Cao : Merlin Gerin sur la voie de la standardisation

Grâce à des choix technologiques pointus, à une politique de formation originale et à une volonté d'automatisation, le fabricant d'équipements électriques est en passe de réussir un difficile pari. Il transforme sa CAO en outil de productivité.

Partager

CAO

Merlin Gerin sur la voie de la standardisation

Grâce à des choix technologiques pointus, à une politique de formation originale et à une volonté d'automatisation, le fabricant d'équipements électriques est en passe de réussir un difficile pari. Il transforme sa CAO en outil de productivité.

Merlin Gerin espère s'être engagé dans la bonne voie pour de nombreuses années. "Changer de système de conception assistée par ordinateur constitue un projet majeur", souligne Jean-François Gaillard, responsable CFAO groupe à la Direction organisation et technologies de l'information (Doti). Malgré sa taille, le groupe ne possédait pas, encore récemment, de véritable politique intégrée en matière d'informatique industrielle. Merlin Gerin, qui a grandi au rythme de près d'une acquisition par mois dans les années 1989-1990, considère chaque entité comme une "business unit" à l'américaine. Résultat: "Entre la diversité de cultures d'entreprise d'origines différentes et les nombreuses acquisitions, nous nous sommes retrouvés devant un tissu très hétérogène", constate Jean-François Gaillard. C'est sur cette toile de fond qu'une volonté de standardisation des systèmes de conception assistée par ordinateur s'est imposée en 1989, année depuis laquelle le développement de tous les produits est entièrement informatisé. Faire le choix d'un système n'avait rien d'une sinécure: la CAO mécanique d'alors était loin des performances de celle de 1994. Membre du CAM-I, une association américaine chargée de promouvoir la CAO, Jean-François Gaillard était dans une position privilégiée pour établir des standards au sein d'un groupe qui en est à sa troisième génération de logiciels en quinze ans. "Je pressentais que les concepts les plus récents du moment, comme les "features", ou formes fonctionnelles, allaient bientôt apparaître dans des produits de CFAO", dit-il. Il avait vu juste, mais, en 1990, le choix est encore restreint: deux systèmes seulement arrivent au terme de la sélection, et le logiciel Pro-Engineer de l'américain Parametric Technology Corporation (PTC) est retenu fin 1990. "Nous l'avons acquis pour l'évaluer, tout en pensant qu'il était encore trop tôt pour le mettre entre les mains d'un dessinateur", se rappelle Jean-François Gaillard.

Un gain de 50% pour les bureaux d'études

Aux yeux des hommes de la Doti, certains points rédhibitoires, comme la possibilité d'effectuer facilement des modifications en cours de conception ou de dessiner des contours complexes, restaient à régler. Six mois plus tard, ces problèmes paraissent résolus dans la dernière version du logiciel. Un test en grandeur réelle est réalisé chez Jeumont-Schneider Transformateurs (JST), une filiale de Merlin Gerin implantée à Lyon. Résultat concluant: un gain de 50% est enregistré sur le temps passé par le bureau d'études à concevoir en CAO par rapport au système précédent. D'autres essais menés en 1991 sur une gamme de petits disjoncteurs- les Multi 9 - et au sein de la filiale MG Alpes, spécialisée dans la fabrication d'armoires électriques, confirment le choix. Les fonctions de modélisation paramétrique et d'associativité font leurs preuves: toute modification apportée à n'importe quelle étape de la conception est répercutée sur l'ensemble du processus de développement. Les approximations des modeleurs des années 80 ont disparu au profit de l'exactitude. Mais l'outil informatique en tant que tel n'a pas à lui seul toutes les clés du succès. Merlin Gerin a compris que le changement technologique doit être expliqué aux techniciens: "Il n'est jamais agréable de changer de système", admet Jean-François Gaillard. Un concepteur habitué depuis vingt ans à un système est contraint de se remettre en question. Il faut lui faire comprendre que la nouvelle technologie va lui apporter beaucoup plus. Sur les produits de dernière génération, l'argument est réel. Une CAO attractive exerce même une véritable fascination dans les bureaux d'études. "Certains concepteurs tombent amoureux de leur logiciel", affirme Jean-François Gaillard. Ils "s'éclatent" derrière leur écran, restent après les heures de travail pour dessiner les plans de leur future maison... Une authentique symbiose se crée avec l'outil, et la productivité personnelle peut doubler.

