe juridique de Carlos Ghosn au Japon, a déclaré que Nissan, les banques et son client s'étaient tous mis d'accord sur le transfert de ces contrats de change personnels.

Il a ajouté qu'il n'y avait aucune raison de maintenir en détention Carlos Ghosn, invitant les procureurs à mener une enquête plus approfondie.

Nissan a de son côté réaffirmé que son enquête interne, déclenchée par un lanceur d'alerte, avait fourni "des preuves substantielles et convaincantes de manquement" et qu'elle était toujours en cours et étendait son champs d'investigation.

Muriel Pénicaud, la ministre française du travail, a déclaré pour sa part que la présomption d'innocence devait être respectée.

Signe du fort engouement du pays pour l'affaire, de nombreuses équipes de télévision étaient présentes à l'entrée du tribunal pour l'arrivée de Carlos Ghosn, et 1.122 personnes espéraient pouvoir accéder à la salle d'audience grâce aux 14 places attribuées par tirage au sort.

Cette affaire a braqué les projecteurs sur le système pénal japonais, notamment la pratique de longues périodes d'incarcération pendant l'instruction et l'interdiction faite aux avocats de la défense d'assister aux interrogatoires, qui peuvent durer huit heures par jour.

Greg Kelly, l'ancien administrateur de Nissan accusé de complicité avec Carlos Ghosn, a été libéré sous caution le 25 décembre après plus d'un mois passé en détention pour fraude financière. Le tribunal a décidé de ne pas prolonger sa détention en attendant son procès. Il nie également les accusations portées contre lui.

Bien qu'évincés dès novembre, Carlos Ghosn et Greg Kelly restent techniquement membres du conseil d'administration de Nissan car ils ne peuvent être révoqués que par les actionnaires.

Depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, Hiroto Saikawa, le directeur général de Nissan, a appelé à des changements pour atténuer l'influence de l'actionnaire majoritaire Renault.

(avec Mari Saito, Maki Shiraki et Naomi Tajitsu; Claude Chendjou et Jean Terzian pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten)

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