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Quotidien des Usines

CAOEchanges de données techniques : des périls aux promessesStandardisation et normalisation ne suffisent pas à résoudre tous les problèmes d'échange de données techniques entre systèmes de CAO/CFAO. Les nouvelles solutions tiendront-elles leurs promesses ?

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Echanges de données techniques : des périls aux promesses

Standardisation et normalisation ne suffisent pas à résoudre tous les problèmes d'échange de données techniques entre systèmes de CAO/CFAO. Les nouvelles solutions tiendront-elles leurs promesses ?



Un avion qui perd ses ailes ? Une voiture qui n'a plus ses roues ? Ces incidents sont assez fréquents. Heureusement pas dans la réalité physique, mais dans le monde numérique... ! Les bureaux d'études ont l'habitude de voir des pièces et éléments géométriques subir des transformations aléatoires, quand ils ne se volatilisent pas purement et simplement. Aucun virus à l'horizon. Juste des aléas inhérents aux échanges de données techniques entre logiciels de conception as-sistée par ordinateur (CAO). Connus de longue date, ils restent une source constante de tracas. Et coûtent tellement cher qu'ils préoc-cupent les directions générales.

Malgré la multiplication des standards, malgré l'avancée de la normalisation autour de STEP (voir encadré), malgré l'ouverture réelle ou prétendue des systèmes et des logiciels, échanger des données de conception entre logiciels différents n'est pas une sinécure. Car, même s'ils partagent une foule de points communs, des systèmes d'exploitation aux standards (comme OLE, Corba, OpenGL, etc.), les logiciels de CAO " parlent " toujours des langues différentes. Chacun d'eux se distingue par son modèle de données et ses méthodes de conception ; bref, son " vocabulaire " et sa " syntaxe ".

Des interférences entre la technologie et le marketing

Prenons l'exemple du point, l'entité de géométrie le plus élémentaire. Il existe plusieurs manières de le définir : dans l'absolu, par rapport à un autre point, en tant qu'intersection de deux droites, etc. Lorsque deux logiciels utilisent un " vocabulaire " différent pour définir la même entité, la communication tourne forcément au dialogue de sourds ! Le fait que chaque logiciel possède sa propre précision géométrique n'arrange rien : des surfaces qui sont jointes dans une application ne le seront pas dans une autre... Après chaque échange de données, il faudra donc passer plus ou moins de temps à tout recaler ! Faut-il alors demander aux éditeurs de logiciels de tout unifier ? A peu de chose près, cela reviendrait à imposer le modèle de la Ford T au logiciel... Ce serait aussi tomber d'un extrême dans l'autre. Car les grands éditeurs de logi-ciels qui dominent le marché (les Dassault Systèmes, Parametric Technology, SDRC et autres Uni-graphics) sont ouvertement critiqués par les utilisateurs. Ces derniers apprécient certes les per-formances des Catia et autres Pro-Engineer. Mais bon nombre d'entre eux estiment qu'ils prennent un malin plaisir à ne pas faciliter les échanges... Pourquoi ? Tout bonnement pour protéger leurs parts de gâteau par le biais d'une équation révolue dans le reste de l'industrie informatique, affirment les critiques. Au bon vieux temps des systèmes propriétaires, une entreprise était IBM ou Digital. Les différences entre un environnement étaient telles que tout changement était ardu. Aujourd'hui, cette situation perdure d'une certaine manière dans le monde de la CAO. Untel est " Catia " ; tel autre est " Uni-graphics ", et toute migration de logiciels ressemble à un changement de régime politique. Les grandes manoeuvres qui ont entouré le changement de CAO de Renault l'an dernier en sont un signe. Ce n'est pas par pur autoritarisme que les donneurs d'ordres imposent souvent à leurs sous-traitants de travailler avec le même logiciel qu'eux, ou tout au moins de leur remettre des fichiers dans un format " natif ", c'est-à-dire identique aux leurs. Cette situation est en réalité liée au manque de transparence des échanges. De fait, la clientèle est en quelque sorte " captive ". " Globalement, la standardisation est telle, en informatique, que les grands éditeurs de CAO n'ont plus que leurs modèles de données et les méthodes propres à chaque logiciel pour se différencier ", analyse un responsable de bureau d'études. Un fin connaisseur des logiciels soupçonne même de grands éditeurs de " brider " - tout comme on bride un moteur pour réduire ses performances - leurs interfaces de sortie vers les formats de données standards, par exemple ceux conformes à la norme IGES. " Les défauts sont tels que je suis convaincu qu'ils ne peuvent pas être dus à des bogues. Depuis le temps, les éditeurs auraient largement pu les corriger ", explique- t-il. D'où la mauvaise qualité de certaines interfaces. Interrogés sur un éventuel " bridage ", les éditeurs disent " tout ignorer " d'une telle pratique. Vraie ou non, l'hypothèse est révélatrice d'un certain malaise. A moins de s'appeler Valeo ou Aérospatiale, les utilisateurs n'ont guère eu de moyens de faire pression sur les éditeurs. Tout n'est pas noir. Une évolution positive semble se dessiner. Certains éditeurs entament un nouveau credo : " L'ouverture est fondamentale ", s'exclame Jean-Pierre Nogué, responsable des échanges de données pour les produits Catia chez Dassault Systèmes, en reconnaissant que " les efforts actuels autour de la normalisation " n'ont pas toujours prévalu. Même son de cloche chez Parametric Technology (PTC), où Olivier Renault, directeur des alliances stratégiques de la branche services, souligne que " l'interface STEP fait partie de la fondation de Pro-Engineer ". Jusqu'ici, seuls les " petits " éditeurs en CAO, FAO, calcul ou ingénierie ont eu un intérêt réel à favoriser l'intégration. " Pour nous, communiquer avec des logiciels tiers est une condition d'existence ", remarque Francis Allias, directeur général de Cimatron, un éditeur de CFAO réputé pour ses solutions de fabrication assistée par ordinateur. C'est sans doute l'évolution du marché qui améliorera la situation en matière d'échange de données techniques. La CAO proprement dite tend en effet à se banaliser. Les grands éditeurs cherchent aussi à se différencier par des solutions globales de gestion de l'information, comme le font par exemple PTC avec Windchill ou Dassault Systèmes avec Enovia. Cette nouvelle stratégie implique une politique d'ouverture digne de ce nom. A la décharge des éditeurs, il faut reconnaître que les échanges de données ont parfois bon dos ! A la demande d'un donneur d'ordres, un prestataire de services en EDT a été appelé à intervenir chez un sous-traitant qui avait une semaine de retard, n'ayant pu, soi-disant, lire une bande contenant un fichier de CAO. Vérification faite, le spécialiste s'est aperçu qu'il n'y avait aucun problème d'échange, mais que le sous-traitant, en surcharge de travail, avait in-voqué un prétexte plausible. Le cas est, paraît-il, fréquent...