L'assimilation de nouveaux concepts

Tout se résume à une question de formation et de méthode. Un minimum de trois ou quatre semaines est nécessaire. "Si l'on désire que les gens soient rapidement productifs, il faut prendre du temps", commente Jean-François Gaillard. Le changement de système induit en effet l'assimilation de nouveaux concepts: les utilisateurs ne travaillent plus en fonction de critères purement géométriques, mais de "features". Ils doivent aussi intégrer les notions d'assemblage paramétrique, d'associativité. Merlin Gerin a développé une méthodologie complète de formation. Les hommes apprennent ainsi à travailler dans un certain ordre: pour faciliter, par exemple, les modifications, les éléments simples soumis à d'importantes variations - comme les chanfreins - ne sont figés qu'en fin de conception. Cette politique de standardisation, associée aux possibilités des outils modernes, offre aussi les moyens de dépasser la simple informatisation. "Au niveau du développement, cela permet une personnalisation générale", explique Jean-François Gaillard. Cette idée de "personnalisation générale" n'a rien d'un contresens: des techniciens qui travaillent sur des petits disjoncteurs n'ont pas tout à fait les mêmes besoins, ni les mêmes problèmes, que leurs collègues qui étudient de gros transformateurs. Sur certains sites, des développements plus spécialisés sont réalisés sur ces bases communes. Chez France Transfo, qui produit des transformateurs moyenne et basse tensions à Metz, certains produits se construisent presque automatiquement. Un module spécifique traite la demande formulée par le client, et la CAO calcule le transformateur en fonction des données indiquées (encombrement, bobinage, etc.), qui sont affectées à des pièces types préalablement paramétrées. Dans ce dispositif, le processus de création est automatisé à 90%. Une telle automatisation est inapplicable aux disjoncteurs, car il est impossible de modéliser les paramètres qui provoquent une coupure de courant, mais elle pourrait être adaptée à d'autres produits dont la conception ressemble à un Meccano.

De nombreux projets sont dans les cartons

"Ces avancées n'auraient pas été possibles il y a quelques années, assure Jean-François Gaillard. Nous arrivions même à des degrés de blocage où nous ne pouvions plus modifier une pièce sans reprendre l'ensemble du processus de conception." Aujourd'hui, les résultats enregistrés depuis deux ans incitent Merlin Gerin à poursuivre dans cette voie. De nombreux projets sont dans les cartons, notamment en automatisation de la conception, un domaine où il reste encore des gisements de gains à explorer.

Laurent VIEL



un leader mondial de la distribution Électrique

Avec un chiffre d'affaires hors taxes de 20,9milliards de francs, dont 58% à l'international, et un effectif de 31000 personnes à fin 1992, quatre-vingt-dix filiales et participations, une présence dans plus de cent pays, Merlin Gerin (groupe Schneider) figure parmi les leaders mondiaux de la distribution d'énergie face à des concurrents comme ABB, GEC-Alsthom, Mitsubishi ou Siemens. Les activités de l'entreprise sont diverses: distribution basse et moyenne tensions (disjoncteurs, condensateurs, transformateurs, etc.), électronique industrielle avec les interfaces d'alimentation pour la micro-informatique et les onduleurs, ainsi que la mise en place d'installations et d'ensembles complets, dans des domaines variés comme les équipements de puissance pour le transport et la distribution de la haute tension.



un Équipement menÉ tambour battant

La standardisation du parc de CAO va bon train: sur les 380postes de CAO mécanique installés dans les différentes entités du groupe en France et à l'étranger, quelque 110exemplaires du nouveau système Pro-Engineer ont déjà été mis en service. Ce nombre devrait grimper à 160 d'ici à la fin de l'année, et l'objectif est de disposer à terme de 300 à 400postes. Les systèmes 2D, plus simples, perdureront pour les services "affaires" chargés de l'installation et du câblage, ainsi que pour les petits bureaux d'études étrangers, dont la tâche se limite à l'adaptation des produits aux contraintes locales. Si Merlin Gerin déclare avoir signé un contrat de 2millions de dollars avec son fournisseur, PTC, le montant global des investissements reste confidentiel. Le projet obéit cependant à de stricts critères de retour sur investissement: chaque site souhaitant s'équiper doit monter un dossier technique justifiant de la rentabilité. Les matériels, des stations de travail Sun Sparc 10, ne sont pas achetés, mais loués en leasing, afin de permettre un renouvellement plus aisé.

USINE NOUVELLE - N°2450 -

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS