CAOLE HAUT DE GAMME SE DÉMOCRATISE

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LE HAUT DE GAMME SE DÉMOCRATISE



Avec la montée en puissance des micros, on assiste actuellement à une nouvelle étape dans la CAO. L'ascension d'une nouvelle génération de produits que l'on pourrait qualifier de "milieu de gamme", avec des produits dont les moins chers s'établissent aux environs de 30000 francs, mais dont les performances n'ont plus guère à envier à celles des grands. Cette nouvelle CAO résulte de la convergence de deux types d'offres jusqu'ici très distincts: la CAO sur micro, qui monte en puissance avec la généralisation de modeleurs 3D solides, et la CAO de "haut de gamme", dont les prix baissent avec l'arrivée de logiciels "allégés".Ce dossier fait le point sur cette évolution et présente une sélection de produits significatifs de cette tendance. On y trouvera également un zoom sur Autodesk, analysant l'exceptionnelle réussite de l'éditeur d'Autocad, pionnier de la démocratisation de la CAO avec ses logiciels sur micros.Enfin, en contrepoint, est exposée la stratégie CAO d'un grand utilisateur, Renault. On y découvre la spécificité de la problématique des grands groupes et, partant, les limites de cette CAO de milieu de gamme.Grand rendez-vous annuel de la CAO, le salon Micad, qui se tient à Paris (porte de Versailles) du 14 au 17mars, promet cette année d'être riche en nouveautés, avec l'annonce de produits importants chez Computervision ou Matra Datavision, notamment, et la première apparition de produits récemment annoncés, comme Pro/Junior de PTC.



LA CAO POUR TOUS AVEC DES LOGICIELS "ALLÉGÉS"

Les technologies de conception assistée par ordinateur les plus performantes arrivent dans le monde des PC et deviennent accessibles à toutes les entreprises. Une recomposition du marché qui entraîne une convergence avec le monde des stations de travail.



Dans le monde de la conception assistée par ordinateur (CAO), une nouvelle donne s'instaure: plus que jamais, les solutions micro-informatiques ont le vent en poupe. Le choix s'élargit. La dichotomie PC/station de travail perd de son sens. La tendance devrait profiter aux utilisateurs, et les budgets d'investissement informatique s'en ressentir favorablement. Jusqu'ici, deux univers coexistaient, le haut de gamme et l'entrée de gamme. Le premier était une espèce de club plutôt fermé, et peu convivial, proche du monde des informaticiens et des stations de travail. Ses membres - les Computervision, Dassault Systèmes, EDS, Intergraph, Matra Datavision, Parametric Technology, SDRC - se sont, ces dernières années, livrés à une féroce concurrence. Avec une certaine superbe, ils ignoraient les seconds, les champions de la "CAO sur micro" sous Dos ou Windows, le bataillon des Autodesk, Cadkey, Bentley et autres Topcad, pour ne citer qu'eux. Ces derniers cultivaient la simplicité et se montraient proches du peuple, des PME. Aujourd'hui, tout change. La frontière entre les deux mondes a perdu de son étanchéité. Un chevauchement, voire une convergence, se dessine, et cela d'autant que Microsoft pousse son Windows NT, censé réunir le meilleur des mondes Unix et PC, sur le devant de la scène. Et qu'il commence à susciter un certain intérêt chez les éditeurs.

La descente en gamme des grands éditeurs

Attention! Les "Autocad killers" fourbissent leurs armes. Pourquoi les surnommer ainsi? Tout simplement parce que le succès foudroyant d'Autocad, le logiciel de CAO d'Autodesk utilisateurs (voir p.52), suscite toutes les envies. Et parce que l'éditeur, qui a lancé une version 3D volumique d'Autocad, se permet d'offrir 80% des fonctionnalités des logiciels de haut de gamme pour 20% de leur prix. Pour contrer l'inévitable Autocad, un mouvement de descente en gamme a ainsi été amorcé il y a deux ans par les "grands". Matra Datavision a frappé le premier avec le lancement des "solutions personnelles" baptisées Prélude. Le mouvement s'étend aujourd'hui, avec deux récentes annonces, celle d'EMS Lite, une version allégée d'EMS d'Intergraph, et celle de Pro/Junior, la variante simplifiée de Pro-Engineer de Parametric Technology. Computervision s'apprête également à franchir le pas avec DesignPost Drafting, un produit d'entrée de gamme pour la conception 2D et l'habillage de plans. A la clé, des baisses de prix significatives: Prélude et Pro-JR. sont vendus aux alentours de 50000francs, contre plus de 100000 pour les versions originales, et EMS Lite à 30000francs, au lieu de 130000 pour EMS. Explication: "Autodesk fait la loi sur les prix. Il est difficile de ne pas en tenir compte", admet Victor Waknine, le directeur général de Matra Datavision. Braderie? Pas seulement. Avec des logiciels commercialisés à plus de 100000francs pour le 3D complet, le marché finit par se saturer. Les grands comptes sont largement équipés, tandis que les petites entreprises n'ont pas les moyens de sauter le pas. Ce groupe des trois vise donc clairement à pénétrer un nouveau marché, les PME/PMI. Il est prometteur: le taux d'équipement des entreprises de moins de 100personnes est inférieur à 50%.

