C’était comment les meetings géants de la Concorde et de Vincennes ?

Reportages croisés à la Concorde et à Vincennes, le 15 avril où les deux principaux candidats réunissaient leur troupe pour une manifestation de force ultime à 7 jours du premier tour.

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C’était comment les meetings géants de la Concorde et de Vincennes ?

Qui pour chauffer la foule ?

Chez François Hollande
Au pied du donjon du château de Vincennes, les bourrasques font frissonner les militants. Sur la scène, Najat Vallaud-Belkacem, une des porte-paroles de François Hollande et Aurélie Filippetti, la députée de la Moselle, essayent de réchauffer l’ambiance. "Vous êtes plus de 100 000", assure Aurélie Filippetti, les cheveux au vent. Chiffre invérifiable mais l’esplanade se remplit rapidement. Le parti socialiste a prévu une heure de concert festif avant le discours de François Hollande. Des reprises de standards de la chanson française par le groupe le Bal puis le chanteur du groupe antillais Kassav’ Jacob Desavrieux entraîne l’esplanade dans un zouk. C’est au maire de Paris Bertrand Delanoë de prendre la parole juste avant François Hollande vers 15h30. "Peut-être qu’à quelques kilomètres d’ici, sur une place qui aujourd’hui portera un peu moins bien son nom, ils manieront l’insulte, la manipulation", s’emporte le maire de Paris qui assure qu’en cas de victoire, "les chercheurs (…)seront mieux considérés que les traders, l’entrepreneur sera mieux considérée que le spéculateur". Encore un clip vidéo sur Hollande et le candidat socialiste monte à la tribune.

Chez Nicolas Sarkozy
Sur un T-shirt, un jeune militant a écrit "Pas besoin de concert pour se rassembler". Place de la Concorde ce sont des politiques, pas des musiciens qui chauffent l’ambiance. Défilent à la tribune Nathalie Kosciusko-Morizet qui confirme aussi "vous êtes 100 000", Xavier Bertrand, Jean-François Copé, Alain Juppé qui vont principalement rappelé les faits d’armes de leur leader "Il a su faire face à toutes les crises : Georgie, chute de Lehman brothers, côte d’Ivoire, Lybie, euro… " s’enthousiasme un ministre des affaires étrangères que l’on a connu plus sobre. Un petit intermède monde du spectacle, (vidéos de soutien de Véronique Genest et Nadine Trintignant et petits mots en direct du cinéaste Claude Lelouche) et voici François Fillon. Le premier ministre accueilli par des applaudissements monstre, est chargé entre autre de taper sur le camp d’en face. Il moque l’attelage Hollande-Joly-Mélenchon. "Mélenchon, l’homme des meetings où l’on agite des drapeaux soviétiques. Celui qui s’imagine en mutin du Potemkine mais qui négociera la ferraille du Titanic." A 15h30 pétantes, Nicolas Sarkozy fait une entrée tonitruante depuis un des bouts de la Place de la Concorde.

Le merchandising

Chez François Hollande
Des T-shirt "le changement c’est maintenant" rouge à 5 euros, d’autres T-shirt "H comme Hope" avec le portrait du candidat à 10 euros, des badges classiques, des coques de téléphones portables, des ballons de baudruche et des affiches… Le parti socialiste et le MJS ont installé plusieurs stands sur les pelouses autour de la place. Des vendeurs à la sauvette commercialisent aussi des drapeaux tricolores. Prix : 2 euros.

Chez Nicolas Sarkozy
Tout est distribué aux militants. Principalement des T-shirts. Les jeunes, arborent un « j’aime NS », reprenant le graphisme de facebook. Une forêt de drapeau bleau-blanc-rouge et aussi des grands ballons de baudruches tricolores. On croise aussi de nombreuses personnes de 60 ans bardés d’autocollants "les étudiants avec Sarkozy". Renseignements pris, il ne sont plus étudiants depuis longtemps mais bien pour Nicolas Sarkozy. Une jeune femme de l’organisation court les bras pleins de sachets bleus. Chouette, un nouvel objet publicitaire ? En fait, ce sont des capes de pluie en plastiques que l’on apporte aux handicapés et personnes âgés qui ont froid à rester sans bouger avec ce vent glacé.

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Quoi pour se restaurer ?

