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Cacao : des investissements sont requis pour faire face à l'essor de la demande de chocolat

Franck Stassi

Publié le

Les cloches sont passées, mais la demande reste à la hausse. L'accroissement de la consommation de chocolat profite aux industriels du secteur, mais constitue une épée de Damoclès au-dessus de la tête des producteurs ouest-africains de cacao, qui ne sont pas en mesure de financer une accroissement de leur production.

Cacao : des investissements sont requis pour faire face à l'essor de la demande de chocolat © Flickr/cc Tom Hart

Le lancement, début avril, de deux nouveaux contrats libellés en euros par CME Group et ICE ne constituait qu’un des signaux des mouvements en cours dans le secteur du cacao : l’appétit toujours plus fort pour le chocolat bénéficie à plein aux entreprises spécialisées, mais requiert également de nombreux investissements pour moderniser les exploitations et développer la production, estime le consultant britannique Hardman & co.

Hardman & co propose une batterie "d’arguments convaincants pour investir dans le secteur de la confiserie de chocolat". Tout d'abord, son indice des industriels du chocolat ne cesse de grimper depuis cinq ans (voir graphique ci-dessus). Depuis le début du siècle, il a même dépassé à cinq reprises l’indice S&P 500 !

Parmi les sociétés qui le composent: Barry Callebaut, le premier fournisseur mondial de cacao, broie plus d’un million de tonnes par an, Petra Foods domine le marché asiatique du chocolat (Japon excepté), en pleine expansion, tandis qu’Hershey est la première marque en Amérique du Nord et occupe la sixième place des producteurs mondiaux de chocolat. L'indice comprend également Lindt.  L’émergence des classes moyennes dans les pays en développement pousse la demande, tandis que la quantité de cacao broyée à l’échelle mondiale progresse au même rythme que le produit intérieur brut.

Ces performances, aussi remarquables soient-elles, ne peuvent néanmoins être réalisées qu’avec des matières premières en quantité suffisante. "L'augmentation actuelle de la demande a été principalement satisfaite par une expansion rapide de la zone de production. Ce n’est clairement pas une tendance durable", explique le consultant. Les surfaces consacrées au cacao sont passées de 4 à 10 millions d’hectares entre 1980 et 2012, tandis que les rendements demeurent quasi-stables. Hardman & co appelle donc à des efforts en matière de productivité.

De plus, l’offre mondiale peine à suivre l’évolution de la demande : la baisse des stocks et la hausse du coût des approvisionnements engendrent des difficultés pour les industriels. Hardman & co jauge à 95% la proportion du cacao produite par de petites exploitations. 73% de la récolte 2013-14 a par ailleurs été produite en Afrique de l’Ouest : ce double effet de fragmentation et de concentration fragilise l’avenir de la filière.

L'épouvantail de la demande chinoise

Pour Hardman & co, le secteur doit urgemment se moderniser : l’essor de la classe moyenne chinoise devrait favoriser, dans les années à venir, l’augmentation de la consommation de chocolat, de 100g à 300g par an. Plus de 338 000 tonnes supplémentaires pourraient être nécessaires d’ici à 2022 si le segment le plus favorisé de la classe moyenne urbaine chinoise rattrapait les chiffres atteints en Malaisie, pays au sein duquel le ratio entre la consommation de cacao par habitant et le produit intérieur brut par tête est bien supérieur. Pour accroître leurs ventes, les industriels devront s’adapter aux spécificités de la demande locale, en proposant davantage de produits pouvant être stockés au frais et des formats plus adaptés à la vente au détail.

"La production d'Afrique de l'Ouest aurait du mal à répondre à cette croissance de la demande, en raison de terres disponibles limitées, et d'une exploitation juste à l'équilibre, empêchant les investissements dans les actifs de production", précise le consultant, qui estime probable l’hypothèse d’un déficit structurel en fèves de cacao  à l’horizon 2020. A tel point que, les financements se tournant plutôt vers l'Asie et l'Amérique latine, Hardman & co affirme que l'Afrique de l'Ouest pourrait avoir atteint le pic de sa part de marché.

La professionnalisation des exploitants, notamment en matière d’agronomie, et le développement du secteur financier pour favoriser les emprunts à l’échelle locale apparaissent, en Afrique de l’Ouest, comme des conditions incontournables pour répondre aux défis futurs de la filière.

Franck Stassi

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