Des fonctionnalités moindres

Pour l'utilisateur, c'est tout bénéfice. A un détail près. Malgré leurs performances, ces logiciels "light" ne disposent naturellement pas de toutes les fonctionnalités du haut de gamme. Pour une simple raison: afin d'éviter de cannibaliser leurs produits, ces versions économiques des producteurs sont amputées de quelques éléments bien ciblés: Prélude n'a pas de bases de données, ni de fonction de modélisation surfacique; EMS Lite, par exemple, équivaut à l'EMS, la modélisation surfacique en moins. Quant à Pro/JR., il ne peut s'interfacer avec les modules métiers de son aîné.

Joucomatic opte pour des solutions mixtes

Chez Joucomatic, qui fabrique des composants pour les transmissions fluides et pneumatiques, le bureau d'études possède un équipement équitablement réparti: cinq micros avec Autocad en 2D et autant de stations de travail avec Pro-Engineer de Parametric Technology. Avant l'étude proprement dite, le bureau d'études choisit un outil de conception, en fonction de son expérience et de la complexité de la pièce. Pro-Engineer rend les modifications plus aisées. Cette configuration répond également à un besoin technique particulier, pour la production de plans: " Le passage du 3D au 2D n'est pas très performant sous Pro-Engineer ", souligne Didier Algisi, responsable CFAO. Pour la direction informatique de l'entreprise, le choix fait en faveur de deux logiciels, l'un de très haut de gamme, l'autre moins, a permis de limiter les investissements. Le bureau d'études n'a pas encore eu l'occasion de se faire une religion quant à la nouvelle génération de logiciels sur PC. Sous réserve que celle-ci réponde aux besoins, il n'hésiterait sans doute pas à choisir dans ce type de solutions, rationalité économique oblige. "L'investissement sur station reste plus élevé ", souligne Gérard Mans, directeur informatique.

La montée en gamme des "petits"

Aujourd'hui, les offreurs de solutions sur PC sous Windows ne font plus de complexes. Ils se revendiquent ouvertement comme les égaux du monde Unix. "Nous pouvons faire aussi bien sur un micro Windows que sur une station de travail Unix." Telle est leur nouvelle profession de foi. A en croire les chiffres de ventes de ceux dont l'offre est disponible à la fois sur micro-ordinateur et sur station de travail, ils sont suivis par les utilisateurs. Topcad, par exemple, dont le logiciel Top Solid tourne sur les deux plates-formes, indique que, en deux ans, la proportion des ventes sur PC est passée de 60 à 95%. Au coeur de cette évolution, l'accroissement de la puissance des machines. Le haut de gamme du PC n'a plus grand-chose, sinon rien, à envier aux stations de travail d'entrée de gamme. La qualité des périphériques (cartes graphiques, etc.) a aussi considérablement progressé. L'augmentation des performances du matériel a permis aux éditeurs de doper celles de leurs logiciels. Ils intègrent des outils puissants, comme certains des grands modeleurs solides 3D du marché. Dans sa plus récente version, Topcad propose sur PC le modeleur Parasolid d'EDS/Unigraphics. Microcadam annonce un modeleur développé par Ricoh. Autodesk, Cadkey, Bentley utilisent Acis, l'un des plus réputés du marché. Cette évolution équivaut à un véritable transfert de technologie. Elle introduit la paramétrisation dans le monde du PC. Cette fonctionnalité avait fait l'effet d'une petite révolution lors de son lancement par l'américain Parametric Technology en 1985 dans le logiciel Pro-Engineer. Déclinée sous différentes appellations (modélisation variationnelle, adaptative), elle était restée l'apanage des grands logiciels, sur système central ou station. Les "features", ces entités qui simplifient la vie des concepteurs, se retrouvent, elles aussi, sur les PC. Elles proposent des formes toutes prêtes, qu'il suffit de paramétrer pour leur conférer les dimensions et les caractéristiques voulues. Cette montée en gamme des solutions sur PC est encore trop récente pour en tirer des conclusions sur son impact auprès des utilisateurs. Mais l'intégration de telles technologies représente l'amorce d'une convergence et pourrait se traduire par une percée dans les grandes entreprises.

PC ou station ? L'éternel débat

L'éternel débat sur les limites de la micro n'est pas clos. Georges Bronoff, directeur général de la nouvelle filiale française de Bentley, qui édite Microstation (disponible sur PC et station de travail), affirme comme nombre de ses confrères que l'on peut en faire autant sur l'une et l'autre plate-forme. La nuance réside dans les temps de réponse, explique-t-il: si l'on veut tourner rapidement une pièce dans l'espace, les mouvements risquent d'être légèrement saccadés sur l'écran d'un PC.

Une autre limite concerne le vaste champ des problèmes d'intégration. Les réseaux de micros sont en vogue. Mais ce n'est pas la panacée! "Aucun problème pour raccorder une station de travail au réseau. Avec un PC, la compatibilité n'est pas évidente, la configuration peut durer une semaine", témoigne Loïc Bigois, responsable CAO de Ligier. Autre frontière, le monde de l'analyse. Pour tout ce qui concerne le calcul (structure, résistance des matériaux, simulation), la puissance des stations de travail reste appréciable. Mais il devient possible de se doter d'outils d'analyse sur PC: Matra Datavision vient par exemple d'annoncer Prelude Analysis, un module complémentaire de ses solutions personnelles, disponible sur PC sous Dos, Windows et Windows NT. Enfin, les systèmes de gestion de données techniques restent l'exclusivité d'Unix, qu'il s'agisse des logiciels indépendants (Sherpa, Metaphase) ou de ceux qui sont proposés en extension de logiciels de CAO.

Les vrais avantages de la micro

A ces quelques réserves près, le PC possède quelques avantages incontestables qui suffisent à expliquer son succès. Au premier rang, sa simplicité d'utilisation, ou plutôt celle de Windows. Un dessinateur industriel qui a quelques notions de micro-informatique maîtrisera en quelques jours un outil de CAO sur PC. Ce ne sera jamais le cas sous Unix. En outre, l'exploitation des systèmes Unix sur station demande des compétences qui ne sont pas toujours présentes dans l'entreprise. Cela fait souvent la différence. "Nous ne voulions pas faire compliqué. Les solutions sur PC ne nécessitent pas la présence d'informaticiens", indique ainsi Yves Lejau, responsable administratif et financier de la SAE. Cette PME de 65personnes fabrique des connecteurs coaxiaux pour la télévision câblée. Des questions de coûts ont aussi incité cette entreprise, comme bien d'autres, à choisir ce type de solution. Malgré la baisse du prix des stations de travail, le différentiel de prix reste favorable à la microinformatique. Autre intérêt, les liens entre CAO et bureautique. Il est fréquent de voir, sur le bureau du concepteur, deux machines, une station de travail sous Unix pour la CAO et un PC pour la rédaction de textes ou des applications sur tableur. La micro simplifie tout: logiciel de CAO, traitement de texte, tableur, voire base de données, cohabitent avec les logiciels de conception.

Facilité d'emploi et intégration de la bureautique

Excel, en particulier, est souvent utilisé pour produire les nomenclatures et les devis. Un fabricant de cuisines industrielles dispose ainsi d'un applicatif qui lui permet de relier Autocad et des outils bureautiques. Ces derniers récupèrent les informations de conception et établissent automatiquement les devis, contrats de maintenance, tableaux de coûts et prix de revient. La facilité d'emploi et l'intégration de la bureautique expliquent que, aujourd'hui, la question de Windows NT comme alternative à Unix se pose sérieusement à nombre de moyennes entreprises. Même s'il n'est pas aussi simple d'emploi que Windows3, il offre une interface utilisateur très proche et des facilités de connexion en réseau bien supérieures à la micro sous Windows.

Comment choisir ?

Pour une fois, éditeurs de logiciels, sociétés de services et utilisateurs sont unanimes: impossible de fixer un seuil, en type de pièces ou de formes géométriques, à partir duquel le PC ne suffit plus et où la station sous Unix s'imposerait. Comment choisir, alors? Premier conseil: prenez du temps. Seconde recommandation: recourez aux "benchmarks", ces tests comparatifs réalisés avec différents logiciels sur des pièces réelles. Et n'hésitez surtout pas à organiser des rencontres qui, il y a quelques années, auraient paru contre nature. Il n'est en effet plus aberrant de retrouver Autodesk en sélection finale face à Matra Datavision ou Parametric Technology face à Topcad ou Bentley. Ce fait traduit d'ailleurs mieux que tout la formidable évolution du marché. Autre excellent moyen de choix, visitez des références du ou des logiciels convoités. Aller sur le terrain constitue encore le meilleur moyen de voir exactement "comment ça marche" et ce que donne un système en conditions d'utilisation réelle. Eu égard à l'importance de l'investissement, cette forme de tourisme industriel ne sera jamais du temps perdu.