Chez François Hollande
Ambiance merguez-frites. Tout autour de l’esplanade, une petite dizaine de camionnettes distribuent des sandwichs et des hot-dog. On trouve des chouchous et des beignets. Des associations de quartiers proposent aussi des spécialités africaines et des rouleaux de printemps. Enfin, une camionnette a même prévu les bouteilles de champagne, en plus des cannettes de bières et de sodas, sans trop de succès. Un peu tôt pour célébrer la victoire.

Chez Nicolas Sarkozy
On n’est pas là pour faire des agapes. Seul un tout petit kiosque abrité sous une tente blanche, à l’entrée de l’avenue des Champs Elysées, propose un "barbecue au vrai feu de bois". Quelques personnes ont acheté un sandwich saucisse, mais il est 15 heures, et visiblement ce n’est pas l’heure de déjeuner pour les militants de l’UMP.

A quoi ressemble le coin VIP ?

Chez François Hollande
A côté des éléphants socialistes au grand complet (Ségolène Royal, Lionel Jospin, Martine Aubry…), beaucoup d’artistes ont rejoint le meeting. Le chanteur Benjamin Biolay était au pied du podium, à côté de Jeanne Birkin, Jacques Higelin, l’ex footballeur Vikash Dhorasoo, l’animatrice TV Valérie Damidot ou le philosophe Yves Michaud.

Chez Nicolas Sarkozy
Tous les ministres au grand complet (Morano, Besson, Chatel ….), des parlementaires en nombre et une Carla toute souriante retransmis régulièrement sur les écrans géants de la place discutant avec le cinéaste Claude Lellouche.

Les entreprises citées

François Hollande
"Arcelor-Mittal", pour saluer un représentant des salariés du Florange présent au meeting

Nicolas Sarkozy
Aucune, il parle de la compétitivité "des entreprises en général"

Durée de l'intervention

François Hollande
50 minutes

Nicolas Sarkozy
41minutes

Les références citées

François Hollande
Dès le début du discours, François Hollande cite François Mitterrand en 1981 :"Candidat des socialistes, je suis aussi le seul candidat de gauche qui soit en mesure de l'emporter". Il a aussi convoqué la révolution de 1789, Léon Blum le leader du front populaire et Raymond Aubrac, figure de la résistance décédée cette semaine. Pierre Mendès France et Lionel Jospin ont aussi été cité. En appelant à fixer "une nouvelle frontière" pour la France, il a presque fait du Kennedy dans le texte.

Nicolas Sarkozy
D’abord un italien Malaparte qui a le mieux parlé de cette place de la Concorde "une idée ; ce n’est pas une place, c’est une manière de penser. Tout ce qui est vraiment français se mesure ici." Le président candidat convoque ensuite le souvenir de Valmy, de la résistance, de Gaulle et tous les grands auteurs du génie français "Molière, Voltaire, Chateaubriand". le discours est conclu d’une grande citation de Victor Hugo un peu grandiloquente et embrouillée sur la liberté, la fraternité, la paix, le travail, l’ordre …

La phrase la plus applaudie

François Hollande
"Je sens monter un grand espoir, un espoir français"
"La perspective de notre victoire affolerait les marchés, mais il n’y a que lui [le président sortant] qui s’affole. Les marchés sont calmes et il veut les réveiller. Curieuse conception que d’appeler la spéculation à la rescousse pour empêcher l’alternance".
Et celle qui a fait le plus rire : "Ca se réchauffe, même en haut il nous écoute", pour saluer un rayon de soleil

Nicolas Sarkozy
"N’ayez pas peur, ils ne gagneront pas si vous décidez que vous ne voulez pas qu’ils gagnent"

Ce qu’ils ont dit sur l’économie

François Hollande
"J’ai tenu mon cap, démontré ma constance", a assuré François Hollande. Dans son discours, le candidat n’a pas dévié et a repris quelques-unes de ses 60 propositions dévoilées au Bourget. Il a promis de sortir de "la politique industrielle cohérente faite d’abandons industriels et de cadeaux fiscaux" en renforçant les filières industriels et en sonnant la mobilisation générale de l’épargne des Français au service de la croissance. "C’est au peuple d’investir dans les grand projets d’un pays". En opposition à Nicolas Sarkozy, François Hollande a aussi promis de respecter les partenaires sociaux "y compris les organisations patronales que nous ne maudissons pas". Même s’il a tendu la main vers les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en assurant entendre "les colères qui tonnent contre les injustices, le désordre du monde" et vouloir "traduire ces colères en acte de gouvernement", le candidat socialiste a rappelé son calendrier : d’abord le redressement économique avant de mener des politiques de redistribution, "pour améliorer la vie de chacun à condition que l’on ait créer la richesse nécessaire".

