Carling ou la méthode Total (de riche) pour ne pas fermer un site industriel

La surcapacité en raffinage en Europe oblige les pétroliers à fermer des sites. A Carling, Total a opté pour un changement d’activité qui permettra de sauver 334 postes sur 554. Retour sur la méthode.

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Carling ou la méthode Total (de riche) pour ne pas fermer un site industriel
Plateforme de Carling-Saint-Avold (Moselle)

Touchée de plein fouet par les surcapacités de raffinage en Europe, la plate-forme pétrochimique de Carling-Saint-Avold (Moselle) de Total perdait 100 millions d’euros par an. La logique aurait été, comme l’on fait d’autres pétroliers, de fermer le site. "En France, entre 2009 et 2017, il y a eu cinq fermetures de raffinerie", rappelle, Bernard Pinatel, le président de Total raffinage. Mais fermer Carling, c’était mettre 554 personnes sur le carreau, sans compter les sous-traitants. "Quand on s’appelle Total on ne peut pas faire ça. Dans le débat actuel sur la mondialisation, dont Total tire les bénéfices, il faut s’intéresser aux territoires qui ont fait notre histoire, comme Lack ou Carling", a expliqué Patrick Pouyanné, le PDG de Total le 11 mai, jour de l’inauguration des nouvelles installations industrielles de Carling, reconverties en site de production de polymères pour la marque Cray Valley du groupe. Un investissement de 180 millions d’euros, décidé en 2013, alors que Patrick Pouyanné était patron de la branche raffinage chimie de Total, mais après plus de dix années d’incertitudes pour les salariés du site.

180 millions d'euros d'investissements industriels

"Lorsque je suis venu la première fois à Carling en 2001, c’était déjà de ma responsabilité de dire si le site allait fermer. Il nous faut donner un futur aux gens. Mais décider d’arrêter un vapocraqueur est une décision très difficile", reconnait le PDG de Total. Pour lui, il était tout aussi impensable d‘adapter le site en licenciant. Décision a donc finalement été prise de rediriger un projet d’investissement industriel aux Etats-Unis de sa filière Cray Valley sur le site de Carling. "85 millions d’euros ont été investis dans la construction d’une unité de production de résines (C4), 28 millions dans une unité de polypropylène compound, 10 millions dans la modernisation de l’unité de polyéthylène, 25 millions dans la logistique pour la fourniture de l’éthylène et du propylène depuis Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et le reste dans la construction d’un centre de R&D pour Cray Valley et l‘accompagnement des salariés", détaille le PDG de Total.

200000 heures de formation

Sur les 554 salariés du site en 2013, 450 étaient encore présents fin 2016 et il en restera 334 à horizon 2018, annonce Total. Pas de quoi jubiler non plus, Patrick Pouyanné en convient : "80 % des employés ont vu leur poste évoluer ou complétement changer. Pour les accompagner nous avons financé 200 000 heures de formation". Mais contrairement à ce qui s’était passé à Dunkerque, où la conversion du site s’est faite dans la douleur, selon Patrick Pouyanné lui-même, à Carling, Total a pris le temps, du dialogue avec les syndicats, les élus, mais aussi de l’accompagnement. Quitte à laisser fonctionner le vapocraqueur deux ans de plus.

Un fonds d'aide à l'emploi

"La force de Total, c’est de pouvoir dépenser 200 millions d’euros supplémentaires au coût de l’investissement." Total a aussi financé un fonds de 6 millions d’euros de soutien au développement à l’emploi dans la région, dont environ 2 millions ont été engagés pour l’instant, précise le PDG. Le pétrolier a également porté la création de l’association Chemesis, qui rassemble les neuf industriels présents sur le site, notamment Arkema, pour aider à sa réindustrialisation, et faire venir de nouvelles entreprises. Avec cette méthode, Total redonne un avenir "d’au moins dix ans" à Carling.

Une méthode de riche, quel'industriel français affirme appliquer sur son site de La Mède à Châteauneuf-les-Martigues (Bouches-du-Rhône), où le groupe pétrolier investit 200 millions d'euros pour convertir le site en bioraffinerie, et également pour moderniser celle de Donges (Loire-Atlantique). "A Donges (Loire-Atlantique) nous allons investir 450 millions d’euros. Mais là, nous avons besoin de tout le monde", précise Patrick Pouyanné. Après, la conversion de site, ce sera fini pour Total. En Europe du moins.

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