Vers des solutions mixtes

Il ne sera pas toujours nécessaire de trancher entre light et lourd. Plutôt que concurrents, les deux types de solutions se révèlent complémentaires. Au sein des bureaux d'études, le mélange délibéré de logiciels devient de plus en plus courant. Au-delà des impératifs marketing des éditeurs, les logiciels light ont également été conçus dans cette perspective. Ils peuvent constituer une bonne réponse à une catégorie de besoin précise: la coexistence de la nécessité de solutions lourdes avec celle de travailler occasionnellement en 3D ou en 2D. Les logiciels micro peuvent aussi jouer ce rôle, comme le montrent les exemples de Joucomatic et de Rotarex (voir encadrés). Et même combler une large partie des besoins. Quelle que soit l'option choisie, logiciel light sur station ou sur PC, il existe maintenant un nouveau créneau d'entrée de gamme, avec un véritable choix en 3D volumique. Avec un budget inférieur à 100000francs, logiciel et matériel compris, un bureau d'études pourra s'équiper de solutions simples mais industrielles. En augmentant un peu la mise, il pourra même envisager le recours à des moyens de calcul ou de FAO. A moins d'être constructeur d'automobiles et, partant, de se trouver confronté à la complexité, se doter d'outils performants en conception n'est plus, en 1995, synonyme d'investissements lourds. Laurent Viel



Plates-formes matÉrielles: les PC encore gagnants

Sur une plate-forme micro:

P.C. avec un microprocesseur Intel 486 Dx2 à 66MHz ou un Pentium60, 16 ou 24Mo de mémoire vive et 500Mo de disque. Un lecteur de CD-Rom.

Selon les marques, à partir de 25000francs.

Ecran de 17pouces de diagonale: 7000 à 8000francs. ou écran de 19 ou 20 pouces: environ 15.000 francs.

Carte graphique d'une résolution de 1024x768 pixels ou 1280x1024 en 256 couleurs: 3000 à 5000 francs.

Total: 35000 à 45000 francs.Station de travail entrée de gamme:

Exemple, la nouvelle Sun Sparc4:

32Mo de mémoire vive, 535 de disque, écran 17pouces, carte graphique 1152x900 pixels en 256couleurs, carte réseau Ethernet: 52700francs.

En option, lecteur de CD-Rom: 2900francs.

Option: un écran 20pouces à 14000francs.

Total: 55600 francs ou 70000 francs avec écran 20pouces.



Le logiciel à la carte est pour demain

Importer un modèle 3D d'un logiciel de CAO vers un autre, puis aller chercher une fonction géométrique particulière dans une bibliothèque d'objets pour poursuivre son travail, le tout en mode "glisser/déplacer" à l'instar de ce qui se pratique en bureautique, quel rêve! Si tout se passe bien, ce sera une réalité en 1996 ou 1997. Microsoft vient en effet d'établir, en partenariat avec Intergraph, les spécifications d'un standard permettant de développer à partir de Windows (peu importe lequel, 3.11, NT ou 95) des applications 3D intégrant OLE. OLE (pour Object Linking and Embedding) est un outil logiciel de Microsoft qui rend possible le mélange d'éléments composites (textes, graphiques, etc.). C'est lui qui vous permet, déjà, d'importer un tableau Excel dans votre traitement de texte. Ce logiciel a déjà fait une percée dans la CAO. La version 13 d'Autocad, notamment, supporte OLE en 2D. Mais les spécifications "OLE for design and modeling applications" vont beaucoup plus loin. Leur but: assurer les échanges d'objets 3D entre applications. Intergraph a apporté ses compétences en 3D, Microsoft sa connaissance d'OLE. Leurs spécifications font l'objet d'une diffusion précoce afin de rallier un maximum d'acteurs. La participation des grands de la CAO est attendue et bienvenue. Outre son apport évident en convivialité, cet OLE 3D pourrait créer une industrie du composant logiciel. Elle serait animée par des sociétés qui développeront des objets OLE 3D dans lesquels les utilisateurs puiseront pour améliorer leurs applications existantes. Exemple : vous appréciez le paramétrique de X, mais pas son surfacique? Pas de problème, vous irez chercher le surfacique de Y avec OLE 3D!



Rotarex penche vers le light

Spécialisé dans la robinetterie industrielle, le groupe Rotarex, dont le siège est au Luxembourg et qui compte trois usines en France, a choisi Prélude de Matra Datavision en complément d'Euclid, le logiciel de haut de gamme du même éditeur. Le light s'est révélé suffisant pour une certaine catégorie de besoins, comme la conception des moyens de production et des appareillages. Bien que Matra Datavision ait, à l'origine, plutôt prévu le contraire, Rotarex importe dans Prélude les modèles des pièces conçues dans Euclid afin de définir les équipements adéquats. L'aspect financier est intervenu dans

le choix. Jean-Pierre Prandi, responsable informatique de Rotarex, estime que cette configuration avec Prélude est "deux fois moins coûteuse que l'équivalent Euclid".De plus, elle a rendu de multiples services, contribuant à une démocratisation" de la CAO dans l'entreprise. Le service entretien a ainsi réalisé avec Prélude certains plans de bâtiments autrefois dessinés à la planche.



RENAULT: "UNIX, SINON RIEN!"

Renault reste exclusivement attaché aux stations de travail et à Unix. Les PC pourraient toutefois se déployer, mais dans les domaines périphériques aux études du constructeur d'automobiles.



Avec 1400 postes, Renault est l'un des plus grands consommateurs de CAO en France. La problématique d'un tel utilisateur est donc très spéciale. Ainsi, à l'exception d'une centaine de postes Intergraph pour l'implantation et la gestion des bâtiments, le constructeur d'automobiles reste d'une fidélité presque sans faille à un seul éditeur, Matra Datavision (MDTV), et à son logiciel Euclid. Et il ne jure que par les stations de travail sous Unix, essentiellement des machines Silicon Graphics. Jean Bruneau, directeur de l'informatique technique et scientifique chez Renault, a beau avoir constaté la convergence de l'offre de la micro sur PC et sur station, il ne se sent pas pour autant concerné par cette évolution. Plusieurs raisons expliquent cette distance. D'abord, il ne faut pas oublier que Renault entretient des liens organiques avec l'éditeur d'Euclid: le constructeur est actionnaire à 35% de la SFMRA, qui détient 75% de MDTV, et il a d'autre part été largement associé aux développements d'Euclid. Mais cela ne dit pas tout. Jean Bruneau souligne l'avantage de posséder un système unique. "Nous essayons d'avoir une artère qui structure nos données", dit-il. L'homogénéité évite en particulier tout problème d'échange de données. Malgré les protocoles spécifiques (Iges, Set ou Step), les transferts de fichiers suscitent des difficultés. D'un logiciel à l'autre, les courbes de base, la structure géométrique diffèrent. Certaines données ne seront pas reconnues. "A l'arrivée, il y a toujours des "trous", des tolérances qui disparaissent", note Jean Bruneau. Renault a vécu ces problèmes au cours de son partenariat avec Volvo, équipé de Catia. "Ce logiciel mêle la modélisation surfacique et filaire, ce qui n'est pas le cas d'Euclid. Résultat, on ne s'y retrouve plus." Avec ses fournisseurs, Renault résout ces difficultés en leur demandant de lui livrer exclusivement des fichiers Euclid. A eux, s'ils sont en 2D, sur PC ou sur quelque autre système que ce soit, de se débrouiller avec les interfaces. A terme, ce type de demande pourrait même être pris en compte contractuellement.

La volonté de faire du montage et de l'assemblage

Autre raison de la fidélité au 3D sur station, le besoin de puissance. Il est réel pour les pièces d'automobile, généralement complexes. En outre, Renault ambitionne d'exploiter à fond le potentiel de la CAO et tend vers le concept de maquette virtuelle. "Plutôt que de la CAO pièce par pièce, nous voulons faire du montage, de l'assemblage", précise Jean Bruneau. Tous les postes CAO que Renault achète maintenant sont d'ailleurs -en plus d'Euclid- équipés d'une licence Megavision, l'outil de prototypage virtuel de MDTV. Quelques postes 2D d'entrée de gamme (Drawmaster) ont bien été introduits. Mais ils n'ont pas connu le succès escompté initialement. Leur rôle s'est plutôt cantonné, pour les utilisateurs, à celui d'un tremplin vers le 3D. A fortiori, les solutions PC, même de haut de gamme, ne sont pas à l'ordre du jour chez Renault. Bien sûr, le constructeur ne néglige pas la veille technologique. Des actions pilotes sont même menées ici ou là. Deux postes Pro-Engineer de Parametric Technology ont bien été implantés en conception mécanique. Bien qu'il soit qualifié de robuste, ce logiciel a été jugé limité en productivité. "Il est bon en avant-projet. Mais, pour des formes fines, il n'est pas à niveau en mécanique", estime Jean Bruneau. Les versions allégées ne sont donc pas, à plus forte raison, susceptibles d'intéresser l'entreprise en conception. Le 3D sur PC pourrait toutefois trouver un vaste champ d'application. Mais dans des domaines périphériques aux études. En matière d'information, Renault vise le tout- numérique. Des services comme celui des achats, qui ont besoin de visualiser les pièces, ainsi que ceux chargés de l'implantation des bâtiments, de même que tout l'habillage (fiches, gammes) autour de la CAO, sont ainsi concernés. Des plans sur quatre à cinq ans s'inscrivant dans cette perspective ont déjà été définis dans leurs grandes lignes. Ils sont susceptibles de s'appuyer sur des développements avec Matra Datavision ou des outils de visualisation et de consultation, comme Microstation Review, de Bentley. Laurent VIEL



Windows NT n'est pas pour demain

Même si Matra Datavision annonçait, lors du Salon Micad, le portage d'Euclid3 sous Windows NT, et même si ce système d'exploitation se révélait supérieur à Unix pour la CAO, Renault n'adopterait pas pour autant la nouvelle plate-forme. Et pour cause! Le constructeur n'a pas encore achevé la migration de sa CAO Euclid, initialement sous VMS, le système d'exploitation de Digital, vers une CAO entièrement sous la version Unix d'Euclid. Ce travail a été entrepris il y a plusieurs années, et il reste encore 500 postes sous VMS. La migration ne sera pas achevée avant 1997. Si Jean Bruneau a des soucis, ce n'est donc pas celui de s'attaquer à une migration vers un autre système d'exploitation, si bon soit-il. Sa préoccupation actuelle est même exactement l'inverse. Il ne cache pas son inquiétude face au rythme de renouvellement des produits de Matra Datavision, qui semble s'accélérer. "Compte tenu du nombre d'utilisateurs, nous ne pouvons pas nous permettre de changer de version tous les six mois comme dans le passé." Renault a ainsi décidé de figer la version actuelle d'Euclid, déployée depuis six mois, pour trois ans. "Nous privilégions la base installée et la fiabilité", souligne Jean Bruneau.



AUTODESK: LES SECRETS D'UNE RÉUSSITE

Stratégie de distribution innovante, souplesse de l'organisation, maîtrise de la croissance, politique de petits prix, montée en puissance technologique: les cinq ingrédients d'une recette réussie.



Il existe, dans le monde de la CAO, un cas à part. Celui d'Autodesk, devenu en treize ans leader mondial des éditeurs de logiciels de CAO et d'animation sur PC. Il occupe le cinquième rang mondial des éditeurs de logiciels, et son produit phare, Autocad, fait aujourd'hui presque figure de standard avec 2,5millions d'utilisateurs dans le monde. Comment expliquer ce succès? Par des produits exceptionnels? Non. Les mérites d'Autocad ne suffisent pas à justifier son écrasante domination. En fait, la situation d'Autodesk évoque irrésistiblement celle de Microsoft. Ses logiciels ne sortent pas forcément vainqueurs des essais comparatifs. Pourtant, Microsoft est partout. Comme Autodesk. "Très peu d'entreprises n'utilisent pas l'un ou l'autre de nos produits", s'exclame, sans triomphalisme d'ailleurs, Gérard Keraval, le directeur général de la filiale française. Il y a aussi un peu d'Apple dans Autodesk, avec une forte culture d'entreprise qui persiste malgré sa taille (chiffre d'affaires mondial de 2milliards de francs). Et il y a une bonne dose de l'IBM de la grande époque: quand un dirigeant de PME cherche un logiciel de conception pas trop cher, que fait-il? Il va frapper à la porte d'un distributeur Autodesk. Tout comme il y a quelques années il fonçait chez Big Blue pour son informatique de gestion. Autocad rassure. Il est en particulier présent dans tous les lycées techniques et autres IUT, ce qui permet de trouver facilement des utilisateurs déjà formés. Cela dit, hormis le fait d'avoir été le premier à oser la CAO sur PC - il a été vite rejoint par bien d'autres qui n'ont pas connu le même succès-, l'une des clés de la réussite d'Autodesk tient à son mode d'organisation original. Bien avant que les conseillers en management ne se mettent à vendre le concept de virtual company (entreprise étendue), l'entreprise de Sausalito en a adopté les principes. La CAO Autocad est aujourd'hui vendue comme un "moteur graphique" par une structure impressionnante. Alors que la plupart des grands éditeurs ont été tentés par la vente directe, Autodesk, lui, s'est appuyé sur un réseau de 4200 revendeurs et partenaires agréés dans le monde, dont 300 en France. De manière directe ou indirecte, l'entreprise est ainsi présente dans 115pays. La notion d'entreprise étendue repose sur le rôle de ces partenaires, dont la majorité représente beaucoup plus que de simples distributeurs. Bon nombre sont des SSII labellisées ASC (centre de support Autocad), certaines possèdant des compétences "pointues". Elles enrichissent en fait Autocad en créant des solutions autour du logiciel. Elles démultiplient également la puissance d'Autodesk et en font un quasi-standard. Pas moins de 4500 applicatifs "métiers" ont été ainsi été développés dans le monde par ces partenaires. Comment lutter contre une telle machine? L'entreprise a également fait preuve d'une grande faculté d'adaptation. Centrée sur le développement du "moteur", elle a su gérer le changement et gommer peu à peu une image de marque de bas de gamme. Le virage a été négocié au début des années90, avec le "rendu réaliste". La deuxième grande étape a été franchie en 1993 avec Autocad Designer, une extension pour travailler en 3D paramétrique.

Présent dans la grande distribution

La dernière mouture de son logiciel, la version13, intègre la modélisation volumique sur la base du modeleur Acis. Elle offre de nouvelles fonctions géométriques (courbes Nurbs, ellipses), intègre une bibliothèque de matériaux et un éditeur de textures. Son interface utilisateur, construite sur des outils Microsoft, présente une convivialité équivalente à celle des logiciels de bureautique. Conséquence de cette évolution, Autodesk est aujourd'hui présent dans la grande distribution (Autocad Light se vend dans les "supermarchés" de l'informatique comme Surcouf) et se retrouve dans des benchmarks face à Matra Datavision ou à PTC. Son seul véritable point faible: sa quasi-absence dans les grands comptes. C'est d'ailleurs l'une de ses priorités. Il peut aujourd'hui exhiber sa première grande référence en France, Danone, qui utilise Autocad pour la conception de ses pots de yaourt. Bien que les responsables de l'entreprise s'en défendent, affirmant qu'il ne s'agit pas d'une stratégie, il y a également une autre explication à la réussite d'Autodesk: sa politique systématique des petits prix (moins de 30000 francs hors taxes pour la V13). Ses concurrents en sont d'ailleurs bien conscients, puisqu'ils alignent tous leurs prix sur ceux du leader. Et, désormais, les "grands", lorsqu'ils descendent en gamme, en font autant, ou presque. Laurent VIEL



Une rentabilitée de 15 %

Cotée au Nasdaq, le second marché de la Bourse de New York, Autodesk a réalisé en 1993 un chiffre d'affaires de 2,1milliards de francs (+15% par rapport à l'année précédente), pour un bénéfice net de 322millions de francs (+42%). La croissance la plus forte provient de la zone Asie-Pacifique (+37%).La filiale française a, quant à elle, enregistré en 1993 un résultat de 3,8millions de francs pour un chiffre d'affaires de 38,7millions. L'effectif total s'élève à 1770personnes, dont une quarantaine dans l'Hexagone. Autodesk est, à ce jour, le seul éditeur de logiciels de CAO à avoir, avec Autocad, franchi la barre symbolique du million de licences installées dans le monde (plus de 60000 en France). Plus de 4250 applicatifs métiers, dont 250 en France, ont été développés dans le monde autour d'Autocad. Deux autres produits de la gamme CAO approchent le demi-million d'exemplaires vendus, avec 450000 licences pour l'outil de dessin vectoriel Autosketch et 400000 pour le logiciel de dessin 2DGeneric Cadd.



Les acteurs du milieu de gamme

Cette liste, non exhaustive, se veut avant tout représentative de l'évolution de l'offre. Prix moyen des produits: autour de 30000 francs.

Les logiciels issus de la micro-informatique

Micro Cadam (Microcadam)

Prix: de 30000 à 45000 francs selon les options.

Plates-formes: PC sous Windows 3.1 et NT; stations IBM Risc6000, HP9000, Sun Sparc, Silicon Graphics.

La nouvelle version R14 intègre un modeleur 3D issu de l'adaptation du logiciel Designbase de Ricoh. Ce produit possède une compatibilité bidirectionnelle avec Cadam et Catia sur grands systèmes et stations de travail, et exploite directement des fichiers natifs DWG (le format Autodesk).

MicroStation (Bentley)

Prix: 29500 francs pour Micro Station V5, 14000 francs pour le modeleur 3D. Le package devrait être promu à un prix inférieur à la somme des deux.

Plates-formes: PC (Dos, Windows 3.1. et NT), Unix, et même Macintosh (Power Mac).

A la gamme MicroStation, Bentley vient d'ajouter un module, Modeler, fondé sur le modeleur 3D Acis, qui possède en outre tout un jeu de features (chanfreins, découpes, nervures, trous fraisés, etc.). Bentley propose aussi, avec MicroStation Review, un outil original de visualisation et d'annotation. Il est compatible avec la CAO maison et avec les grands logiciels grâce aux formats DWG et IGES, notamment.

Cadkey (Cadkey)

Prix: 24900 francs pour l'ensemble complet d'outils de conception et d'analyse.

