Capitaines d'industrie : Donnez envie d'entreprendre !

Face au déficit d'image des patrons, mieux vaudrait que la passion d'entreprendre et d'innover trouve des relais auprès des dirigeants de PMI champions de la croissance, souvent plus innovants que les P-DG les plus en vue.

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En France, les capitaines d'industrie ne jouissent pas de la meilleure des images auprès de l'opinion. L'élection d'un nouveau patron des patrons pourrait être l'occasion de la restaurer. Hélas, la campagne qui s'ouvre au Medef pour désigner le successeur d'Ernest-Antoine Seillière. Elle ne tombe pas au meilleur moment. Tout d'abord, les conditions financières du départ de l'ex P-DG de Carrefour, Daniel Bernard, ont ces dernières semaines réouvert la polémique sur les rémunérations des dirigeants, même si l'intéressé assure, haut et fort, qu'il n'a jamais touché la somme évoquée (38 millions d'euros) et qu'il ne la touchera jamais. Ensuite, la difficulté où se trouvent deux des plus grands groupes industriels nationaux de donner un successeur à leur président braque une nouvelle fois le projecteur sur la question de la longévité aux plus hautes fonctions.
Le mardi 3 mai, le conseil d'administration de Saint- Gobain a dû désigner un nouveau numéro 2, Pierre-André de Chalendar (lire notre article page 26), après le départ de Christian Streiff qui, un an plus tôt, avait été intronisé dauphin de Jean-Louis Beffa. Quelques semaines auparavant, chez Alcatel, Mike Quigley nommé au poste de directeur général adjoint, a succédé à Philippe Germond alors que ce dernier avait été donné, un temps, favori à la succession de Serge Tchuruk, le P-DG. Certes, la désignation d'un dauphin est un exercice délicat, surtout dans des groupes de taille mondiale où l'élu doit clairement incarner la stratégie aux yeux de milliers de salariés, de clients, de fournisseurs, aux quatre coins de la planète. Il n'y a donc rien d'anormal qu'un groupe comme Alcatel, aujourd'hui confronté à des choix de positionnement, se donne le temps de la réflexion.
Toutefois, les récents atermoiements peuvent donner le sentiment que les patrons en place s'accrochent à leurs postes. Lorsqu'il laissera sa place à la tête de Saint-Gobain en 2007, année de ses 65 ans, Jean-Louis Beffa aura occupé la première fonction de l'entreprise pendant vingt et un ans. Et si Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel, affiche une longévité deux fois moindre - il est P-DG du groupe depuis 1995 - ses fonctions de président seront prolongées de deux ans à la demande du conseil d'administration. Il pourrait donc rempiler jusqu'en 2008, année de ses 70 ans.
Bien sûr, l'arrivée de Carlos Ghosn à la tête de Renault donne l'exemple d'une succession plus tonique. Et la réussite de ce patron à la tête de Nissan peut contribuer à revaloriser le management aux yeux de l'opinion. Mais on aimerait que la passion d'entreprendre et d'innover s'incarne plus largement, qu'elle trouve, par exemple, des relais auprès des patrons de PMI champions de la croissance, souvent plus inventifs dans leur management que les patrons du CAC 40. De ce point de vue, la cinquième et la plus récente candidature à la présidence du Medef pourrait faire souffler un air nouveau. Charles Beigbeder, 41 ans, patron de la start-up Poweo et président de CroissancePlus (association des entreprises à forte croissance), représente une nouvelle génération d'entrepreneurs. Seulement voilà, ses premières déclarations de campagne à notre confrère " Les Echos " ont pris une tournure alarmiste. Il juge la situation française " très grave " et pronostique un taux de chômage de 20 % si le pays diffère les réformes qu'il juge indispensable. Le propos se veut réaliste. Mais il ne donne pas franchement à partager la passion d'entreprendre !
Par Jean-Louis Marrou, rédacteur en chef

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