Comment les utilisateurs s'en sortent

Ingénierie simultanée, intégration de la sous-traitance, partenariats resserrés, tous les concepts industriels en vogue multiplient les besoins d'échange de données techniques. " Il y a dix ans, les clients nous donnaient un dessin. Aujourd'hui, les donneurs d'ordres nous disent : "Voilà l'encombrement ; débrouillez-vous" ", s'exclame Thierry Morin, directeur général adjoint de Valeo. " Bientôt, nous ne livrerons plus des phares, mais une face avant ", précise Bernard Brochard, coordinateur informatique technique groupe. Devenu " systémier ", obligé de transmettre des fichiers de modèles 3D dans un format donné pour répondre aux desiderata de son client, le sous-traitant rend un service gratuit. Résultat, les politiques, en matière d'échanges de données, se plient aux impératifs économiques. Ainsi, pour Valeo, une " très forte communication " s'impose dans les bureaux d'études. Elle justifie le choix de l'équipementier d'unifier ses outils de conception au sein de l'entreprise : Valeo a ainsi généralisé la CAO Catia de Dassault Systèmes. Mais, pour répondre aux exigences des constructeurs d'automobiles, qui attendent des fichiers dans un format natif identique au leur, l'équipementier a, en contrepartie, été contraint de mettre en place en interne des solutions de conversion de données. Il recourt à différentes " moulinettes " informatiques entre sa propre CAO et des stations, dites " frontales ", qui sortent des modèles dans les formats de fichiers des clients. Ce qui revient à prendre en charge lui-même les problèmes d'échanges de données techniques dans ses murs. Mais Valeo n'entrevoit pas d'autre solution : ses exigences de productivité internes l'incitent à réduire le nombre de logiciels différents. Multiplier les logiciels de CAO est en effet très coûteux. Ceux qui n'ont pas d'autre issue le mesurent. Studia, le plus grand bureau d'études indépendant français, qui occupe 1 200 personnes dans ses différentes agences, consacre 4 % de sa masse salariale à la formation en CAO. Ses clients exigent du format natif et semblent réticents à toute opération de conversion de données chez leur sous-traitant en études. A tort ou à raison - le débat divise les experts -, bon nombre d'entre eux craignent que le passage des modèles géométriques par des interfaces et des formats neutres, ne porte atteinte à l'intégrité des modèles. L'un de leurs arguments est le suivant : des problèmes inattendus, des messages d'erreur peuvent apparaître lorsqu'on découpe un modèle solide 3D qui semblait pourtant présenter toutes les garanties de fiabilité après une conversion... Sur ses 450 postes de travail, Studia possède donc tous les grands logiciels de CAO, de DAO et de calcul du marché... Cette situation est " lourde à gérer, en termes de logiciels comme de machines ", remarque Eric Champ, directeur opérationnel de Studia. D'autant plus qu'il faut tenir compte également des plates-formes matérielles. Car même les systèmes d'exploitation prétendument " ouverts " sont une source de problèmes. Le même logiciel de CAO se comportera différemment s'il " tourne " sous l'Unix d'IBM ou sous celui de Sun...

La normalisation trop lente ?

Mais Studia retire tout de même un avantage concurrentiel de cette diversité obligée : " Notre expérience de différents logiciels nous offre une opportunité supplémentaire : celle d'accompagner des clients qui migrent d'une application à l'autre ", note Eric Champ. A l'heure où la concentration du marché - avec notamment les reprises de Computervision par Parametric Technology et d'une partie de Matra Datavision par Dassault Systèmes - laisse augurer des migrations massives. L'oppor-tunité est précieuse. D'autres, comme l'agence de design parisienne Absolut Design, choisissent des solutions " sur mesure ". Déçus par une normalisation qui avance à petits pas, ils développent des solutions originales. " Nous pensons aujourd'hui qu'il faudra encore des années avant que les choses bougent vraiment ", pense Gilles Babinet, directeur d'Absolut Design.

Anticiper les coûts des échanges

Régulièrement appelée à travailler en coconception - elle réalise les éléments de surface, tandis que son client conçoit le coeur technologique -, l'agence a préféré se doter de compétences internes. " Nous avons parfois été déçus par les prestations de certaines sociétés de services en échange de données ", regrette Valéry Hamel. Spécialiste en technologies CAO - fort, notamment, du développement d'un modeleur 3D -, il prend désormais en charge, au sein de l'agence, tous les problèmes d'ingénierie et d'échange de données. Tout un savoir-faire méthodologique a été mis en place. Il consiste, grosso modo, à créer en fonction de ce qui sera exporté. Selon les cas, un objet géométrique donné supportera plus ou moins bien une conversion vers une autre plate-forme via un format standard comme IGES. Autant anticiper et en tenir compte le plus tôt possible. Encore peu répandue, cette méthode vaut à l'entreprise une compétence technologique appréciée. Absolut Design n'est pas seule à préférer développer les compétences internes, faute d'en trouver à l'extérieur. Il existe un certain nombre de sociétés et de centres de services - indépendants ou filiales de grands groupes spécialisés en échanges de données. Cependant, au dire de plusieurs entreprises, le rapport qualité-prix serait parfois décevant. " Les prestations sont inégales. On ne sait jamais quel sera le résultat quand on confie un modèle à convertir. Mais la facture est toujours élevée ", déplore-t-on dans un bureau d'études. Eric Bibonne, directeur associé du Cimpa, société de services et filiale productique du groupe Aérospatiale, répond que les PME omettent trop souvent de chiffrer ces coûts lors de la négociation d'un contrat. Devoir payer 2 000 ou 3 000 francs pour convertir un modèle apparaît donc ensuite comme une " mauvaise surprise " que le bureau d'études fait à la direction...

