Calculez vous-même le montant de l’indemnité à verser à EDF pour fermer Fessenheim

Pour la fermeture de Fessenheim, EDF a le droit à une indemnité. Mais comment la calculer. L’Etat propose moins de 100 millions d’euros, des experts comptent 2 à 2,5 milliards, deux députés avancent le chiffre de 4 milliards… Et pour vous, c’est combien ?

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Calculez vous-même le montant de l’indemnité à verser à EDF pour fermer Fessenheim
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Fessenheim

Selon la loi de transition énergétique, EDF devra fermer les deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin) quand ouvrira l’EPR de Flamanville (Manche), normalement fin 2018, afin de respecter le plafonnement de la puissance nucléaire installée en France. Et selon le Conseil Constitutionnel, EDF a le droit de recevoir une indemnité qui compense la perte de son outil de production. Cette somme doit aussi permettre à EDF de rembourser les partenaires allemands et suisses qui ont des parts dans la centrale alsacienne.

Reste donc à calculer cette indemnité… Et là, les différentes parties prenantes ne parviennent pas à s’entendre. Le premier chiffrage est venu d’un rapport parlementaire réalisé par les députés Marc Goua (PS) et Hervé Mariton (LR) en septembre 2014. A cette date, ces derniers ont avancé un chiffre astronomique avec une indemnité de 4 milliards d’euros. Une somme que la ministre de l’Environnement avaient jugé "farfelue". Quelques mois plus tard, ses services proposent une indemnité de 80 à 100 millions d’euros. Une somme plutôt ridicule, qui a déçu EDF. L’entreprise attendant au moins 2 milliards d’euros, selon des sources internes.

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La différence entre ces deux bornes est énorme. Paradoxalement, les députés et les services de la ministre se sont basés à peu près sur les mêmes critères de calcul.

Pour les résumer de manière très simple, nous pouvons les mettre en équation de la manière suivante. Si "I" est l’indemnité à verser à EDF (en millions d’euros), alors :

I = AxCx€xP –300xAxC

La première partie de l’équation "AxCx€xP" représente ce que peut rapporter la centrale à EDF.

A est le nombre théorique d’années d’exploitation de Fessenheim que peut viser EDF. Il va de 3 à 23 ans. 4 ans, si on considère que ce réacteur doit s’arrêter à 40 ans (la quatrième visite décennale aura lieu en 2019). 23 ans, si on considère que ce réacteur peut atteindre 60 ans.

C représente la chance que l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) autorise le réacteur à atteindre cette durée de vie théorique. C va de 0 à 1. A titre d’exemple, les députés Goua et Mariton considèrent qu’il y a 100 % de chance que le réacteur puisse atteindre 40 ans, 90 % de chance qu’il puisse atteindre 50 ans, 85 % de chance qu’il puisse atteindre 60 ans.

€ est le prix moyen (en euros) du MWh sur le marché de gros de l’électricité. C’est sans doute le plus difficile à calculer. Il a atteint récemment un point bas à 20 euros par MWh. Il tournait autour de 40 euros, il y a encore quelques mois. Dans leurs estimations, les députés Goua et Mariton ont imaginé des prix allant de 50 à 95 euros par MWh. Les services du ministère imaginent plutôt des prix bas à long terme.

P est la production de la centrale. P se situe entre 12 et 14 car, chaque année, la centrale produit de 12 à 14 millions de MWh.

La seconde partie de l’équation "300xAxC" représente ce que coûte chaque année la centrale à EDF.

300 représentent 300 millions d’euros, soit le coût de fonctionnement annuel de la centrale. C’est le chiffre fourni par le ministère de l’Environnement et de l’Energie. On le multiplie par le nombre théorique d’années restantes d’exploitation (A) et la chance que l’Autorité de Sureté nucléaire (ASN) autorise le réacteur à atteindre la durée de vie théorique (C).

Un exemple de calcul

Prenons un calcul théorique en guise d’exemple (chiffrage qui n’engage pas l’Usine Nouvelle). Nous considérons qu’il reste 13 années de vie théorique à la centrale, ce qui lui permet d’atteindre 50 ans, donc A=13. Il y a 90 % de chance que l’ASN autorise cette durée de vie donc C=0,9. Le prix moyen de l’électricité sera de 35 euros/MWh donc €=35. La centrale va produire 13 millions de MWh/an donc P = 13.

Aussi, I= 13x0,9x35x13-300x13x0,9 = 1813,5

Selon ce calcul, l’Etat doit verser un peu plus de 1,8 milliard d’euros à EDF pour la fermeture anticipée de la centrale de Fessenheim.

Bien sûr, ce calcul est grossier. Nous pourrions aussi intégrer à l’équation des coûts supplémentaires comme les dépenses engagées par EDF pour les mesures après Fukushima. Nous pourrions aussi prendre en compte le coût social puisque la fermeture de la centrale doit se faire sans aucun licenciement.

Ludovic Dupin

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