Plates-formes: PC sous Dos/Windows (le portage sous Windows95 et NT aura lieu dans le courant de l'année); stations Unix Sun Sparc et Silicon Graphics. A la dernière version du logiciel de base s'est adjoint un module Advanced Modeler, modeleur 3D volumique qui tourne sur la base du moteur Acis. Des formes libres peuvent être générées avec le modeleur de surfaces Fast Surf, compatible avec la stéréolithographie. Le logiciel intègre également Cadkey Analysis, un outil d'analyse thermique de tension élastique et thermo-élastique fondé sur la méthode des éléments finis. Ces fonctions d'analyse s'adressent particulièrement aux moulistes. Avec Object Developer, Cadkey possède également un environnement de développement orienté objet sous Windows et Windows NT en C++.

Topsolid (Topcad)

Prix: 70000 francs sur PC et 77000 francs sur station de travail.

Plates-formes: PC sous Windows, Windows NT; stations de travail Sun.

A la suite de l'accord conclu avec EDS/Unigraphics, Topsolid intègre le modeleur solide exact Parasolid. C'est l'un des modeleurs 3D le plus haut de gamme du marché. La version 4.3 de Topsolid possède des fonctionnalités de simulation d'assemblage et de calcul de structures. La gamme Topcad comprend aussi des outils de consultation de plans et de projets dans des formats neutres (TopConsult), de rendu photoréaliste (TopImage). Des modules métiers sont proposés en option pour la tôlerie, la tuyauterie, les moulistes et le bâtiment. Une bibliothèque mécanique, permettant de concevoir en 3D à partir de composants standards paramétrés (vis, goupilles, roulements), doit être lancée sous le nom de TopMeca.

Autocad (Autodesk)

Prix: 29840 francs.

Plates-formes: PC Dos et Windows (3.1. et NT). Un portage sous Unix est prévu dans le courant de l'année pour la version13.

Le logiciel, qui s'appuie sur le modeleur Acis, offre de nouvelles capacités de modélisation volumique en 3D, dont l'édition de courbes et surfaces de forme libre. Il est compatible, en 2D uniquement, avec OLE de Microsoft: l'utlisateur peut lier et imbriquer des éléments tels que tableurs, traitements de texte, images rasters, effets sonores ou animations dans des dessins conçus avec Autocad V13, et inversement.

Pro/Junior de Parametric Technology.

Les logiciels "light"

Prelude Design (Matra Datavision)

Prix: 50000 francs.

Plates-formes: PC. sous Windows et Windows NT; stations de travail d'entrée de gamme Silicon Graphics, Sun.

Prelude Design comprend Prelude Solids, fondé sur un modeleur d'entrée de gamme, dérivé de celui d'Euclid, pour la conception en 3D volumique. On y retrouve le concept de modélisation adaptative d'Euclid (le haut de gamme de MDTV).

Prelude/Drafting assure la mise en plans de modèles 3D; Prelude/Interfaces, l'échange de données avec les systèmes CAO du marché, tandis que Prelude/Photo est dédié au rendu photo réaliste. Un module Manufacturing assure l'automatisation des ateliers (usinage deux axes 1/2, tournage, électroérosion, DNC et suivi de fabrication). La gamme va être complétée par deux outils spécialisés: Prelude Analysis, outil de calcul pour l'analyse linéaire, statique et dynamique, et Prelude Inspection, outil de contrôle qualité.

Pro/Junior (Parametric Technology)

Prix: 60000 francs.

Plates-formes: Windows NT sur Intel et Mips; Unix dans les environnements Digital (DEC 3000 et Dec Alpha), HP, IBM RS/6000, Silicon Graphics) et Sun. PTC positionne Pro/JR. pour les pièces et assemblages simples, tandis que Pro/Engineer convient aux pièces et assemblages de tout type. Pro/JR. conserve les principales caractéristiques qui ont fait l'attrait de son grand frère, puisqu'il s'appuie sur la version 14.0 de Pro/Engineer. A l'inverse de Pro/Engineer, Pro/JR. n'est pas assorti de modules métiers. PTC propose en revanche, au prix de 45000 francs, un Pro-JR. Developper's ToolKit, une boîte à outils pour développeurs destinée à personnaliser l'interface utilisateur, créer de nouvelles applications ou incruster des applications spécifiques.

EMS Lite (Intergraph)

Prix: 30000 francs.

Plates-formes: EMS Lite tourne dans l'environnement Intel (sous Solaris) sur station de travail d'entrée de gamme. Des produits 100% natifs Windows NT sont prévus. Modélisation surfacique mise à part, EMS Lite dispose de l'essentiel des fonctionnalités d'EMS3, le logiciel de CAO de haut de gamme d'Intergraph, dont les technologies de modélisation variationnelle. EMS Lite pourra être utilisé pour les applications de fabrication (commande numérique deux à cinq axes, tôlerie, imbrication, stéréolithographie) et d'analyse qu'Intergraph doit lancer.

USINE NOUVELLE N°2492

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