Nicolas Sarkozy
Comme à son habitude, le candidat a profité de ce discours pour lancer une nouvelle idée. Il a expliqué qu’après avoir sauvé l’Euro, il voulait mettre l’Europe sur une trajectoire de croissance et qu’il ouvrirait le débat "sur le rôle de la BCE". Afin qu’elle n’ait pas pour seule rôle de gérer l’inflation, mais aussi de favoriser la croissance.
Il a proposé d’inventer le "nouveau modèle de croissance du 21 ème siècle".

Portraits de participants au meeting

Le militant à Vincennes
Mustapha Kouchis, maçon
Il tient fermement sa grande banderole de sa section de Gonesse, en Ile-de-France. Mustapha est adhérent à la section locale du PS et est arrivé en début d’après-midi en car avec une soixantaine d’autres militants et de sympathisants. Depuis le début de la campagne, il a déjà écouté François Hollande au Bourget puis à Aulnay-sous-Bois. "C’était mieux parce qu’il a plus parlé des ouvriers, des jeunes", analyse-t-il. Ce qui l’inquiète lui, c’est le pouvoir d’achat et les prix qui augmentent toujours. Mais surtout l’avenir de ses deux enfants en troisième année de licence et en BTS qui le préoccupe. "Il faut aider les jeunes", reprend –il. "Et puis, c’est mieux, si ce n’est pas tout le temps les même au pouvoir", assure Mustapha qui croit à la victoire.

Le sympathisant à Vincennes
Mathias, cadre administratif dans un laboratoire de recherche en biologie
Il est venu en vélo, presque voisin, avec ses trois enfants dont deux bien calés dans leur poussette "J’avais envie de l’entendre en vrai, ma fille aussi voulait venir", assure Mathias en désignant sa fille ainée d’une dizaine d’année. " L’organisation de l’autre meeting à la Concorde m’a aussi décidé", reconnaît-il en rigolant. De gauche, le quadragénaire a été touché par le discours du Bourget, qui avait lancé la campagne de François Hollande en janvier. "Il a parlé des valeurs républicaines mais aussi de la réduction de la dette mais pour permettre plus de croissance", analyse-t-il. Il espère aussi un changement dans la politique de financement de la recherche, qu’il juge sévèrement. "Il faut renforcer les organismes tels que l’Inserm ou l’Inra plutôt que de confier les moyens financiers à des agences comme l’ANR pour éviter que les chercheurs passent plus de temps à remplir des démarches administratives qu’à chercher". En cas de victoire de François Hollande, il espère être entendu.

Le militant de la Concorde

Chloé, en terminale au lycée la Tour
Elle vient d’un arrondissement chic de l’ouest parisien avec ses amis de lycée. Elle y croit : "c’est le jour où tout va basculer. Nicolas a besoin que la majorité silencieuse soit là pour faire du bruit". Sur ces joues, elle a dessiné au maquillage de petit drapeau français. Elle n’a pas d’amis qui sont allés à Vincennes "c’est pas trop le genre dans le 16 eme."

Les sympathisants de la Concorde
Un couple de quinquagénaire parisien
Ils sont venus "pour voir". Madame est médecin, Monsieur est ingénieur. Les deux ont votés Sarkozy en 2007. Monsieur le fera sans doute encore cette année, madame hésite encore. Aujourd’hui, ils l’ont trouvé plutôt convaincant. Mais ils regrettent les comportements du candidat pendant son quinquennat "c’est dommage du coup, on se rappelle surtout de sa façon d’être plutôt que de ses actions." En dehors du carré des militants officiels, au bout d’une place plus clairsemée, ils ont trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup de liesse dans cet événement.

L'ambiance à la fin de la manifestation

Chez François Hollande
Dans la cohue du métro, ligne 1, des chants "François, président" et "le changement, c’est maintenant" retentissent avant que la plupart des militants ne descendent à Chatelet.

Chez Nicolas Sarkozy
Une partie des participants s’égaient à pied vers les champs Elysées, une autre part prendre des cars garés près de la Madeleine. Ceux là investissent la rue Royale, fort de leur nombre et dans une forêt de drapeau, ils improvisent une petite manifestation en marchant. Slogan : "Hollande en Corrèze, Sarkozy à l’Elysée."

Anne Sophie Bellaiche et Solène Davesne

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