" Même si l'échange de données se passe bien, il faut toujours compter environ une demi-journée de travail pour un assemblage de 2 Mo avec des surfaces ", expose Eric Bibonne. Mais, pour les PME, lorsque les besoins restent ponctuels, l'échange à la prestation ou au forfait n'est pas forcément plus coûteux que l'acquisition d'une interface.

Qu'attendre du futur ?

Un lundi de janvier 1999, quelques-uns des plus brillants spécialistes mondiaux de l'échange de données et de la CAO s'étaient donné rendez-vous chez TTF, une société d'ingénierie informatique de production installée à Bron, près de Lyon. Parmi eux, Charles A. Lang et Ian C. Braid, de ThreeSpace. Les initiales de leurs prénoms sont le " I " et le " C " du modeleur 3D Acis de Spatial Technology, le leader du marché au coeur de nombreux logiciels de CAO - dont Autodesk, notamment. Deux Indiens avaient aussi fait le déplacement : des dirigeants de GSSL (Geometric Software Solutions) et Daytech Designs (qui détient une filiale américaine, Eslab), deux sociétés qui travaillent à l'échelle internationale dans les EDT, venus découvrir le produit des travaux de la start-up lyonnaise. Les mathématiciens issus de l'Ecole centrale qui travaillent chez TTF sont un peu des Champollions de la CAO. Leur approche s'apparente en effet à celle d'un traducteur qui saurait décoder une langue aux caractères et à la syntaxe inconnus. Sans connaître la structure du modèle de données, que les éditeurs de logiciels ne fournissent pas, ils parviennent à développer des " bibliothèques graphiques ". Ces derniers constituent de puissants outils de résolution des problèmes d'échange, puisqu'ils permettent de convertir des fichiers de CAO tout en respectant la précision et les attributs des modèles géométriques. Ces technologies, maîtrisées par une poignée de sociétés dans le monde, s'affirment comme parmi les plus prometteuses pour mettre un peu de clarté dans l'embrouillamini des échanges de données. Elles assurent en effet la cohérence des modèles, en conservant toutes les données, comme l'" historique de conception ", auxquelles les utilisateurs sont attachés.

Demain, des interfaces réellement intégrées

Les solutions de traduction, comme celles de TTF, se déclinent de plusieurs manières. En elles-mêmes, les bibliothèques graphiques sont des boîtes à outils. Mais elles se prêtent aussi au développement d'interfaces directes ciblées sur les grands logiciels du marché. TTF commercialise par exemple une solution assurant la conversion de fichiers au format binaire Euclid de Matra Datavision en modèles Catia de Dassault Systèmes. Tout l'intérêt est économique : " En configuration autonome, un sous-traitant n'a, par exemple, pas besoin de posséder une version du logiciel de son donneur d'ordres pour convertir un modèle ", explique Jean-Luc Brocard, président-directeur général de TTF. Pour un résultat comparable, l'investissement est dix fois moins moindre. L'approche a séduit GSSL, qui va développer un traducteur bidirectionnel entre Catia, de Dassault Systèmes, et le modeleur Acis. Daytech assurera, via sa filiale Eslab, la diffusion des applications TTF en Amérique du Nord. ThreeSpace n'a encore rien acquis. Mais son intérêt laisse toutes les portes ouvertes : les modeleurs géométriques pourraient-ils un jour intégrer des outils de communication ? Rien n'interdit de l'imaginer !

Des approches ciblées pour maîtriser la complexité

Les solutions de ce type ne font pas l'unanimité, car certains les estiment trop dépendantes des versions des logiciels cibles et se demandent si les développeurs parviendront à suivre les évolutions. Ils préconisent plutôt la prestation de services ou l'acquisition d'interfaces standards. Mais l'une des difficultés tient à la qualité des interfaces vendues par les éditeurs : bien qu'elles coûtent généralement quelques dizaines de milliers de francs, leurs performances sont inégales. Certaines interfaces - IGES, STEP ou SET - donnent d'excellents résultats, d'autres non. Quoi qu'il en soit, les concepteurs d'interfaces directes et les sociétés de services et d'ingénierie spécialisées dans les échanges de données ont assurément une belle niche de marché à occuper. Eric Bibonne, du Cimpa, constate ainsi que l'échange de données offre " un point d'entrée " chez les clients. " Tout le monde a des problèmes dans ce domaine. Il nous arrive d'être appelés pour les résoudre et d'accomplir ensuite d'autres prestations. " Mais tous devront mener certains efforts pédagogiques auprès des non-spécialistes. " Tous les outils sont aujourd'hui disponibles ", estime André Labat, P-DG d'Espri Concept, une autre SSII spécialisée dans les EDT. Encore faut-il les maîtriser. Car si ce constat laisse augurer d'une amélioration, la maîtrise des technologies reste une affaire de spécialistes. La norme STEP, par exemple, occupe trois mille pages ! Elle est tellement large que certains, comme André Labat, la considèrent avant tout comme un cadre méthodologique. " L'essentiel est de mettre en place des filières " métier " traitant finement les problèmes spécifiques à une industrie ", dit-il. La démarche est payante, puisque Espri Concept a vendu à la Nasa une solution permettant l'intégration, par des logiciels de conception, de données issues d'outils d'analyse thermique.

Des échanges au-delà de la géométrie

STEP a aussi le mérite de dépasser la simple géométrie pour couvrir l'ensemble du cycle de vie du produit. En ce sens, elle anticipe les besoins des utilisateurs. A court ou à moyen termes, les différentes approches technologiques offriront sans doute une réponse aux problèmes d'échanges géométriques. Un cadre de référence comme STEP sera alors utile pour poursuivre l'intégration. " La frontière se déplace en même temps que les technologies ", conclut Bernard Brochard, chez Valeo. Dans deux, trois ou cinq ans, les enjeux porteront sur l'intégration des échanges de données techniques dans une perspective plus globale, associant la conception en ligne et d'autres applications d'entreprise. Prémices de cette évolution, le projet américain ANX, un réseau TCP/IP autorisant des échanges sécurisés pour l'industrie de l'automobile. Des technologies dont les constructeurs européens prévoient déjà de s'inspirer.



Les grands standards : de Iges a Step

IGES. La première version de cette norme d'échange américaine entre logiciels de CAO date de 1980. L'une des principales critiques des utilisateurs tient à l'éclatement de cette norme : les grands éditeurs déclinent IGES chacun à sa manière !

SET est un peu le pendant français d'IGES. Conçue au sein d'Aérospatiale depuis 1983, elle est devenue dix ans plus tard une norme NF, soutenue et développée par l'Afnor et l'association Goset.

STEP. Dernier en date, ce standard se distingue par des objectifs plus ambitieux et devrait supplanter les précédents. STEP (Standard for Exchange of Product Model Data) dépasse la géométrie, puisqu'il doit décrire dans un langage formel tous les types de données associées à un produit manufacturé. En France, les grandes entreprises de l'aéronautique et de l'automobile sont partie prenante des travaux. Concrètement, la norme se traduit par des protocoles d'application (AP) dédiés à divers secteurs industriels. Les plus importants et les plus avancés sont l'AP 214 (industrie de l'automobile, et mécanique par extension), AP 212 (installations électriques), AP 210 (circuits imprimés), AP 227 (installations d'ingénierie) et AP 209 (calcul et analyse par éléments finis).



Les points clés

Les enjeux

Conserver la cohérence des modèles lors des échanges entre logiciels

Faciliter la coopération entre donneurs d'ordres et sous-traitants

Favoriser l'intégration autour de solutions globales

Réduire les coûts

Les solutions

Veille technologique et formation aux méthodes de conception et d'échanges

Tenir compte des coûts des échanges de données dans les contrats

Ne pas hésiter à investir dans une interface lorsque l'entreprise doit effectuer des échanges fréquents



Des éditeurs hors la loi ?

Aucun tribunal n'a encore jamais été appelé à trancher la question. Mais les grands éditeurs de logiciels de CAO sont peut-être en dehors de la légalité avec leurs modèles de données propriétaires, qui restent un obstacle à une communication totalement transparente. La loi n¡ 94-361 du 10 mai 1994 (art. L-122-6-1 du Code de la propriété littéraire et artistique) pose le principe d'une nécessaire interopérabilité entre les logiciels. Cette dernière est d'ailleurs l'un des objectifs prioritaires de la directive européenne du 14 mai 1991, qui la définit notamment comme " une capacité d'échanger des informations et d'utiliser mutuellement ces informations ". Selon les textes légaux, l'éditeur doit fournir les informations qui permettent d'assurer l'interopérabilité. Dans l'hypothèse où le modèle de données propriétaire serait juridiquement reconnu comme faisant partie des informations nécessaires à un échange d'informations sans aucune barrière, l'éditeur pourrait être amené à le livrer à qui lui en ferait la demande. Une décompilation du logiciel peut également être autorisée afin de permettre l'interopérabilité. " La loi n'est pas très loquace, et il semble qu'il y ait matière à débattre ", note Me Jean-Philippe Leclère, du Cabinet Bensoussan. En fait, tout tourne autour des différentes interprétations possibles de la notion d'interopérabilité en CAO. L'objectif est-il de " traduire " fidèlement un modèle géométrique et les données associées ou d'accéder à toutes les informations d'origine ? Les grands éditeurs vont certes jusqu'à un certain point dans la communication des informations sur leurs produits, proposent des " boîtes à outils ", des API (interfaces), certifient des logiciels tiers dans le cadre de programmes de partenariat. " Nous offrons des API pour accéder aux données de tout type d'élément Catia. Mais nous ne fournissons pas la documentation sur notre modèle de données ", explique Jean-Pierre Nogué, de Dassault Systèmes. Ces API sont-ils suffisants pour assurer l'intero- pérabilité ? Au vu des difficultés qui subsistent dans l'échange de données, la question reste, à ce jour, manifestement ouverte.



Une culture à diffuser dans les PME

En dehors des grands groupes et d'une minorité d'entreprises sensibilisées aux problèmes d'échanges de données techniques, les PME paraissent souvent démunies. Elles ont rarement les moyens d'entretenir une veille technologique sur le sujet, et subissent souvent une certaine pression de leurs donneurs d'ordres. Pour bon nombre d'entreprises de la mécanique, la marge de manoeuvre est étroite. Le débat se résume souvent à adopter le logiciel de CAO de son client ou à ne plus travailler pour lui !

Certains organismes, comme le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), se sont donc engagés dans une démarche didactique. Un CD-Rom intitulé " Passeport pour les échanges de données techniques " a été édité avec le Goset. Il dresse un état de l'art assez exhaustif, ainsi que des liens vers des sites Internet traitant du domaine. D'autre part, un catalogue recensant l'offre des sociétés de services françaises spécialisées en EDT sera publié dans quelques mois.



Quand les fournisseurs s'autocertifient

Imagine-t-on une entreprise vanter sa démarche qualité en se disant conforme aux normes ISO 9000 alors qu'elle n'en possède pas le certificat ? Difficilement ! C'est pourtant un peu ce qui se passe en matière d'échanges de données techniques avec des éditeurs qui se disent volontiers " conformes à STEP ". La procédure de certification existe bel et bien : le Goset a monté un laboratoire d'essais, et un comité Afnor est habilité à délivrer un certificat de conformité. Pourtant, aucun éditeur n'est encore passé par cette procédure ! A la décharge des éditeurs, les procédures sont récentes. Et ils ne détiennent pas l'exclusivité de cette pratique. " Dans tout ce qui est nouveau, les entreprises prennent la liberté de s'auto-déclarer. On assiste au même phénomène avec l'environnement, où les gens se disent ISO 14000 ", observe Christine Hermettet-Filez. Ingénieur en normalisation chargé des échanges de données industrielles à l'Afnor, elle souligne les limites de cette attitude face à un client qui demanderait des preuves. Les éditeurs ont des réponses toutes prêtes : " Quand nous nous disons conformes à Step, cela signifie que nous sommes au meilleur niveau de l'état de l'art ", réplique-t-on chez Dassaut Systèmes. " Tout dépend de la pression des clients ", dit-on chez Parametric Technology, qui invoque aussi une difficulté à obtenir une certification à l'échelle mondiale.

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